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Critique Ciné : La Vie en Grand (2015)

30 Septembre 2015 , Rédigé par delromainzika Publié dans #Critique Ciné

Critique Ciné : La Vie en Grand (2015)

La Vie en Grand // De Mathieu Vadepied. Avec Balamine Guirassy et Ali Bidanessy.


Produit par le duo Toledano/Nakache (réalisateurs de Samba, Intouchables, etc.) trouve ici de quoi mettre les mains à nouveau dans le cambouis du drame social avec l’histoire d’un jeune garçon, Adama, qui se retrouve coincé dans un trafic de drogue, tout cela pour faire le bien autour de lui car il n’a rien. La volonté d’Adama est intéressante, celle de sortir sa propre famille du mal dans lequel elle vit : la pauvreté, la précarité du travail de sa mère, etc. En somme, La Vie en Grand est l’histoire dramatique d’un jeune garçon qui n’y arrive plus. Il ne veut plus voir sa mère malheureuse et veut tout faire pour la voir autrement et surtout heureuse. Il va alors commencer ses petits trafics et lui acheter une machine à laver flambant neuve. Si cette dernière reste méfiante sur les origines de l’argent, elle promet à son fils de lui rembourser tout. Puis Adama va tenter de trouver un appartement proche de celui de son père. Puis il va offrir un téléphone à une camarade de classe, puis permettre à sa place de partir à Londres en voyage scolaire, etc. Mathieu Vadepied a donc une volonté assez intéressante, celle de nous offrir une vision de la société que l’on veut nous cacher, celle qui veut s’en sortir mais qui ne peut pas vraiment.

Adama est un adolescent de 14 ans. Il vit avec sa mère dans un petit deux-pièces en banlieue parisienne. Il est en échec scolaire même si c’est un élève prometteur. Avec Mamadou, plus jeune que lui, ils vont inverser le cours de leurs vies.

La Vie en Grand c’est aussi une sorte d’allégorie du poème de Du Bellay « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage » extrêmement de Les Regrets (1558). C’est une belle allégorie qui vient rappeler que Adama se sent loin de son chez lui (on ne parle pas du bled mais de son père qui vit à des kilomètres de lui dans un autre quartier et de son grand frère, que son père a envoyé au bled car il a fait des bêtises dans le but de le recadrer). C’est sur ce poème, cité plusieurs fois dans le film (et notamment à la conclusion de celui-ci) que Mathieu Vadepied semble faire se reposer son histoire. C’est une belle façon de raconter l’aventure du héros, de rappeler que la nostalgie d’un temps passé ne peut pas toujours être retrouvée. Car Adama a envie de voir sa famille heureuse à nouveau mais ce n’est pas encore possible car sa mère n’a pas envie de se remettre avec son père (jugé par la loi anti-polygamie qu’il y a en France). C’est aussi terrible de voir que finalement La Vie en Grand ne veut pas forcément raconter qu’une histoire de drogue (au fond ce n’est qu’une sorte d’excuse pour parler d’autres choses, d’autres problèmes). Adama va par la force des choses apprendre aussi du monde qui l’entoure et de l’école. Notamment avec ce qu’est l’altruisme, le partage avec les autres.

Tout ce qui est étudié dans La Vie en Grand permet au héros de prendre conscience de tout un tas de choses sur sa propre existence. Même les expériences les plus terribles qu’il peut faire sont des symboles forts. En tout cas, La Vie en Grand vient nous démontrer que ce n’est pas qu’un petit film sur des problèmes de banlieue. Alors oui, il y a quelques clichés qui ne passent pas très bien. Disons que dans sa mise en scène Mathieu Vadepied semble un peu copier le cinéma du duo qui produit le film. Mais la façon dont il parvient à donner à Balamine Guirassy et Ali Bidenessy la tête du film est assez étonnant. C’est d’ailleurs l’un des éléments les plus importants et les plus réussis de ce film. Je ne m’y attendais pas du tout mais je suis forcé de constater que c’est très réussi. Guillaume Gouix se trouve lui aussi un rôle à la hauteur de son talent et pas des trucs rabougris que l’on retrouve dans des tiroirs d’une armoire poussiéreuse (je suis encore sur Atila Marcel probablement mais ce film était d’une misère incommensurable). La Vie en Grand est peut-être la preuve que le cinéma engagé de Toledano/Nakache peut faire des émules. S’il est certain qu’il y a un peu d’eux là dedans, l’ensemble reste suffisamment agréable pour ne pas nous laisser totalement cette impression.

Note : 6/10. En bref, chronique sociale.

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