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Critique Ciné : Le Fils de Saul (2015)

9 Novembre 2015 , Rédigé par delromainzika Publié dans #Critique Ciné

Critique Ciné : Le Fils de Saul (2015)

Le Fils de Saul // De Laszlo Nemes. Avec Geza Rohrig et Levente Molnar.


Les films sur la Seconde Guerre Mondiale, sur Auschwitz et cie, on en a déjà vu par dizaine. C’est quelque chose qui semble fonctionner sauf qu’au bout d’un moment, on a l’impression d’avoir tout vu du genre. L’avantage avec Le Fils de Saul c’est qu’il nous propose une lecture différente, plus spirituelle alors que l’on suit un père qui cherche à donner une sépulture digne de ce nom à son fils. Bien entendu, tout cela se fait aussi sur fond de révolte d’un groupe de personnages qui a envie de s’en sortir. Gagnant du Grand Prix du dernier Festival de Cannes, Le Fils de Saul a de quoi émouvoir et prendre aux tripes. Laszlo Nemes parvient à faire petit à petit monter la pression, se concentrant souvent sur des gros plans afin de confiner le téléspectateur et de le rapprocher au plus près de ce qui se passe, sans qu’il n’ait nécessairement la vision d’ensemble. Le gros plan est ici important pour le réalisateur et utilisé de façon assez intelligente. Cela permet de rendre le film tendu, oppressant et une fois vu on ne peut pas rester de marbre face à ce qui s’est passé. Le choc est là et visuellement, tout est fait pour que justement on soit surpris (dans le bon sens du terme). C’est un film qui ne cherche pas le choc mais qui choc malgré tout, de par sa décontraction à parler de choses particulièrement violentes (car ce n’est pas qu’un film sur la violence de ces camps, mais aussi les problèmes qu’il y avait entre les membres du camp et ceux que les allemands ont utilisé à leur avantage).

Octobre 1944, Auschwitz-Birkenau.
Saul Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et forcé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Il travaille dans l’un des crématoriums quand il découvre le cadavre d’un garçon dans les traits duquel il reconnaît son fils. Alors que le Sonderkommando prépare une révolte, il décide d’accomplir l’impossible : sauver le corps de l’enfant des flammes et lui offrir une véritable sépulture.

Le Sonderkommando est quelque chose de très intéressant et ce même si Le Fils de Saul ne veut pas forcément en raconter beaucoup. On nous présente tout de même une galerie de personnages, tous très différents avec le même objectif : la rébellion contre l’ennemi. Ce n’est pas toujours facile de faire ce genre de films car il faut respecter l’Histoire tout en étant aussi juste avec celle-ci. C’est exigent les films sur la Seconde Guerre Mondiale, encore plus depuis que l’on en a vu des dizaines et des dizaines ces dernières années fleurir à tout va. Certains sont complètement ratés (je pense à Suites Françaises voire même La Rafle dans une certaine mesure pour ne citer qu’eux) mais d’autres sont beaucoup plus pertinents et Le Fils de Saul en fait largement partie. Le jeune hongrois Laszlo Nemes a surtout compris les enjeux de son propre cinéma et a su créer un environnement visuel bien à lui, unique en son genre dans lequel on est plongé durant près d’1h40 sans temps mort. Car le film enchaîne les scènes tranchantes, aux dialogues qui n’ont pas peur de montrer la dure réalité des choses. C’est fort comme film et il trouve à merveille la dureté de ces camps et de ce qui s’y passait. On voit les cadavres joncher le sol, les cendres êtres baladées dans le fleuve adjacent au camp, etc. On voit tout ce qui est horrible sans pour autant que le réalisateur ne cherche à faire des plans larges.

Je reviens encore sur l’utilisation du gros plan mais c’est une excellente idée. La maîtrise est clairement présente du début à la fin de l’oeuvre. Le film cherche constamment à émouvoir son spectateur et même si le choc des images empêche parfois de s’imprégner pleinement des émotions qui passent cela reste suffisamment intelligent et efficace. Cela faisait un sacré bout de temps que je n’avais pas vu un aussi bon film sur la Seconde Guerre Mondiale et il a fallu que celui-ci soit hongrois. Je comprends largement la récompense et tout cela avec un premier film pour le réalisateur. Le Fils de Saul est presque un chef d’oeuvre. Je dis presque car je suis certain que le réalisateur peut faire encore plus et le film n’est pas encore un classique à mes yeux. Par ailleurs, en faisant quelques recherches sur le film j’ai découvert que celui-ci était basé sur des témoignages réels ce qui permet de rendre le tout encore plus réaliste et fidèle à ce qui se passait dans ces camps. Certes, il y a aussi une bonne part de fiction mais justement, cette fiction est contée dans un monde qui est dépeint avec le plus grand réaliste, restant fidèle à tout ce qui se passait dans ce camp. Le Fils de Saul est aussi un chemin de croix. C’est une référence biblique de tous les instants alors que Saul porte son fils sur les épaules comme sa pénitence.

Note : 9/10. En bref, brillant.

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