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Critique Ciné : Mia Madre (2015)

4 Décembre 2015 , Rédigé par delromainzika Publié dans #Critique Ciné

Critique Ciné : Mia Madre (2015)

Mia Madre // De Nanni Moretti. Avec Margherita Buy, Giulia Lazzarini et John Torturo.


4 ans après Habemus Papam (2011), Nanni Moretti est de retour au cinéma avec un film beaucoup plus personnel et plus intime à la fois sur le deuil, mais aussi sur le bilan d’une vie tourmentée à faire des choses sans nécessairement savoir pourquoi on les fait. Avec Mia Madre, Nanni Moretti propose une sorte de film très personnel, avec une vraie introspection sur lui-même. Présenté en compétition lors du Festival de Cannes 2015, Mia Madre est un film que j’attendais. Non pas car je suis fan de Moretti mais surtout par son sujet. Le film proposait de parler d’une réalisatrice, de ce qu’elle vit au moment où sa mère tombe malade et est aux précipices de la mort. C’est un film qui mêle professionnel et personnel de façon intelligente, créant un sentiment assez bouleversant du début à la fin. Nanni Moretti parle ici de lui-même et cela transperce le film de part en part. En effet, il parle du décès de sa propre mère et de la façon dont il a vécu le tout. Pas facile vous allez dit, c’est le cas de le dire mais justement, c’est toujours soigné, intelligent et même percutant car les émotions délivrées à l’écran sont particulièrement bien incarnées et solides. Il laisse à Margherita Buy le soin d’incarner au mieux ce qu’il ressent et le moins que l’on puisse dire c’est que cette dernière a su répondre à ses prières.

Margherita est une réalisatrice en plein tournage d’un film dont le rôle principal est tenu par un célèbre acteur américain. À ses questionnements d’artiste engagée, se mêlent des angoisses d’ordre privé : sa mère est à l’hôpital, sa fille en pleine crise d’adolescence. Et son frère, quant à lui, se montre comme toujours irréprochable… Margherita parviendra-t-elle à se sentir à la hauteur, dans son travail comme dans sa famille ?

Margherita Buy est sublime et d’une finesse assez étonnante. Du début à la fin du film, elle sublime une histoire qui de fait reste assez simple : une femme dont la vie professionnelle se retrouve tourmentée à cause de la maladie de sa mère. Mais c’est le coeur qui est mis là dedans qui reste le plus intéressant. Nanni Moretti n’a pas voulu non plus nous accabler totalement. C’est pourquoi il a intégré un peu d’humour et de légèreté dans tout ça, incarnée par un John Turturro assez étonnant. Ce dernier, que j’ai tendance à imaginer dans des rôles de comédies de seconde zone aux Etats-Unis, c’est quelque chose que j’apprécie assez bien. D’autant plus que l’acteur s’en donne à coeur joie lui aussi. Je me demande ce qui Nanni Moretti s’est inspiré ici mais franchement, je trouve particulièrement intéressant cette façon qu’a le film de faire une réflexion sur le jeu d’acteur, le fait d’être demandé (et pas du tout à la fois), d’apprendre des lignes et de ne plus vivre le réel. Mia Madre ne cherche donc pas qu’à raconter le deuil qu’un réalisateur a fait de sa mère. C’est un film qui va bien au delà, qui parle des maux d’un réalisateur qui remet en cause tous les choix qu’il a pu faire dans sa vie et qui questionne aussi l’utilité de son cinéma.

L’un de mes moments préférés pour cette partie là de Mia Madre c’est l’interview de la réalisatrice alors que dans sa tête elle nous raconte qu’elle dit toujours la même chose, comme une ritournelle qui ne s’arrêtait jamais. Au fond, Marguerita veut faire un film authentique à sa façon, apporter sa propre vision du réel mais tout le monde autour d’elle semble se moquer de sa vision des choses. Ensuite, Mia Madre pose aussi des questions sur la place du réalisateur (le fait qu’elle se dise conne et que les réalisateurs sont cons est un autre point important) sans compter toute la scène de la cantine et de la crise de nerf de John Turturro face à Marguerita Buy qui était juste sublime. Finalement, Mia Madre est un film étrange et bouleversant à la fois, apportant une réflexion soignée sur ce que c’est que d’être réalisateur et le fait de concilier sa propre vie avec cette pseudo-réalité que l’on tente de reproduire avec une caméra qui n’est finalement pas la réalité telle qu’on a le ressent ou la perçoit, mais une réalité parmi tant d’autres. On passe facilement du rire aux larmes dans un film aux mouvements réfléchis et à la fluidité déconcertante.

Note : 8/10. En bref, très beau film, intime et personnel.

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