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Goliath (Saison 1, 8 épisodes) : quand le mythe du nom tombe…

11 Décembre 2016 , Rédigé par delromainzika Publié dans #Goliath

Goliath (Saison 1, 8 épisodes) : quand le mythe du nom tombe…


Goliath est un prénom connu pour être un personnage biblique. Son combat contre David, également cité dans le Coran, est un emblème culturel. Quand on ose appeler une série Goliath, on se doit d’être à la hauteur du nom qu’on veut bien lui donner et David E. Kelley est en train de faire tomber un mythe, comme s’il cherchait à symboliser la chute de son propre nom. Alors que le premier épisode était une déception, la suite de la saison l’est tout autant. La série erre beaucoup, d’épisodes en épisodes, cherchant à nous intriguer autour de choses qui n’ont pas suffisamment de consistance. Même les meilleures intrigues de la série, notamment celles entourant Cooperman, donnent l’impression que Goliath ne sait jamais vraiment quelle direction prendre. C’est un homme à femme et William Hurt est très bon dans ce rôle d’homme à plusieurs visages. Mais au delà du potentiel mal exploité de la série, c’est surtout David E. Kelley qui ne semble pas avoir trop travaillé sur la série qu’il a construit. Il s’est dit que comme son nom fait tout, qu’il pouvait faire ce qu’il veut et raconter des banalités judiciaires en tout genre avec le ton qui va avec. Car oui, Goliath ne brille pas vraiment par rapport à ses dialogues. Pourtant, E. Kelley est un très bon dialoguiste. On se souvient tous des plaidoyer qu’il était capable d’écrire (je me souviens d’un dans Harry’s Law encore aujourd’hui et d’autres dans Boston Legal).

Mais Goliath ne parvient pas à raviver une flamme qui semble s’éteindre petit à petit. Pourtant, il y a des qualités dans cette série et notamment son casting. Chacun fait du mieux qu’il peut. Billy Bob Thornton s’inscrit parfaitement dans le rôle de Billy McBride. Il n’y a rien à redire de ce point de vue là tant sa façon d’interpréter le personnage apporte un petit truc à Goliath. Accompagné d’un casting féminin plutôt brillant (Maria Bello, Olivia Thirlby, Molly Parker, Nina Arianda, Tania Raymonde), les femmes ne sont jamais toujours traitées comme elles le devraient. Car si les personnages les plus importants sont masculins, ce sont les femmes qui font tout le boulot derrière et qui font réellement avancer Goliath. L’histoire de cet homme, McBride, qui est une ancienne star de la justice et qui se retrouve au fond du gouffre mais tente de garder la tête hors de l’eau, ce n’est pas nouveau. On ne vit alors que pour les faces à faces entre Billy Bob Thornton et William Hurt (dont un plutôt soigné dans l’épisode 1.06). La série a beau tenter de briser le format traditionnel, casser certains codes (et c’est louable), j’ai l’impression qu’elle reste trop attachée à certains éléments narratifs d’une télévision qui n’existe plus désormais. Goliath est vieillotte malgré tout ce qu’elle tente de faire de moderne, de prestigieux, et c’est bien embêtant car du coup on s’ennui légèrement.

La série semble alors ressembler à une série procédurale que CBS pourrait commander tête baissée. Même certains mystères (comme l’explosion en mer ouvrant la série) sont résolus très rapidement et l’on n’a plus qu’à attendre l’épisode suivant pour attendre quelque chose de neuf. Il y a pas mal de choses métaphoriques aussi au travers de certaines histoires et de certains personnages qui permettent à Goliath de sortir un peu du lot et donc de nous délivrer autre chose. J’aime bien Cooperman pour ça. Cet associé de McBride aime bien se retrouver dans son bureau sombre, une lumière rouge pour s’éclairer, alors qu’il a le visage défiguré par des brulures. Dans un certain sens, Goliath ressemble alors à Better Call Saul. Cooperman est un peu Chuck McGill mélangé à un brin de Lex Luthor et Billy est un peu Jimmy. L’apparition du sexe dans Goliath manque un peu le coche et ne parvient pas à être aussi passionnante que l’on ne pourrait le souhaiter. Si cela cherche le côté sulfureux de la série, on ne peut pas dire que cela soit une grande réussite. Et c’est là que les femmes peuvent entrer en jeu. Nous avons Molly Parker sous les traits de Callie Senate, qui ne perd jamais une occasion de se mettre les gens dans la poche. L’actrice incarne à merveille ce personnage de femme forte mais qui a ses faiblesses que l’on va découvrir petit à petit au fil de la saison.

Pour ce qui est des intérieurs de Cooperman-McBride, il y a un gros travail qui a été fait par les chefs décorateurs. On se croirait dans le bureau de Snow quand nous sommes dans le bureau de Cooperman (et au fond les deux ne sont pas si différents l’un de l’autre). Mais ce mélange de styles baroques, contemporains, etc. dans les bureaux de la firme fait de cette partie de Goliath l’une des plus réussies. Je crois que c’est l’un des rares trucs que la série n’a pas raté : ses décors et son utilisation de la lumière. Tout est savamment fait pour que l’on n’ait pas l’impression de voir un truc que l’on a vu des dizaines de fois auparavant. Et puis il y a la partie judiciaire de Goliath. C’est là que le problème commence véritablement. Car si la série est capable de s’en sortir par moment dans les relations avec ses personnages, je trouve que la partie judiciaire est bien loin de ressembler à ce dont E. Kelley est réellement capable. La série ne parvient pas à mettre en avant de façon intelligente ses portraits judiciaires, ses plaidoyers, ses discours, etc. Tout passe tellement à l’as de ce point de vue là que les rares scènes de cour de justice qu’il y a dans la série tombent un peu comme un cheveu dans la soupe, comme si elles n’avaient rien à faire là. Dès que l’on creuse un peu la croute, Goliath s’avère donc décevante. Il faut brosser en surface pour garder les meilleurs éléments d’une série qui soit n’a pas été suffisamment travaillée soit n’avait pas lieu d’être commandée.

Note : 4/10. En bref, quand le mythe E. Kelley tombe cela donne Goliath.

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