Critique Ciné : Peter Von Kant (2022)

Critique Ciné : Peter Von Kant (2022)

Peter Von Kant // De François Ozon. Avec Denis Ménochet, Isabelle Adjani et Khalil Gharbia.

 

Le cinéma de François Ozon a une particularité. En dehors de son amour pour les décors d’autrefois et les huis clos, il n’avait pas faire de film aussi intimiste que Peter Von Kant. On sent que ce film transpire quelque chose de plus personnel pour lui que ses oeuvres les plus connues. Une grande partie d’un tel huis clos se repose donc sur le talent de son casting. Denis Ménochet, qui est souvent affublé de seconds rôles, se retrouve ici à la tête du film et parvient à prouver sa place. Il est au sommet de son art. Mais François Ozon prend aussi le temps avec Peter Von Kant de filmer pour la première fois de sa carrière un cinéaste et le cinéma en lui-même. C’est simple sur le papier mais bourré de dialogues travaillés et aidé par une mise en scène fluide et détonnante. Quand on sait que François Ozon a produit lui-même Peter Von Kant, on sent qu’il l’a fait par amour de cette oeuvre et pas pour le bien de ses finances. Mais cette histoire d’amour et de domination offre constamment de nouvelles perspectives et parvient à surprendre à sa façon. 

 

Peter Von Kant, célèbre réalisateur à succès, habite avec son assistant Karl, qu’il se plaît à maltraiter. Grâce à la grande actrice Sidonie, il rencontre et s’éprend d’Amir, un jeune homme d’origine modeste. Il lui propose de partager son appartement et de l’aider à se lancer dans le cinéma...

 

On retrouve donc ici le film de Fassbinder « Petra von Kant » en version masculine (sauf pour la diva incarnée toujours par une femme et ici Isabelle Adjani, à qui le rôle va comme un gant). Il y a de jolis clin d’oeil comme Hanna Schygulla, qui jouait dans le film de 1972 et qui joue ici la mère de Peter Von Kant incarné par Denis Ménochet. J’ai toujours aimé ce que Ozon fait dans son cinéma le plus simple. Les huis clos c’est son dada (même si dans des films plus amples comme ses deux précédents : Eté 85 et Tout s’est bien passé il sait aussi gérer l’espace). C’est aussi un vieille adage du cinéma français que de plonger des personnages dans une même pièce afin d’en faire ressortir l’essence même. Le vaudeville au cinéma a toujours été une transposition bien française du théâtre de boulevard. Et l’on sent une fois de plus l’amour du théâtre (et Peter Von Kant est aussi une adaptation d’une pièce allemande) du réalisateur. Le jeune Khalil Gharbia (Le Paradis, Skam France) prouve lui aussi sa valeur rapidement et l’emprise. Il incarne parfaitement tout ce que l’on a envie d’attendre du cinéma d’Ozon et de son film ici. 

 

Peter Von Kant est une agréable surprise. Comme un retour aux sources pour Ozon qui n’avait pas fait de huis clos depuis Frantz (2016). Mais c’est aussi un film probablement plus intimiste que les autres et plus personnel. Je me demande si dans un sens François Ozon lui-même ne raconte pas à travers le prisme de cette histoire une partie de sa propre vie où il s’est épris d’un être, d’un corps à en perdre la raison. Dommage que Peter Von Kant ne parvienne pas à créer quelconque émotion car tout le reste est vraiment séduisant. 

 

Note : 6.5/10. En bref, un Ozon intimiste et assez personnel qui transpire l’amour du huis clos qui a fait le beurre du réalisateur depuis des années. Réussi mais manquant un brin d’émotions. 

Sorti le 6 juillet 2022 au cinéma - Disponible en VOD, Blu-ray et DVD

 

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