Treasure Island (2026) (Saison 1, épisodes 1 et 2) : des débuts prometteurs mais des choix qui interrogent
Adapter à nouveau L’Île au trésor, c'est s'attaquer à un géant de la culture populaire. Le chef-d'œuvre de Robert Louis Stevenson contient déjà tout ce qu'il faut pour captiver : des navires en bois, des pirates imprévisibles, une carte mystérieuse et la promesse d'un coffre rempli d'or. La nouvelle mini-série lancée par MGM+ avait donc un terrain de jeu idéal. Pourtant, le scénariste Robert Murphy choisit de bousculer les codes établis dès les premiers instants. La transformation la plus marquante touche Bess Hawkins, jouée par Hayley Atwell. Dans cette version, la mère de Jim ne reste pas passive au port. Devenue veuve, elle s'impose comme une figure centrale de l'intrigue.
Jim Hawkins, adolescent timide, voit sa vie basculer lorsqu’il découvre une carte au trésor légendaire. Guidé par l’ingéniosité de sa mère Bess, il s’engage sur un chemin qui le transforme en jeune pirate audacieux — au risque d’y laisser sa vie.
Elle négocie, prend des risques calculés et tente de garder le cap face à des marins redoutables. Si l'intention d'apporter un regard féminin fort dans cet univers très masculin reste intéressante, ce choix se fait parfois au détriment de son fils. Jim paraît en effet plus secondaire, un comble pour celui qui portait le roman original. Intitulé « The Admiral Benbow », le pilote cherche à poser le décor rapidement. On y découvre une famille aux abois qui tente de joindre les deux bouts. Pour survivre, Bess exploite la mémoire eisdéique de Jim : le jeune garçon retient tout ce qu'il lit d'un seul coup d'œil. Cette capacité lui permet de gagner quelques pièces lors de paris organisés dans l'auberge.
L'astuce scénaristique devient cruciale quand Billy Bones (Tomer Capone) débarque après un naufrage avec la fameuse carte de Flint. Avant que le document ne soit détruit, Jim enregistre mentalement l'emplacement du trésor. Le voilà transformé en coffre-fort vivant. L'idée fonctionne pour lancer l'histoire, mais elle paraît un peu facile et réduit pour l'instant le personnage à cette seule compétence. L'arrivée de Long John Silver, campé par David Oyelowo, précipite le chaos. Le pirate veut sa part, la confrontation tourne au drame et Billy Bones meurt prématurément. C'est dommage : le personnage méritait un peu plus d'espace pour installer sa présence. Autre regret, la vraie nature de Silver est dévoilée sans attendre.
On perd toute l'ambiguïté qui faisait la force du roman, où la découverte progressive de ses mauvaises intentions créait un vrai suspense. Malgré ces raccourcis, la fin d'épisode remet les voiles. Bess et Jim embarquent sur l'Hispaniola sous la protection d'Aaron Graham (Jack Huston), sans savoir que Silver s'est déjà hissé à bord comme cuisinier. Avec le deuxième chapitre, « Great Britain », la série trouve un rythme plus convaincant. Le Huis clos maritime permet de développer un jeu de dupe efficace. Silver comprend que les Hawkins détiennent la clé du trésor et cherche à les isoler. Il exploite les superstitions des marins pour faire passer Bess pour un porte-poisse, tout en ralliant discretement l'équipage à sa cause.
David Oyelowo installe une présence menaçante et subtile. Face à lui, Hayley Atwell répond avec justesse : Bess montre ses faiblesses quand cela sert ses intérêts, mais n'hésite pas à tenir tête au pirate. De son côté, Aaron Graham révèle aussi ses véritables intentions, prouvant que personne n'est vraiment innocent dans cette expédition. L'élément le plus réussi reste la dynamique qui s'installe entre Jim et Silver. Malgré les mises en garde de sa mère, l'adolescent se laisse fasciner par ce marin charismatique qui lui parle d'aventure et le traite comme un adulte. Lorsqu'une attaque espagnole survient, Jim va jusqu'à libérer Silver pour défendre le navire. Cette alliance de circonstance crée enfin une vraie complexité relationnelle, bien plus stimulante que le simple affrontement entre le bien et le mal.
Après deux heures de visionnage, cette adaptation de Treasure Island souffle le chaud et le froid. La réalisation propose une aventure maritime rythmée, portée par des comédiens solides et un second épisode mieux maîtrisé. En revanche, la disparition trop rapide de Billy Bones, l'exposition immédiate de la menace Silver et le rôle parfois encombrant de Bess posent question. Modifier une œuvre classique n'est pas un problème en soi, à condition que les changements renforcent le récit. Pour le moment, Jim peine à trouver sa place face à des adultes qui monopolisent l'attention.
Le voyage ne fait que commencer, et la suite dépendra beaucoup de la manière dont la série entretiendra la fascination toxique entre Silver et le jeune garçon. Il reste à espérer que ces choix d'écriture finiront par payer pour offrir une vraie personnalité à cette relecture.
Note : 5/10. En bref, cette adaptation de Treasure Island réussit à insuffler un bon rythme et une tension bienvenue à bord de l'Hispaniola grâce à un casting convaincant. Cependant, ses choix d'écriture discutables (comme la mise en retrait de Jim au profit de sa mère et le dévoilement trop rapide du jeu de Silver) viennent parfois fragiliser l'équilibre du récit.
Prochainement sur Amazon Prime Video
Blog indépendant, sans sponsor. Un petit geste aide à le faire vivre.
/image%2F1199205%2F20261025%2Fob_9c274c_ccs-logo-fond-clair.png)
/image%2F1199205%2F20261020%2Fob_dd8345_vlcsnap-2026-10-20-14h06m36s372.png)