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Critique Ciné : Cake, dépression américaine

21 Avril 2015 , Rédigé par delromainzika Publié dans #Critique Ciné

Critique Ciné : Cake, dépression américaine

Cake // De Daniel Barnz. Avec Jennifer Aniston, Adriana Barraza et Anna Kendrick.


Le problème de Cake est de se reposer un peu trop sur la performance, sans fautes, de Jennifer Aniston. On découvre cette actrice sous un angle complètement différent. Elle qui est habituée aux comédies grand public pas toujours très finaudes se retrouve ici dans un drame aux allures de film indépendant tout droit sorti de Sundance. Si l’actrice pourrait apporter à sa carrière un vrai coup de fouet avec Cake, nous offrir peut-être par la suite des rôles plus profonds que ceux de mère de famille aux blagues pipi-caca-prout prout alors pourquoi pas (mais je ne veux pas pour autant la voir abandonner les comédies, car elle reste assez bonne dans le registre quand elle ne cabotine pas trop). Daniel Barnz (Sortilège) n’est pas le metteur en scène le plus intéressant de sa génération mais il a déjà délivré des drames avec sa propre sensibilité comme le curieux Won’t Back Down, injustement passé inaperçu en 2012. Mais c’est aussi celui qui a fait Sortilège (avec Ale Petyfer) et cette relecture de la Belle et la Bête avait beau être sympathique, quand j’y repense ce n’était pas fameux pour autant. Sur un scénario de Patrick Tobin (No Easy Way datant tout de même de 1996, et il n’a rien écrit depuis), le film nous fait des propositions assez intéressantes, notamment dans la façon dont la vie de Claire Bennett va petit à petit sombrer. Car si l’on voit qu’elle va mal, le mal qui la ronge va petit à petit la bouffer.

Claire Bennett (Jennifer Aniston) va mal. Il n'y a qu'à voir ses cicatrices et ses grimaces de douleur dès qu'elle fait un geste pour comprendre qu'elle souffre physiquement. Elle ne parvient guère mieux à dissimuler son mal-être affectif. Cassante et parfois même insultante, Claire cède à l'agressivité et à la colère avec tous ceux qui l'approchent. Son mari et ses amis ont pris leurs distances avec elle, et même son groupe de soutien l'a rejetée. Profondément seule, Claire ne peut plus compter que sur la présence de sa femme de ménage Silvana (Adriana Barraza, citée à l'Oscar), qui supporte difficilement de voir sa patronne accro à l'alcool et aux tranquillisants. Mais le suicide de Nina (Anna Kendrick, également citée à l'Oscar), qui faisait partie de son groupe de soutien, déclenche chez Claire une nouvelle fixation.

Le résultat de Cake est tout de même assez étonnant dans le sens où le film nous propose quelque chose de réellement efficace d’un point de vue du personnage de Claire. Mais à bien des égards, Cake est un film ultra formaté qui n’apporte rien de nouveau et qui semble donc traiter d’un joli sujet de façon assez rasoir. C’est dommage car la façon dont le film plonge la tête la première est aussi désolant que de le voir briller par moment grâce à une Jennifer Aniston sincère comme tout ou encore à une Felicity Huffman qui derrière ce grimage ridicule trouve souvent les mots justes pour nous toucher. Cette dernière est d’ailleurs une actrice formidable que le film n’exploite pas suffisamment à mon goût. Le film ne veut pas pour autant nous déprimer (même s’il réussi à le faire astucieusement) mais aussi nous faire rire et nous faire partager une belle tranche de tendresse. Sauf que de ce point de vue là aussi cela ne fonctionne pas du tout. C’est souvent sans surprises, sans envergure, sans grande ambition et pourtant, il y avait énormément de choses à faire avec tous ces personnages. Ce film indépendant n’a d’indépendant que son grain visuel qui lui apporte une certaine tendresse. Le reste est un peu trop formaté, notamment pour aller séduire les bottes des Oscars et tenter de grapiller quelques références (sans succès pour celui-ci d’ailleurs).

L’intrigue manque aussi parfois de forme. Comme si finalement le film ne savait pas trop dans quelle direction se diriger. Il veut être drôle, émouvant, mais il ne raconte pas grand chose. On a l’impression que le scénario de Patrick Tobin part souvent dans tous les sens et cela a fini par tout simplement me perdre. Moi qui avait tout simplement rêvé d’un film avec une vraie forme, avec un fond intelligent, je me suis retrouvé bien embêter car à certains moments le film peut être vivant et surtout passionnant et à d’autres tout d’un coup la flamme s’éteint, comme si un courant d’air était venu gêner ma séance. J’ai longtemps hésiter avant d’aller voir ce film et je crois que j’aurais mieux fait d’attendre sa sortir ailleurs si vous voyez ce que je veux dire. J’ai beau en dire énormément de mal, cela reste regardable et surtout Jennifer Aniston n’est pas mauvaise (comme certains semblent le dire). C’est agréable de voir qu’elle est capable de jouer autre chose que dans des comédies romantiques formatées. Certes, Cake est tout aussi formaté dans le fond comme dans la forme mais voilà, un peu plus de folie, peut-être même moins de fioritures et un récit mieux creusé aurait pu délivrer quelque chose de brillant.

Note : 4/10. En bref, de quoi faire une petite tronche de Cake.

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