Critique Ciné : The Last Viking (2026)

Critique Ciné : The Last Viking (2026)

The Last Viking // De Anders Thomas Jensen. Avec Mads Mikkelsen, Nikolaj Lie Kaas et Lars Brygmann.

 

Présenté à la Mostra de Venise puis au Festival international du film de Toronto en 2025, The Last Viking marque le retour d’Anders Thomas Jensen à une forme de comédie noire qu’il maîtrise depuis des années. Le réalisateur danois, déjà derrière Riders of Justice (également avec Mads Mikkelsen) et Adam's Apples, propose ici un film qui mélange braquage, drame familial et humour absurde. Le résultat ne ressemble à rien d’autre, même si tout n’est pas parfaitement équilibré. L’histoire semble simple au départ. Anker, petit criminel endurci interprété par Nikolaj Lie Kaas, sort de prison après quinze ans. Avant son arrestation, il avait confié à son frère Manfred la mission de cacher 41,2 millions de couronnes issues d’un braquage.

 

À sa sortie de prison, un braqueur de banque part retrouver son frère, le seul à savoir où est caché le butin. Mais ce dernier, convaincu d’être la réincarnation de John Lennon, l’entraîne dans un voyage aussi inattendu qu’improbable…

 

À sa libération, il veut récupérer sa part. Problème : Manfred n’existe plus. Il se fait désormais appeler John. John Lennon, pour être précis. Manfred, joué par Mads Mikkelsen, est persuadé d’être l’ancien Beatle. Il adopte son nom, son attitude et vit dans une identité parallèle. Le diagnostic évoqué dans le film reste discutable, mais le scénario choisit de prendre cette réalité comme un fait établi. John ne se souvient plus de l’argent. Ou peut-être qu’il ne veut pas s’en souvenir. Chaque fois que quelqu’un l’appelle Manfred, il réagit violemment, allant jusqu’à se mettre en danger. Cette idée devient un motif récurrent, à la fois comique et inquiétant. À partir de là, The Last Viking bascule dans un territoire étrange. Le film n’est pas seulement un polar décalé. 

 

Il s’intéresse surtout au lien entre les deux frères. Leur enfance revient par fragments, à travers des flashbacks qui montrent un père brutal et un climat familial étouffant. Manfred, enfant, se prenait déjà pour un Viking. Cette fantaisie lui valait moqueries et humiliations. Anker, lui, jouait le rôle du protecteur. Cette dynamique éclaire tout le reste. Le cœur du film ne réside donc pas dans la quête de l’argent, mais dans la tentative d’Anker de réparer quelque chose. Il cherche son butin, bien sûr, mais il cherche aussi son frère. Il y a chez lui une colère constante, un masque dur qui cache une forme de culpabilité. Nikolaj Lie Kaas joue cette tension avec retenue. 

 

Quelques regards suffisent à comprendre qu’Anker ne sait plus très bien s’il agit par intérêt ou par loyauté. Mads Mikkelsen, de son côté, propose une composition différente de ses rôles habituels. Son John Lennon n’est pas une caricature. Il ne cherche pas l’imitation comique. Il adopte une posture rigide, un regard fixe, une manière de parler presque détachée. Derrière cette façade, il laisse apparaître une fragilité réelle. Le film ne se moque jamais frontalement de son trouble. Il installe une logique interne que les autres personnages doivent accepter. Autour d’eux gravite une galerie de seconds rôles assez marquée. La maison d’enfance des frères est devenue un Airbnb chaotique, tenu par un couple au bord de la rupture. 

 

Elle, ancienne mannequin pour mains, semble persuadée qu’Anker la désire. Lui rêve d’écrire un livre pour enfants qu’il n’a jamais commencé. Leurs disputes constantes créent un fond sonore absurde qui contraste avec la violence latente du récit. Un psychiatre intervient également avec une méthode peu conventionnelle : entourer John d’autres patients persuadés d’être membres des Beatles pour provoquer un déclic. L’idée est poussée très loin, notamment avec un patient convaincu d’être à la fois Paul McCartney et George Harrison. Le film traite ces situations avec sérieux, comme si tout était parfaitement normal. Ce décalage produit un humour très sec, typiquement scandinave.

 

La tonalité reste pourtant instable. Certaines scènes de violence sont brutales, presque dérangeantes. Elles surgissent après des moments plus légers, ce qui peut créer une rupture. Le dernier tiers accentue cette tension. Le film cherche à résoudre l’intrigue criminelle tout en refermant la blessure familiale. La conclusion paraît un peu trop propre par rapport au chaos qui précède. Visuellement, The Last Viking s’appuie sur les paysages danois. La campagne offre un contraste apaisant avec la folie des personnages. La maison familiale, avec ses couloirs sombres et ses planchers qui grincent, devient un espace presque gothique. Chaque pièce semble chargée de souvenirs.

 

Le film s’ouvre sur un conte animé racontant l’histoire d’un prince viking manchot dont le père exige que tous les hommes du royaume se coupent un bras en signe de solidarité. Cette fable peut sembler déconnectée au début. Elle prend sens à la fin, en donnant une clé de lecture au titre et aux thèmes du sacrifice et de la loyauté. Ce dispositif narratif apporte une cohérence supplémentaire à un récit qui part souvent dans des directions inattendues. The Last Viking ne cherche pas à plaire à tout le monde. L’humour est sec, parfois cruel. Le mélange entre comédie et drame ne fonctionne pas toujours avec fluidité. Certains rebondissements sont prévisibles. Le film est aussi un peu long pour une comédie. Pourtant, il dégage une vraie identité.

 

Ce long métrage danois parle de personnes en marge, de troubles psychiques, de familles abîmées. Il montre des individus qui ne rentrent pas dans les cases et qui doivent inventer leurs propres règles. La phrase qui traverse le film – si tout le monde est cassé, alors personne ne l’est vraiment – résume assez bien son intention. 

 

Note : 7/10. En bref, The Last Viking reste une expérience singulière. Ce n’est pas une comédie classique ni un polar pur. C’est un récit bancal par moments, mais sincère dans son regard sur la fraternité. L’argent volé devient secondaire. Ce qui compte, c’est ce que les deux frères sont prêts à perdre ou à sacrifier pour rester liés.

Prochainement en France en VOD

Sorti le 14 février 2026 en séance unique au cinéma Le Gyptis à Marseille (3ème)

 

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