Paul, la série (Mini-series, 6 épisodes) : Paul Mirabel transforme ses galères en comédie douce-amère
Donner vie à une fiction quand on est humoriste, ce n’est jamais simple. Avec Paul, disponible sur Prime Video, Paul Mirabel quitte la scène pour tenter l’aventure de la mini-série en six épisodes. Le projet mélange humour malaisant, histoires de cœur et galères du quotidien. On le retrouve dans une version romancée de lui-même, essayant de préparer son prochain spectacle tout en subissant les pires situations. Une idée séduisante sur le papier, mais qui oscille constamment entre bonnes surprises et petits ratés d’écriture. Le principal point fort de la série repose sur ce qui fait le succès de l’humoriste en spectacle : cette capacité unique à traverser les tempêtes avec un air totalement impassible.
À presque 30 ans, l’humoriste Paul Mirabel vient de vendre à Amazon l'enregistrement de son spectacle et un documentaire sur sa vie. Problème : il a passé plus de temps sur sa PlayStation qu'à écrire un nouveau spectacle et n'a aucune image d'archives. Bref, il a menti. Jusqu'où ce coup de bluff le mènera-t-il ? Ajoutons à cela un meilleur ami ingérable et un amour de jeunesse qui refait surface, parce qu'un problème n'arrive jamais seul…
Paul parle peu, affiche une mine déconfite et semble toujours dépasser les événements. Ce contraste entre son calme olympien et le chaos qui l’entoure fonctionne très bien dans pas mal de scènes. Le programme s'amuse aussi de sa propre existence grâce à une dimension méta assez maline. Le personnage prépare son spectacle tout en étant suivi par des caméras pour un documentaire fictif. Le spectateur regarde donc une mise en abyme constante, ce qui donne une vraie cohérence au récit. Les tuiles du quotidien ne servent pas seulement à faire rire, elles deviennent la matière première de ses futurs sketchs. Cependant, la mayonnaise ne prend pas à tous les coups. Le plus gros défaut de la série vient de sa tendance à tirer sur la corde.
Quand une situation devient embarrassante, elle a fâcheuse tendance à s’étirer en longueur. On a l’impression que les auteurs pensent qu’une gêne est forcément plus drôle si elle dure dix minutes de plus. Résultat : certaines blagues tombent à plat et plusieurs passages forcent l’écriture. L’humour joue aussi parfois sur une vulgarité un peu lourde qui n’apporte pas grand-chose, là où la simple réaction des personnages autour de lui aurait largement suffi à faire le travail. Heureusement, Paul n'est pas tout seul pour porter ces six épisodes. Le casting secondaire apporte un vrai bol d'air frais et donne de l'épaisseur à l'ensemble. On pense notamment à Dan, son meilleur ami incarné par Abraham Wapler.
Plus énergique et complètement impulsif, il forme un parfait contrepoint au tempérament effacé du héros. Leurs aventures partent souvent dans tous les sens et dynamitent le rythme. Les personnages féminins tirent aussi leur épingle du jeu. Livia ramène une touche de nostalgie amoureuse sans tomber dans la romance niaise, tandis que Sandra débarque avec un franc-parler brut qui secoue le scénario. Ces rôles secondaires ont le mérite d'exister par eux-mêmes, avec leurs propres contradictions, ce qui évite de n'avoir affaire qu'à une simple suite de pitreries autour de la star. Là où le bât blesse un peu plus, c'est quand la série essaie de sortir de sa zone de confort pour porter un regard plus sociétal.
En voulant égratigner les réactions hostiles à la liberté artistique, le scénario devient beaucoup trop schématique. Les sujets sont abordés avec de gros sabots, manquant cruellement de nuances, ce qui dessert la crédibilité de certaines scènes. Le rythme souffre également de quelques creux au milieu de la saison, avec des épisodes qui donnent brièvement l'impression de tourner en rond avant de retrouver de l'allant. Au bout du compte, cette première incursion dans la fiction laisse un sentiment plutôt positif. Sans révolutionner le genre, Paul réussit le pari de transposer l'univers de son créateur dans un format narratif sans le dénaturer.
La série touche sa cible lorsqu'elle accepte de lever le pied sur la comédie pure pour laisser poindre un peu de tendresse et de fragilité. Ce mélange de ridicule et de sincérité rend les personnages attachants, malgré les maladresses de l’écriture. La fin laisse une porte ouverte pertinente pour une éventuelle suite, à condition que les auteurs affinent le tir et fassent un peu plus confiance au silence de leur acteur principal. Une curiosité imparfaite, mais globalement sympathique à suivre.
Note : 6/10. En bref, avec Paul, Paul Mirabel transpose son humour décalé à l’écran dans une mini-série qui mêle situations gênantes, amitié et histoires de cœur, portée par un casting convaincant. Malgré quelques blagues trop appuyées et des intrigues parfois prévisibles, ces six épisodes restent divertissants et attachants, notamment grâce à leurs personnages secondaires et à leurs moments de tendresse.
Disponible sur Amazon Prime Video
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