Facebook 𝕏Twitter Contact Soutenir

Films · Séries · Streaming — sans filtre

Critique Ciné : The Exit State (2026, direct to SVOD)

Critique Ciné : The Exit State (2026, direct to SVOD)

The Exit State // De Gabriela Ledesma. Avec Callie Schuttera, Josh George et Sharon Lawrence.

 

Sur le papier, The Exit State de Gabriela Ledesma vend du rêve ou, au moins, une sacrée dose d’ironie grinçante. Le pitch pose une inversion totale des flux migratoires : les États-Unis sont tombés sous un régime autoritaire et des citoyens américains tentent d'accéder au Mexique pour sauver leur peau. Une idée de départ franchement percutante, taillée pour caler un vrai tacle à l'Amérique contemporaine tout en brassant horreur, thriller politique et comédie très noire. Sauf qu'entre une promesse aguicheuse et le résultat projeté à l'écran, il y a parfois un gouffre. Et là, c'est carrément le grand vide.

 

Dans un avenir proche, un groupe de citoyens américains tente de fuir le pays pour échapper à un régime autoritaire, mais leur chemin vers la liberté devient rapidement un cauchemar dystopique.

 

L'histoire s'articule autour de Claire (Callie Schuttera) et Vince (Josh George), un duo frère-sœur installé dans une propriété isolée en montagne. Le lieu bénéficie d'un statut territorial flou et sert de planque clandestine pour des réfugiés yankees en attente de traverser la frontière. Pour ces fugitifs, c'est l'ultime halte avant la liberté. Mais évidemment, le tableau idyllique se fissure vite : téléphones confisqués, liaisons coupées, consignes draconiennes. Isolé du monde, sans aucun moyen de vérifier ce qu'il se passe dehors, le petit groupe se retrouve pris au piège. La paranoia s'installe, les masques tombent et le huis clos est censé tourner au massacre absurde et sanglant.

 

Du moins, c'était le plan. Dans les faits, rien ne fonctionne. Le principal problème du métrage réside dans son incapacité criante à gérer le moindre ton. On nous promet un équilibre subtil entre horreur brutale, satire mordante et tension asphyxiante, mais le film patine à tous les étages. Les situations censées faire rire tombent à plat, la partie thriller manque singulièrement de nerf et l'aspect horrifique se résume à trois fois rien. Au lieu d'avoir un grand huit grinçant, je me suis juste retrouvé devant une œuvre tiède qui ne sait jamais sur quel pied danser. L'écriture des personnages n'arrange rien à l'affaire. Le scénario cherche à composer une galerie de profils variés pour faire émerger les contradictions de la société américaine face au chaos. 

 

On croise donc Andrew, un type engoncé dans son petit confort de classe qui se traîne des bagages de luxe coordonnés en pleine fuite survivaliste, ou encore Jordan (Nikki Dixon). On a aussi Zoey, une jeune journaliste flanquée d'une clé USB contenant des visuels explosifs sur le pouvoir en place. Si l'intention de critiquer le privilège bourgeois jusqu'au bord du gouffre était bonne, le traitement s'avère d'une lourdeur fatigante. Les réactions des protagonistes paraissent complètement hors sol, mais pas dans le bon sens du terme : elles découlent d'une écriture paresseuse plutôt que d'un vrai sens de l'absurde. Pour ne rien arranger, le jeu d'acteur oscille entre le neutre et le franchement mauvais. 

 

L'interprète de Zoey, censée porter l'enjeu dramatique de la fuite, peine cruellement à insuffler la moindre crédibilité à ses scènes. Bilan : il m'a été rigoureusement impossible de m'attacher à qui que ce soit ou de trembler pour leur salut. Visuellement et techniquement, le ratage se confirme. Un huis clos de 93 minutes dans une baraque paumée exige une mise en scène ultra découpée, une gestion au millimètre de l'espace et un sens de la claustrophobie aiguisé. Gabriela Ledesma livre ici une réalisation d'une platitude affligeante. La caméra se contente d'enregistrer mollement les allées et venues des acteurs sans jamais instaurer une vraie menace. 

 

Les quelques révélations et retournements de situation disséminés dans le dernier acte tombent comme des cheveux sur la soupe, faute d'avoir été préparés avec un minimum de savoir-faire narrative. Même le sous-texte politique, pourtant très prometteur au départ avec cette frontière mexicaine franchie dans le mauvais sens, se délite complètement. Le film s'imagine assener de grands coups de massue idéologiques alors qu'il ne fait qu'enfiler des clichés téléphonés sur la peur, l'autoritarisme et l'individualisme. À force de vouloir brasser tous les genres à la fois sans en maîtriser un seul, le récit perd toute sa substance et finit par tourner à vide.

 

Note : 1/10. En bref, The Exit State s'impose comme un beau cas d'école de concept gâché. Partir d'une prémisse aussi forte pour livrer un spectacle aussi poussif, c'est presque un exploit en soi. À aucun moment le frisson ne prend, la satire tombe systématiquement à côté et l'ensemble accumule une paresse d'exécution assez désolante. Les amateurs de cinéma de genre engagé et corrosif passeront leur chemin sans l'ombre d'un regret : ce refuge de montagne n'a absolument rien à offrir, si ce n'est l'envie pressante de fuir soi-même avant le générique de fin.

Prochainement en France en SVOD

 

Cet article t'a plu ?

Blog indépendant, sans sponsor. Un petit geste aide à le faire vivre.

Soutenir
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
Retour à l'accueil
À propos
delromainzika

Moi c'est Romain, Lyonnais, accro aux écrans depuis toujours. En 2006, j'ai commencé à écrire mes avis sur les séries que je regardais… et je ne me suis jamais arrêté. Vingt ans et plus de 900 séries plus tard, je continue de tout regarder, épisode par épisode : les grosses sorties Netflix, les pépites qui passent sous les radars, les séries qu'on suit depuis dix saisons et les films qui font parler. Mes critiques sont franches, parfois enthousiastes, parfois sévères, toujours sincères. Bref, si vous ne savez pas quoi regarder ce soir, vous êtes au bon endroit 🍿
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog