20 Avril 2026
C’est l’histoire d’une fille qui fonce dans le mur, mais qui le fait avec une conviction presque fascinante. Dès les trois premiers épisodes de Margo a des problèmes d’argent (ou Margo’s Got Money Trouble), on comprend que la série ne va pas nous ménager. Le rythme est rapide, presque nerveux, un peu comme la vie de Margo qui semble lui glisser entre les doigts. On enchaîne les événements sans avoir le temps de respirer, ce qui colle finalement assez bien à l’état d’esprit de cette héroïne qui navigue à vue. Margo, c’est une étudiante qui rêve d’écrire.
Margo, fille d’une ancienne serveuse chez Hooter’s et d’un ex lutteur professionnel, a récemment abandonné ses études et aspire à devenir écrivaine. Elle se retrouve à devoir concilier sa vie de jeune mère, les factures qui s’accumulent et peu de moyens pour les payer. Pour joindre les deux bouts, elle se tourne vers OnlyFans, où elle propose des vidéos "éducatives", guidée par l’aide inattendue de son père et des leçons qu’il a tirées du ring.
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Elle a ce talent pour raconter des histoires, pour imaginer des mondes, mais dès qu’il s’agit de gérer sa propre réalité, c’est une autre paire de manches. Elle a cette tendance un peu agaçante, mais très humaine, à regarder sa propre vie comme si elle en était la spectatrice ou la romancière. Elle prend des décisions sur un coup de tête, un peu comme si elle écrivait un chapitre sans se soucier du suivant. C'est ce décalage entre ses ambitions et ses actes qui rend le personnage à la fois touchant et exaspérant. Le point de départ, c’est sa relation avec son prof. La série a le mérite de ne pas essayer de rendre ça glamour ou romantique. On sent tout de suite le déséquilibre, le malaise.
C’est flou, c’est bancal, et ça dérape vite vers une grossesse qui n'était pas vraiment au programme. Et là où beaucoup auraient hésité, Margo décide de garder l'enfant. Ce qui est intéressant, c’est qu’elle ne le fait pas forcément après une longue réflexion philosophique. Elle le fait par réaction. Plus les gens autour d’elle lui expliquent que c’est une mauvaise idée, plus elle se braque. C’est sa manière à elle de reprendre le pouvoir sur une vie qu’elle ne maîtrise plus du tout. Sa mère, de son côté, apporte une dimension vraiment pesante au récit. Elle a déjà vécu ça, la galère de la maternité en solo, et elle voit sa fille foncer droit dans le même piège. Sa dureté ne vient pas d’un manque d’amour, mais d’une fatigue profonde.
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Elle pensait en avoir fini avec ces soucis-là, et elle se retrouve projetée vingt ans en arrière. Leur relation oscille entre une complicité réelle et une tension permanente qui rend chaque scène assez électrique. Dans le deuxième épisode, on quitte le fantasme pour entrer dans le dur. La série montre la réalité sans filtre : la fatigue qui écrase tout, le corps qui change, et surtout l'isolement. Margo se rend compte, un peu tard, que s'occuper d'un bébé ne ressemble pas du tout à ce qu'elle avait imaginé dans ses brouillons d'écrivaine. Et puis, il y a le nerf de la guerre : l'argent. Le titre de la série n'est pas là par hasard.
Les fins de mois deviennent un casse-tête chinois, et Margo, par naïveté ou manque d'expérience, passe parfois à côté de solutions qui pourraient l'aider. Elle avance sans plan, au talent, mais le talent ne paie pas les factures. L’arrivée du père de Margo dans le troisième épisode change un peu la donne. Il revient avec ses propres casseroles, essayant de se reconstruire tout en étant lui-même assez instable. Il apporte un peu d’air, mais souligne aussi le manque de cadres solides autour de la jeune femme. En fait, Margo essaie de devenir adulte au milieu d'adultes qui ne savent pas vraiment comment faire non plus. Tout le monde bricole son existence, et c’est peut-être ça le plus criant dans la série.
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Certains pourront trouver que certaines situations manquent de réalisme ou que les personnages ne se posent pas les bonnes questions au bon moment. On a parfois l'impression que le scénario force un peu le trait pour maintenir le drame sous pression. Mais au-delà de ces quelques facilités, l'ambiance fonctionne. On est dans ce mélange bizarre de comédie grinçante et de drame social pur et dur. C’est le chaos, tout simplement. Margo n'est pas forcément une héroïne qu'on a envie d'applaudir à chaque scène. Elle fait des erreurs, elle s'entête, elle est parfois injuste. Mais elle est cohérente. Elle apprend sur le tas, souvent en se prenant des claques monumentales.
Note : 7/10. En bref, ces premiers épisodes posent un décor assez brut et ne nous promettent pas de miracle. On est juste là pour voir comment elle va s'en sortir, ou pas, dans une vie où chaque décision semble coûter beaucoup plus cher que prévu. On quitte ce début de saison avec une certitude : le chemin va être long, et Margo n'est pas au bout de ses surprises.
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