Beef / Acharnés (Saison 2, épisodes 7 et 8) : la fin de saison transforme le chaos en impasse émotionnelle

Beef / Acharnés (Saison 2, épisodes 7 et 8) : la fin de saison transforme le chaos en impasse émotionnelle

On arrive enfin au bout de cette deuxième saison d'Acharnés, et autant dire que les épisodes 7 et 8 font voler en éclats le peu de faux-semblants qui restaient aux personnages. La série lâche un peu le côté guerre sociale et rapports de force purs pour gratter là où ça fait vraiment mal : l'intimité. Les explosions de colère laissent place à une destruction psychologique lente, sournoise et bien plus douloureuse. Toute la saison tournait autour de liens toxiques et d'équilibres précaires. Ces deux derniers épisodes enfoncent le clou de manière définitive. 

 

Personne dans cette série ne sait ce que signifie aimer proprement. Aimer, pour eux, c'est contrôler, posséder ou manipuler l'autre pour combler un vide. Le duo formé par Austin et Ashley en est la preuve parfaite, leur couple fonçant droit dans le mur à une vitesse phénoménale. Le malaise planait sur leur couple depuis les premiers épisodes. On sentait bien que leurs attentes étaient totalement incompatibles, mais le final retire définitivement les œillères. Austin gagne haut la main le prix du personnage le plus exaspérant de cette fin de saison. Il n'est pas cruel au sens strict, mais sa lâcheté chronique devient insupportable. 

 

Le coup du sabotage de son propre échantillon pour la FIV résume tout le bonhomme. Pour s'éviter une discussion tendue sur le moment, il préfère déclencher une bombe à retardement. La série réussit son coup ici en refusant de le rendre attachant. On observe juste un homme incapable de regarder ses choix en face. Austin veut désespérément passer pour le gentil gars, le type moral et raisonnable, alors que son inaction provoque des ravages constants autour de lui. Sa liaison naissante avec Eunice montre toute l'ironie du personnage. Il ne s'intéresse pas vraiment à qui elle est. Eunice représente simplement pour lui un refuge confortable, une bulle sans reproches ni cris, tout l'inverse d'Ashley.

 

Eunice reste d'ailleurs un mystère, et c'est peut-être le petit point faible de cette saison 2. Elle tient plus du rouage scénaristique que du personnage pleinement incarné. Sa vraie valeur réside dans son regard extérieur. Elle n'appartient pas au club, elle garde une forme de lucidité et de distance face à ce nid de vipères corrompu. L'intrigue s'accélère et s'assombrit autour du téléphone de la présidente Park et de cette fameuse clé USB. Dès que tout le monde embarque dans l'avion pour Séoul, l'atmosphère devient carrément claustrophobe. Coincés dans cet espace confiné, les personnages ne peuvent plus fuir leurs propres mensonges.

 

L'épisode 7 tire une force immense de ce huis clos étouffant. Les masques tombent, les reproches fusent et la politesse de façade explose. Quand Lindsay découvre le pot aux roses concernant Burberry, sa vision d'Ashley change à jamais. Ce qui rend cette scène excellente, c'est que Lindsay ne devient pas pour autant une victime parfaite. Sa réaction vire à l'excès, presque au sordide, mais cela colle parfaitement à sa trajectoire marquée par le deuil, la honte et la rancœur. L'épisode du verre contaminé en plein vol symbolise toute l'identité de la série : un mélange de grotesque absolu et de méchanceté pure. Ashley reste une héroïne particulièrement difficile à défendre. 

 

Elle se montre collante, immature, dévorée par ses caprices et ses angoisses de reine du drame. Son besoin viscéral d'attention s'avère étouffant pour son entourage comme pour le spectateur. Mais la force de l'écriture est de lui éviter le piège de la caricature. Sa tyrannie affective cache une terreur panique de l'abandon. Austin finit par mettre les mots dessus dans l'épisode 8 en lui balançant qu'elle cherche uniquement à fuir la solitude, pas à construire quelque chose avec lui. C'est l'un des rares éclairs de vérité d'Austin. Sauf qu'il n'est pas plus propre qu'elle. La fin de saison joue beaucoup sur cette double hypocrisie. On pouvait croire qu'Austin allait enfin grandir, s'affirmer en se mêlant de l'affaire Park ou en protégeant Eunice. 

 

On espérait le voir sortir de sa passivité maladive. Le final prend le contre-pied total de cette attente, et la pilule est amère. En rendant les preuves à la présidente Park, Austin choisit la sécurité du poison qu'il connaît plutôt que le risque de la liberté. C'est rageant, mais c'est d'une cohérence implacable avec sa psychologie. Cette fatalité, cette impossibilité de briser les schémas destructeurs, innerve tout le dénouement. Josh et Lindsay fonctionnent comme le reflet inversé d'Austin et Ashley. Pendant que ces derniers s'enfoncent dans le déni, Josh et Lindsay mesurent enfin l'ampleur des dégâts qu'ils ont causés. Leurs échanges à travers les cloisons du centre Trochos offrent les instants les plus poignants et les plus sincères de ce final. 

 

Leur lien a été toxique, mais ils atteignent enfin une forme de vérité. En endossant la responsabilité de ses actes pour épargner Lindsay, Josh accomplit le seul geste purement généreux de la saison. Le contraste entre les deux couples éclate aux yeux lors de l'épilogue, situé quelques années plus tard. Austin et Ashley ont tout pour être heureux sur le papier : le bébé, le confort matériel, le statut social au club. Pourtant, l'ambiance reste glaciale. Ils ont juste institutionnalisé leur malheur. Les rancœurs sont toujours là, les piques continuent, et leur union ne tient plus que par la force de l'habitude. Ce choix scénaristique va sans doute diviser le public, car la série refuse d'offrir une justice morale.

 

La présidente Park s'en sort sans une égratignure, Austin replonge dans ses travers, Ashley obtient ce qu'elle voulait et le système corrompu tourne toujours à plein régime. C'est pourtant ce qui fait la force de cette saison 2. Acharnés ne croit pas aux miracles ni aux rédemptions hollywoodiennes. La série dissèque des névroses dont on ne guérit pas, des mécanismes affectifs défectueux que les gens reproduisent en boucle, même en ayant conscience de se détruire. Le discours final de la présidente Park, qui réduit les relations humaines à de vulgaires transactions commerciales, enfonce le clou du cynisme. Le propos manque parfois de subtilité, mais il résume parfaitement la saison. 

 

Chaque personnage est persuadé d'agir par amour, alors qu'il ne fait que mendier de quoi combler ses propres failles. Sur le plan formel, ces deux chapitres comptent parmi les plus impressionnants visuellement. Qu'il s'agisse de la tension palpable dans la cabine de l'avion, de la cavale nocturne et poisseuse dans les rues de Séoul ou des cadrages très symboliques sur l'isolement des êtres, la réalisation accentue magnifiquement cette impression d'asphyxie. Même les embardées les plus bizarres conservent une noirceur percutante.

 

Note : 7/10. En bref, cette deuxième saison d'Acharnés laisse un goût étrange et persistant. Les protagonistes deviennent franchement antipathiques, le scénario fait preuve d'une cruauté rare et le dénouement n'offre aucune catharsis. Malgré cela, impossible de décrocher. La série réussit le tour de force de transformer la misère affective en un thriller psychologique addictif et angoissant. Les personnages ne ressortent pas grandis de cette épreuve. Ils continuent simplement leur route, encombrés de leurs manques, de leurs lâchetés et de leurs échecs.

Disponible sur Netflix

La première saison de Beef avait cartonné à la fois auprès du public et de la critique, grâce à de bonnes audiences, des retours très positifs et de nombreuses distinctions. La saison 2 fonctionne elle aussi sur le plan critique et devrait logiquement récolter des nominations, mais son démarrage est bien plus timide (seulement 2,4 millions d’EVCs en quatre jours contre 5,8 millions pour la première), ce qui freine fortement son potentiel populaire. Une saison 3 n’est pas inenvisageable, mais semble un parcours du combattant. Source : Netflix & Chiffres

 

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