Beef / Acharnés (Saison 2, épisodes 5 et 6) : quand le deuil d'un chien achève un mariage

Beef / Acharnés (Saison 2, épisodes 5 et 6) : quand le deuil d'un chien achève un mariage

Si on regarde de près cette saison 2 d'Acharnés, on sent que la série a pris son temps pour poser ses pions. Les premiers épisodes nous ont plongés dans un univers de faux-semblants, où l'argent et le statut social servent de boucliers à des personnages qui ne savent plus vraiment qui ils sont. Mais avec les épisodes 5 et 6, le récit bascule. On quitte la simple satire sociale pour entrer dans quelque chose de beaucoup plus brut, plus triste aussi. C'est le moment où les masques tombent et où l'épuisement émotionnel prend le dessus sur les petits jeux de pouvoir.

 

Le cinquième épisode est sans doute le plus charnière depuis le lancement de la saison. Tout tourne autour de la disparition de Burberry, le chien de Lindsay et Josh. Sur le papier, c’est un incident presque banal pour un couple de ce standing. Pourtant, dans l'écriture de la série, ce chien devient le révélateur d'un mariage qui n'existait déjà plus que sur le papier. Ce qui est frappant ici, c'est que la recherche de l'animal devient vite secondaire. Ce qui compte, ce sont les mots qui sortent, les reproches qu'on ne retient plus. On réalise que Lindsay et Josh ne se parlent plus, ils se percutent. La question n’est plus de retrouver le chien, mais de comprendre pourquoi ils sont encore dans la même pièce.

 

La série gère très bien le personnage de Josh dans ce moment de crise. Plutôt que d'en faire un méchant de caricature, elle nous montre un homme qui fuit. Dès que l'air devient trop lourd, il s'éclipse. Il préfère aller traîner avec Troy ou s'enfermer dans son boulot plutôt que d'affronter la détresse de sa femme. Ce n'est pas de la méchanceté pure, c'est une incapacité totale à gérer l'inconfort émotionnel. Et c’est peut-être encore plus cruel. De son côté, Lindsay gagne enfin en épaisseur. Jusqu'ici, elle pouvait paraître un peu froide, voire carrément manipulatrice avec les autres femmes de son cercle. Mais l'épisode 5 nous montre sa fragilité. La voir coller des affiches seule dans la ville, sans aucun soutien réel, souligne son isolement total.

 

Elle a tout le confort matériel possible, mais personne sur qui compter quand les choses tournent mal. C'est là qu'entre en scène sa relation avec Ashley. C'est un duo étrange, presque fascinant. Ashley admire chez Lindsay une indépendance qu'elle n'a pas, tandis que Lindsay voit en Ashley une version plus jeune d'elle-même, quelqu'un qui croit encore qu'un homme ou un couple peut combler ses propres vides intérieurs. Le problème, c'est que ce lien est empoisonné dès le départ par le secret d'Ashley concernant la disparition du chien. Cette tension permanente rend chaque scène entre elles assez inconfortable pour nous, spectateurs.

 

La fin de l'épisode 5, avec la mort de Burberry, évite soigneusement le mélo. C’est une scène sale, maladroite, qui laisse un goût amer. Contrairement à la saison 1 qui misait sur une rage explosive, ici, on est dans le constat d'échec. La demande de divorce qui suit semble être la seule issue logique. Il n'y a pas de cris, pas de grands discours de cinéma. Juste deux personnes vidées qui acceptent que c'est fini. Après le choc de l'épisode précédent, le sixième épisode change de rythme. On revient à la manipulation, mais avec une dimension plus sombre. Le divorce de Lindsay et Josh se transforme immédiatement en champ de bataille. 

 

Ce n'est plus une affaire de sentiments, c'est une affaire de contrats, de vidéos compromettantes et de gros sous. La série montre avec beaucoup d'acidité comment une séparation peut devenir toxique en un claquement de doigts. On voit alors tout le monde essayer de sauver les meubles. Lindsay tente de récupérer des preuves, Josh essaie de limiter la casse en se rapprochant d'Austin. Tout devient une transaction. C'est l'un des thèmes forts de cette saison : dans ce monde-là, même l'intimité se négocie. L'épisode 6 approfondit aussi le couple formé par Ashley et Austin. On comprend mieux les motivations d'Ashley, notamment son obsession pour la maternité. 

 

Elle voit l'arrivée d'un enfant comme une ancre, une façon de stabiliser une vie qui lui échappe. Ses choix sont parfois discutables, dictés par la peur d'être abandonnée, mais la série prend le temps de nous expliquer pourquoi elle agit ainsi. Elle n'est pas juste jalouse ou instable, elle est terrifiée. Quant à Austin, il semble de plus en plus dépassé par les événements. Sa discussion avec Josh est d'ailleurs assez révélatrice. On y voit un Josh un peu plus humain, capable d'admettre ses failles, même s'il reste fondamentalement un manipulateur. Ces échanges montrent que personne n'est tout noir ou tout blanc dans cette histoire.

 

Enfin, l'intrigue politique et financière autour de Chairwoman Park et de la corruption liée à Trochos commence à rattraper les personnages. Ce qui n'était qu'un bruit de fond devient une menace réelle. La mort brutale de Woosh à la fin de l'épisode 6 change radicalement la donne. On n'est plus seulement dans le drame conjugal ou la satire sociale, on bascule dans quelque chose de bien plus dangereux. Les personnages pensaient contrôler leur image et leur vie, mais le système est en train de les broyer. En résumé, ces épisodes 5 et 6 font un bien fou à la saison. Ils lui donnent le poids émotionnel qui lui manquait un peu au début. On s'attache enfin à ces personnages, non pas parce qu'ils sont sympathiques, mais parce qu'on les voit enfin craquer pour de bon.

 

Note : 8/10. En bref, ces deux épisodes marquent une rupture salutaire en délaissant les jeux de pouvoir mondains pour explorer la solitude et l'usure réelle des personnages. En faisant voler en éclats le couple Lindsay/Josh, la série gagne une profondeur émotionnelle inédite où la manipulation ne suffit plus à cacher la détresse

Disponible sur Netflix

 

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