Critiques Séries : The Audacity. Saison 1. Episode 8 (season finale)

Critiques Séries : The Audacity. Saison 1. Episode 8 (season finale)

The Audacity // Saison 1. Episode 8. Granfalloon.

SEASON FINALE

 

Voilà, on y est. Après huit semaines à suivre les délires de grandeur de la tech, The Audacity boucle sa première saison. Et pour être tout à fait honnête, ce final ressemble exactement au reste de la série : beaucoup de bruit, des tonnes d’intentions affichées, mais au bout du compte, pas grand-chose à se mettre sous la dent. On espérait que cet épisode 8 allait enfin lier toutes les pistes éparpillées autour de Duncan, JoAnne, Hypergnosis et de cette fameuse plateforme PINATA. À la place, on se retrouve face à un dénouement bancal qui confirme surtout l’incapacité des scénaristes à tenir une histoire sur la longueur.

 

Le souci n’est pas tant que la fin reste ouverte. Le manque de réponses claires peut être un choix artistique tout à fait valable si le voyage en vaut la peine. Ici, le problème est ailleurs. La série a passé son temps à ouvrir des tiroirs, à empiler les intrigues secondaires sans jamais prendre le moment de creuser le sujet. Du coup, quand ce dernier épisode essaie de provoquer un grand final dramatique avec des conséquences lourdes pour les personnages, l’impact est totalement plat. On se rend compte qu’on ne s’est jamais attaché à personne, et les larmes ou les crises de nerfs à l'écran nous laissent complètement de marbre.

 

Depuis le départ, The Audacity veut être le miroir grinçant de notre époque, en tapant sur les milliardaires de la Silicon Valley et le vol de nos données privées. C’est un angle super porteur, ultra actuel, qui aurait pu donner un thriller psychologique ou une comédie noire redoutable. Montrer l'envers du décor d'un monde obsédé par le contrôle et dénué de la moindre boussole morale, c'était une excellente promesse. Sauf que la série s'est arrêtée au stade du constat. Elle répète inlassablement la même formule d'un épisode à l'autre : les patrons de la tech sont des ados égocentriques, toxiques et dangereux. Duncan fait sa loi, Carl Bardolph est flippant, les financiers n'ont pas d'âme. 

 

On avait compris dès le premier épisode, mais après huit heures de visionnage, le curseur n'a pas bougé d’un millimètre. L’épisode 8 pousse ce défaut jusqu’à l'excès. Quand Duncan débarque au WatchCode Forum pour vendre son projet PINATA, il affiche son cynisme absolu face caméra. C’est censé choquer, créer un malaise ou un sentiment de révolte chez le spectateur. Mais comme on a déjà vu cette exacte mise en scène trois fois par épisode depuis le pilote, l'effet tombe complètement à l'eau. On assiste juste à un énième monologue provocateur qui tourne à vide. Il faut aussi parler du cas de Duncan. L'acteur Billy Magnussen se donne à fond, il apporte une énergie indéniable et sauve pas mal de répliques du naufrage par son seul charisme. 

 

Mais le personnage est écrit de manière tellement linéaire qu’il devient vite épuisant. Le schéma est toujours identique : il crie, il rabaisse ses équipes, il prend une décision complètement irresponsable et, par un coup de chance scénaristique, il s'en sort triomphalement. Les auteurs pensent sans doute que ce côté imprévisible et odieux suffit à le rendre fascinant, à la manière d’un Logan Roy dans Succession. Sauf que l'arrogance sans nuance lasse très vite. Même quand Duncan découvre enfin le secret concernant Jamison, la révélation n’a aucun poids émotionnel. La série préfère zapper l'humain pour revenir immédiatement aux chiffres, aux contrats et aux petites combines de couloir. À force de vouloir faire du cynisme à tout prix, la série s'est vidée de sa substance.

 

Ce final tente d’ailleurs un virage à épingle assez maladroit. Après nous avoir servi une satire froide, parfois presque caricaturale, l’épisode 8 décide soudainement de jouer la carte du drame intime et bouleversant. Le sort de Jamison en est le parfait exemple. On nous demande d'être profondément ému par sa chute alors qu’on l’a à peine vu exister en tant qu'être humain durant la saison. Pareil pour Tom. Sa fin tragique sort du chapeau au dernier moment, uniquement pour forcer une tension dramatique artificielle avant le générique. C'est un procédé un peu grossier qui sonne faux parce que la série n'a jamais pris la peine de construire ses seconds rôles. Ils n'étaient là que pour servir de faire-valoir ou pour meubler les intrigues secondaires. 

 

Qu'il s'agisse des délires de Carl Bardolph, des secrets d’Anushka ou des plans d’Orson, tout cela n'était que du remplissage qui n'aide en rien à rendre le final mémorable. The Audacity confond visiblement la noirceur et l’intelligence. Ce n'est pas parce qu'un univers est sombre, désabusé et rempli de gens détestables qu'il raconte quelque chose de profond. À force de refuser la moindre lueur d'espoir ou d'évolution chez ses protagonistes, le récit se fige. JoAnne aurait pu être le point d'ancrage de la série, la touche de complexité au milieu de ce cirque. Malheureusement, elle reste coincée dans ses dilemmes internes du début à la fin. 

 

Son histoire avec le FBI, balancée dans les dernières minutes, ressemble surtout à une béquille scénaristique pour s'assurer une saison 2 plutôt qu'à une vraie conclusion logique pour son personnage. On sent bien l'influence de séries comme Silicon Valley pour l'aspect tech ou de Succession pour les rapports de force. Mais ces modèles réussissaient parce qu'ils savaient rendre leurs monstres tragiques, drôles ou pathétiques, avec de vraies failles humaines. Ici, on est dans la surenchère permanente. Chaque patron est un psychopathe de cartoon, chaque dialogue est un combat de coqs pour savoir qui a le plus de pouvoir. 

 

Même la trame sur l'intelligence artificielle avec Xander, qui commençait plutôt bien, se résume finalement à un énième rappel que les grosses corporations détruisent tout sur leur passage. C’est là que réside la vraie frustration. Il y avait du potentiel dans cette histoire, des acteurs solides et quelques scènes piquantes qui laissaient espérer une bonne surprise. Mais la série a préféré se complaire dans la provocation stérile et les dialogues explicatifs. Cet épisode 8 vient clore une saison qui aura surtout brassé de l'air, nous laissant avec beaucoup de portes ouvertes mais très peu d'envie de voir la suite.

 

Note : 2/10. En bref, ce final de la saison 1 de The Audacity échoue à lier ses intrigues éparpillées et livre une conclusion artificielle qui confirme les faiblesses d'écriture de la série. Faute de nuance et de profondeur psychologique, cette satire de la Silicon Valley s'embourbe dans un cynisme répétitif porté par des personnages caricaturaux auxquels on ne s'attache jamais.

Prochainement en France

 

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