20 Mai 2026
The Testaments // Saison 1. Episode 9. Marat Sade.
On approche du dénouement et on sent clairement que la série accélère le mouvement. Après des semaines à avancer à pas de loup, à nous plonger dans une ambiance de silence et de terreur sourde, ce neuvième épisode secoue enfin le cocotier. Les masques tombent, les personnages clés sortent de leur passivité et, même si le rythme a encore tendance à bégayer par moments, l’impact émotionnel est bien là. Cet avant-dernier chapitre fait mal, très mal, et il pose des bases solides pour le final. Depuis le lancement de la saison, Gilead fait du Gilead : le contrôle absolu des corps, la culpabilité érigée en mode de vie et l’effacement pur et simple de la parole des femmes.
L'intrigue autour du docteur Grove pousse cette logique dans ses retranchements. On parlait de lui comme d'une ombre menaçante depuis le début, intouchable et terrifiant. Cette fois, la série décide d'attaquer le problème de front, mais elle choisit un chemin moralement très glissant qui risque de diviser les spectateurs. C’est Daisy qui prend les commandes de cette intrigue. Sa décision de révéler ses règles, après les avoir cachées, n’a rien d'anodin. C'est un calcul pur et simple. Elle sait qu'en devenant une "Plum", elle se retrouve en première ligne, notamment pour les visites chez le fameux dentiste. Elle a surtout compris une vérité amère : dans ce monde-là, personne ne lèvera le petit doigt pour protéger les adolescentes si l'accusation reste floue.
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Pour faire tomber un monstre, il faut rendre l'horreur impossible à ignorer. La trajectoire devient alors fascinante mais dérangeante. Daisy simule une agression et ment ouvertement pour piéger Grove. On plonge en pleine zone grise. Le spectateur se retrouve face à un dilemme inconfortable : la méthode est condamnable, mais le but est juste puisqu'il s'agit de neutraliser un prédateur. Le problème, c’est qu'en jouant avec le feu dans un régime aussi violent que Gilead, les flammes se propagent toujours plus vite que prévu. Le comportement des Tantes face à cette crise est d'ailleurs révélateur. Aunt Lydia pige le manège de Daisy en un clin d'œil, mais elle décide de regarder ailleurs.
Son personnage gagne en complexité au fil des semaines. Sous ses airs de gardienne du temple ultra-rigide, c'est une pragmatique de première catégorie. Elle se fiche de la vérité pure ; ce qui l'intéresse, c'est de maintenir l’ordre et d'éliminer un élément perturbateur comme Grove au moment qui l'arrange le plus. Du côté des Commandants, la réaction est tout aussi glacante. Face au scandale, la souffrance des victimes n'entre jamais en ligne de compte. Seule l'image politique du régime importe. La série insiste bien sur ce point : Gilead est une machine conçue par et pour les hommes puissants, et ils se protègeront entre eux tant qu'ils y trouveront un intérêt.
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Au milieu de ce cynisme ambiant, Becka vit une véritable descente aux enfers. Elle qui était restée un peu en retrait, souvent définie par son lien avec Agnes ou son mariage arrangé avec Garth, crève l'écran ici. Les scénaristes décortiquent son déni de manière ultra-réaliste. Au départ, elle refuse de croire les accusations de Daisy. Puis le doute s'installe devant les silences lourds d'Agnes et l'attitude fuyante de son propre père. C'est tout son monde, toute son éducation qui s'effondrent d'un coup. Le plus douloureux pour elle n'est pas seulement de découvrir la monstruosité de son père, c'est de réaliser que sa vie entière reposait sur un mensonge.
La confrontation silencieuse entre Agnes et Becka est sans doute le moment le plus fort de l'épisode. Pas besoin de grands dialogues larmoyants : un simple regard d'Agnes suffit pour que Becka comprenne tout. C'est une scène d'une humanité brute qui tranche avec la froideur habituelle de la série. Le passage à l'acte de Becka devient alors inévitable. Quand elle assassine son père dans sa baignoire, ce n'est pas un geste d'héroïne de film d'action. C'est un sursaut de rage pure, une tentative désespérée et brouillonne de reprendre le contrôle de son destin. La suite est une tragédie absolue. Lorsqu'elle court retrouver Agnes, couverte de sang et réclamant une fuite impossible, on comprend que Gilead ne fait jamais de cadeaux.
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Le rôle de Garth dans cette chute apporte la touche finale de noirceur. On a longtemps hésité sur son compte : agent double pour Mayday ou simple pion du système ? Sa décision finale montre la réalité du terrain à Gilead. Pour sauver sa peau, il faut souvent écraser celle des autres. En livrant Becka aux Yeux, il affiche des regrets, mais le résultat est le même. Les hurlements d'Agnes pendant l'arrestation brisent le cœur. Tout n’est pas parfait pour autant. Le rythme traîne encore un peu en longueur sur certaines séquences, comme si la production cherchait à gagner du temps avant l'explosion du final.
C'est parfois frustrant de voir l'intrigue piétiner alors que les enjeux mériteraient d'être creusés plus vite. Mais malgré ces petits coups de mou, l'épisode réussit son pari en installant une tension psychologique étouffante. Personne ne sort indemne de cette heure de télévision, et c'est exactement ce qu'on attendait d'un tel avant-dernier épisode. Le final s'annonce explosif.
Note : 8.5/10. En bref, cet avant-dernier épisode bouscule enfin la passivité des personnages à travers l'intrigue tendue et moralement complexe du docteur Grove, offrant à Becka et Daisy des trajectoires dramatiques d'une force incroyable. Malgré quelques longueurs narratives frustrantes, la série réussit à installer une tension psychologique étouffante qui prépare idéalement le spectateur à un final potentiellement explosif.
Disponible sur Disney+
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