Critiques Séries : The Boys. Saison 5. Episode 8 (series finale)

Critiques Séries : The Boys. Saison 5. Episode 8 (series finale)

The Boys // Saison 5. Episode 8. Blood and Bone.

SERIES FINALE

 

Après des années passées à dynamiter le mythe des super-héros à grands coups de cynisme et de scènes trash, The Boys a tiré sa révérence. Intitulé « Blood and Bone », le huitième et dernier épisode de la saison 5 avait la lourde tâche de refermer une histoire dense, violente et profondément ancrée dans la satire politique. L'attente autour du destin de Homelander et de Billy Butcher était immense. Forcément, quand le rideau tombe sur une série de cette envergure, il est difficile de contenter tout le monde, et ce final laisse une impression particulièrement contrastée. On sent rapidement que les scénaristes ont dû jongler avec le timing. 

 

D'un côté, l'épisode réussit à toucher une corde sensible grâce à l'historique des personnages. De l'autre, on ne peut pas s'empêcher de ressentir une sensation de précipitation, comme si le récit essayait de boucler trop d'intrigues à la fois dans un temps imparti trop court. L'épisode s'ouvre sur les retombées émotionnelles de la mort de Frenchie. C’est Kimiko qui porte ce deuil, nous plongeant dans une phase introspective assez inhabituelle pour le show. Ce choix de ralentir le rythme au tout début du final pour offrir des instants suspendus ne plaira pas à tous les fans. Dans un contexte de guerre totale annoncée depuis le début de la série, on pouvait s'attendre à une entrée en matière plus nerveuse. 

Pourtant, la relation entre Kimiko et Frenchie s'impose comme l'un des rares ancrages émotionnels solides de cette dernière ligne droite. Cela rappelle judicieusement que Kimiko n'a jamais été qu'une simple machine à tuer, mais une femme en quête de paix au milieu du chaos. Du côté de Homelander, la trajectoire choisie risque de faire couler beaucoup d'encre. Antony Starr incarne depuis le début un monstre en roue libre, et tout laissait présager une apocalypse totale pour ce final. Contre toute attente, l'affrontement reste très localisé et presque intime. Les Boys infiltrent la Maison-Blanche avec un plan qui donne parfois l’impression d’avoir été écrit sur un coin de table. 

 

S'ensuit une série de duels entre les personnages secondaires. Si le combat entre Starlight et The Deep apporte une vraie satisfaction et conclut proprement leur passif, d'autres duels semblent simplement cochés sur une liste pour donner à chacun son moment de gloire avant le générique. La fragilité psychologique de Homelander prend ici le pas sur sa dangerosité pure. Ce virage fonctionne par instants, notamment lorsque son besoin viscéral d'amour et de reconnaissance éclate aux yeux de tous. Le face-à-face final implique Butcher, Kimiko et le jeune Ryan. Le rôle de Ryan s'avère central : son rejet définitif de Homelander confirme qu'il refuse de calquer ses pas sur ceux de son père biologique.

La série prend aussi le risque de placer Kimiko au centre de l’action décisive lors du combat final. C’est un choix qui se discute, surtout après cinq saisons passées à construire le duel ultime entre Butcher et Homelander. Néanmoins, cela permet d'appuyer l'idée que la victoire finale repose sur les liens humains plutôt que sur la force brute. La mort de Homelander survient de manière abrupte et sauvage, ce qui colle parfaitement à l'esprit de la série. Le problème vient plutôt de l'après-coup : le rythme s'étire un peu maladroitement pour exposer le destin des survivants. C'est d'ailleurs le traitement de Billy Butcher qui illustre le mieux les faiblesses structurelles de cette dernière saison. 

 

Sa bascule vers son côté le plus sombre était amorcée depuis longtemps, mais sa transformation concrète n'intervient que dans les derniers instants. Sur le papier, l'arc du justicier dévoré par sa propre haine au point de devenir le monstre qu'il combattait est excellent. À l'écran, le manque de développement flagrant prive cette évolution d'une bonne partie de son impact tragique. Ce problème de gestion du temps est le grand défaut de cette saison 5. De nombreuses pistes narratives explorées précédemment se retrouvent balayées ou ignorées pour forcer la conclusion. Malgré ces raccourcis, The Boys conserve son âme cynique jusqu'au bout. 

La série évite le piège du happy end absolu en montrant que la chute de Homelander ne change rien aux rouages profonds de la société. Le système Vought reste en place, prêt à absorber le choc. C'est sans doute le constat le plus fidèle à l'ADN de l'œuvre. Les toutes dernières minutes tentent d'apporter une note de sérénité. Hughie et Annie entrevoient enfin une vie normale loin des projecteurs, Kimiko s'envole pour la France afin d'honorer la mémoire de Frenchie, et Mother's Milk essaie de se reconstruire. Ce basculement vers une ambiance plus mélancolique et classique déstabilisera une partie du public habitué aux excès permanents.

 

Note : 5/10. En bref, ce final ne rate pas complètement le coche, mais il manque le coche du chef-d'œuvre maîtrisé. On reste attaché aux personnages grâce aux années passées en leur compagnie, même si l'écriture globale souffre de précipitation. The Boys s'arrête en restant fidèle à son habitude : en choisissant le désordre plutôt que le confort, s'assurant ainsi une place à part dans l'histoire des séries de super-héros.

Disponible sur Amazon Prime Video

La saison 5 de The Boys était la dernière de la série. Il n’y aura pas de saison 6. Gen V, le spin off avait lui aussi été annulé après deux saisons. 

 

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