Critiques Séries : Silo. Saison 3. Episode 8.

Critiques Séries : Silo. Saison 3. Episode 8.

Silo // Saison 3. Episode 8. Gray Goo.

 

Après des semaines à faire tourner ses intrigues un peu dans le vide, ce huitième épisode de la saison 3 de Silo décide enfin de lâcher des gros morceaux d'information. On commence à piger ce qui a vraiment motivé la création de ces bunkers géants. Le récit choisit de construire son propos en superposant deux époques distinctes. D'un côté, le présent avec Juliette, Bernard et Camille qui tentent le tout pour le tout pour neutraliser la menace du Safeguard. De l'autre, le passé où Daniel, Charlotte et Helen découvrent les prémices du projet à travers le discours de Per Stensen. L'épisode s'avère plutôt passionnant dans ce qu'il raconte, mais il retombe un peu dans ses travers au niveau du rythme. 

 

Si les révélations remettent pas mal de choses en perspective pour la fin de saison, plusieurs sous-intrigues continuent d'alourdir une narration qui manquait déjà de nervosité. On reprend là où les choses s'étaient arrêtées, juste après l'attaque qui a blessé Lukas Kyle. Patrick Kennedy réussit à le traîner tant bien que mal jusqu'au Silo 17. Sur place, Solo et les enfants improvisent des soins d'urgence. C'est l'occasion de revoir Solo dans une posture très vulnérable, loin de son image habituelle. Le contact radio avec Juliette ne tarde pas à être réétabli. Patrick reste évasif sur les détails, mais ses quelques mots rassurent Juliette. Elle saisit le moment pour lui passer un message bien précis : elle demande à Solo de fouiller le passé et d'enquêter sur le décès de sa propre mère.

Toute cette partie dans le Silo 17 s'impose vite comme le point fort de l'épisode. Le corps de la mère est finalement retrouvé dans une pièce qu'elle avait elle-même pris soin de sceller. On comprend qu'elle avait capté le danger représenté par le tuyau du Safeguard et qu'elle a tout tenté pour barrer la route au produit toxique. La séquence éclaire d'un jour nouveau la personnalité de Solo. Son excentricité constante cache surtout les fêlures d'un homme brisé par la perte de tout son entourage. Sa remarque expliquant qu'il n'avait jamais été confronté à la mort avant de se retrouver totalement isolé fait mouche. Steve Zahn livre une prestation vraiment touchante. C'est clairement ce que le présent de la série a proposé de plus fort depuis un moment.

 

Pendant ce temps, Juliette et Bernard se creusent la tête face à ces fameuses conduites destinées à répandre le produit mortel dans la structure. L'équation devient plus claire : si le tuyau est neutralisé, le moyen de pression utilisé par ceux qui pilotent le Safeguard tombe avec. Sur le papier, c'est logique, mais l'exécution reste hyper périlleuse. Juliette fait appel à Shirley pour approcher la conduite et la neutraliser définitivement. C'est sans compter sur le flicage permanent de Judicial. L'opération tourne au vinaigre et Juliette comprend vite que Shirley fonce tout droit dans une nacelle. Pour éviter le pire, Juliette fait le choix du sacrifice et va se rendre d'elle-même à Judicial.

Ce choix de scénario relance l'intérêt de cette partie de l'histoire. Juliette se retrouve enfermée dans le même espace que Robert Sims. Un face-à-face qui s'annonce tendu et qui pourrait bousculer la dynamique en place. Dans le même temps, Camille commence doucement à douter de la marche à suivre. Même si elle obéit encore aux instructions de l'algorithme, ses hésitations montrent que le dogme commence à se fissurer. C'est d'ailleurs l'une des trajectoires de personnages les plus captivantes de ces derniers épisodes. L'autre gros morceau de cet épisode se situe plusieurs siècles en arrière. En suivant Daniel, Charlotte et Helen, on découvre la véritable genèse de ces constructions souterraines.

 

Per Stensen pose le contexte : l'humanité a conçu l'outil de sa propre perte sous la forme des nanotechnologies. L'idée fait froid dans le dos. Manipulées comme des armes, ces particules minuscules sont capables de détruire la matière vivante jusqu'à provoquer ce qu'il appelle la « grey goo ». Les Silos n'ont jamais été de simples abris d'urgence construits à la hâte. Ils ont été pensés dès le départ comme une arche géante étalée sur des siècles, le temps que la surface redevienne vivable. La révélation valait le coup, même si la série prend un peu trop son temps pour nous y amener à coup de dialogues interminables. Stensen dévoile le plan final : ériger 50 Silos pour y stocker un échantillon de la population, mais aussi le savoir, l'art, la culture et l'ingénierie nécessaires pour rebâtir la société le moment venu. 

Une vision de sauveur qui masque mal une logique beaucoup plus sombre. Helen refuse de tomber dans l'admiration aveugle face aux grandes phrases de Stensen. Elle réalise rapidement que Charlotte et ses troupes ont servi de chair à canon pour démontrer la puissance dévastatrice des nanotechnologies. La mission de départ prend alors une tout autre teinte. Charlotte pensait participer à une frappe tactique sur une base secrète. En réalité, le terrain était déjà balisé pour orchestrer une attaque simulée. Son unité n'était qu'un cobaye pour valider la menace aux yeux de tous. Helen pointe tout de suite le problème éthique du projet. Stensen dispose d'une fortune colossale qu'il aurait pu utiliser pour traiter les crises de son époque, la pauvreté ou les maladies. 

 

Au lieu de ça, il choisit de claquer des milliards pour sauver une poignée de privilégiés dans des bunkers. Cette confrontation d'idées apporte de la nuance au récit. Stensen n'est pas un vilain de cartoon qui veut détruire le monde pour le plaisir. Il est convaincu d'agir pour le bien commun, et c'est précisément ce fanatisme messianique qui le rend menaçant. C'est là que le bas blesse dans cet épisode 8. Les informations partagées sont primordiales pour la mythologie de la série, mais la mise en scène manque cruellement d'énergie pour emporter l'adhésion. Les passages dans le passé apportent les clés de compréhension indispensables sur la création des infrastructures et la panique liée aux nanotechnologies. 

Mais l'ensemble prend trop souvent la forme de tunnels d'explications un peu assommants. De son côté, la résolution de l'enquête autour du meurtre d'Orla tombe complètement à plat. Le coupable est démasqué, mais l'information arrive un peu tard et sans véritable tension. Après avoir traîné cette intrigue sur plusieurs épisodes, la révélation finale paraît presque dérisoire comparée à la menace globale du Safeguard. Heureusement que les séquences dans le Silo 17 viennent rééquilibrer les choses. Le pan d'histoire consacré à la mère de Solo apporte l'émotion brutale dont le reste de l'épisode manque parfois. Je regrette seulement qu'il faille traverser autant de bavardages pour en arriver là.

 

Je retiens surtout la partie dans le présent avec Juliette, Bernard et Solo, beaucoup plus incarnée que les flashbacks scientifiques. L'attachement aux personnages sauve clairement les meubles là où l'exposition pure alourdit le propos. La conclusion met néanmoins les pièces dans une position stimulante. Juliette coincée avec Sims et Camille qui remet en cause l'algorithme préparent un terrain idéal pour le sprint final. Le début de saison ayant pris son temps, il faut maintenant espérer que ces révélations permettent d'enclencher une vraie montée en puissance pour les derniers épisodes.

 

Note : 6.5/10. En bref, cet épisode 8 de la saison 3 de Silo remplit sa mission en apportant des éclaircissements majeurs sur le coeur de la série, tout en conservant une gestion du rythme parfois frustrante. Le projet initial prend enfin tout son sens et le péril technologique permet de comprendre la radicalité d'un enfermement de plusieurs générations.

Disponible sur Apple TV

 

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