25 Août 2026
Montréal, ma belle // De Xiaodan He. Avec Joan Chen, Charlotte Aubin et Emilie L. Côté.
Avec Montréal, ma belle, la réalisatrice Xiaodan He signe un drame intime qui explore avec beaucoup de sensibilité les thèmes du désir, de la famille, de l'immigration et de la liberté. Le film s'intéresse à Feng Xia, une femme d'origine chinoise âgée de 53 ans qui vit à Montréal depuis de nombreuses années. Mariée et mère de deux enfants, elle a passé la plus grande partie de son existence à faire passer les besoins des siens avant les siens, se pliant au devoir et aux attentes familiales. La routine s'est installée, figée dans des habitudes bien ancrées, jusqu'au jour où Camille croise sa route et vient bousculer un équilibre qui n'en était plus vraiment un.
Feng Xia, immigrante chinoise de 53 ans et mère de famille vivant à Montréal, a passé sa vie dans une obéissance silencieuse — envers sa famille, sa culture, et un mariage fondé sur le non-dit. Mais lorsqu’elle rencontre Camille, une jeune Québécoise libre et insouciante, un désir longtemps réprimé refait surface. Sous la chaleur étouffante de l’été montréalais, Feng Xia ose, pour la première fois, se choisir. Son aventure amoureuse interdite et sa quête de soi deviennent une confrontation bouleversante avec ses choix, son passé et le prix de la liberté.
Sur le papier, le point de départ offrait une matière magnifique pour raconter l'émancipation tardive et la découverte de soi à l'âge mûr. Le long-métrage y parvient d'ailleurs par moments, porté par une vraie sincérité, mais le scénario pèche par une certaine fragilité. Les ellipses temporelles s'accumulent et empêchent parfois les situations dramatiques de déployer toute leur intensité émotionnelle. La plus grande réussite du film réside incontestablement dans l'interprétation de Joan Chen. Dans la peau de Feng Xia, l'actrice investit son rôle avec une intensité remarquable et insuffle une épaisseur humaine à un personnage qui aurait facilement pu glisser vers les archétypes.
Feng est une femme qui a enfoui ses aspirations les plus profondes sous des années de compromis. Son mariage est devenu une habitude vidée de sa substance, mais elle reste viscéralement attachée à sa progéniture et à son foyer. Sa rencontre avec Camille agit comme un révélateur et fait voler en éclats les barrières qu'elle s'était érigées. Ce qui rend ce parcours passionnant à suivre, ce n'est pas seulement la romance en elle-même, mais plutôt l'onde de choc psychologique qu'elle déclenche chez Feng. Cette relation inattendue l'oblige à contempler sa propre trajectoire sous un angle radicalement différent, découvrant une liberté enivrante mais lourde de conséquences.
Joan Chen réussit le tour de force de tout exprimer sans surjouer, captant la complexité de son personnage à travers de simples regards, des silences éloquents ou des micro-changements dans sa posture. Le fait que le film lui impose de jongler entre le français et le mandarin renforce de surcroît l'authenticité de son parcours d'immigrée installée au Québec. La relation amoureuse qui se noue entre Feng et Camille forme le pivot central du récit, et la présence de Charlotte Aubin apporte un vent de fraîcheur bienvenu. Son personnage de Camille incarne une spontanéité désarmante, une légèreté et une audace qui tranchent avec la retenue de Feng. La dynamique entre les deux actrices fonctionne à l'écran, principalement parce que leur connexion ne se résume pas à une simple attirance physique.
Camille joue le rôle d'un catalyseur qui pousse son aînée à s'interroger sur ses véritables envies. Malheureusement, le scénario a fâcheuse tendance à brûler les étapes. Le rythme s'emballe par moments et des tournants majeurs de l'intrigue se déroulent hors champ. Une scène pose une situation donnée, et l'ellipse suivante révèle que le paysage a radicalement changé, obligeant le spectateur à combler les trous par lui-même. Ce choix artistique de la suggestion peut parfois porter ses fruits, mais ici, il dessert l'histoire. Les répercussions de cette liaison sur la cellule familiale, les engueulades et les prises de décision cruciales méritaient d'être montrées et creusées pour qu'on en mesure pleinement la portée.
C'est précisément sur le terrain familial que le film laisse échapper une partie de son potentiel dramatique. Le mari et les enfants de Feng auraient dû constituer des contrepoids puissants et générer une tension palpable tout au long du métrage. Après tout, la décision de s'affranchir ne se fait pas en vase clos et bouleverse un clan tout entier bâti sur des traditions rigides. Pourtant, les proches de l'héroïne restent trop souvent confinés au second plan. Le conjoint se résume trop souvent à l'incarnation de cette vie étouffante dont l'héroïne cherche à s'échapper, tandis que la progéniture manque d'espace pour exprimer un point de vue nuancé.
Quelques scènes de confrontation prouvent pourtant que la matière était bien là, à l'image des passes d'armes entre Feng et sa fille, qui insufflent une urgence et une vérité saisissantes. On aurait aimé que le scénario ose explorer cette complexité relationnelle avec beaucoup plus d'audace et de régularité, au lieu de survoler des dynamiques qui valaient largement qu'on s'y attarde. Le choix du décor n'a rien d'anodin, et Montréal joue un rôle à part entière dans le parcours de l'héroïne. La métropole québécoise fonctionne comme un espace de transition et de respiration pour une femme prisonnière de ses repères initiaux. Confrontée à un environnement urbain et culturel bien différent de ses traditions familiales, Feng y trouve un territoire propice à la redéfinition de soi.
Ce choc des cultures entre l'héritage chinois de l'héroïne et la société montréalaise offrait une piste passionnante sur les fêlures de l'immigration et la quête d'appartenance. Malheureusement, le long-métrage effleure ces problématiques sociétales sans jamais vraiment plonger dedans. Les idées sont lancées, esquissées au détour d'un plan ou d'une discussion, mais manquent d'aboutissement pour marquer durablement les esprits. Malgré ses défauts d'écriture, la mise en scène de Xiaodan He dégage une douceur indéniable, particulièrement perceptible dans les moments de complicité partagés par le duo principal. La direction artistique soigne la photographie pour capter la beauté de Montréal sans tomber dans le piège de la carte postale touristique facile.
Le principal écueil demeure ce montage heurté et ces ellipses à répétition qui brisent l'élan dramatique et rendent parfois abruptes les évolutions psychologiques de l'héroïne. La conclusion m'a également laissé une impression mitigée, empruntant une voie un brin plombante après tout le cheminement accompli par Feng. Pour autant, Montréal, ma belle conserve une authenticité rare. C'est le portrait touchant d'une femme qui réalise sur le tard qu'elle a le droit légitime d'exister pour elle-même, loin des carcans d'épouse et de mère qu'on lui avait assignés.
Note : 5.5/10. En bref, Montréal, ma belle disposait de tous les ingrédients nécessaires pour accoucher d'un grand drame sur l'émancipation féminine et le déracinement. Si le film ne va pas toujours au bout de ses intuitions et pèche par un scénario parfois trop lâche, il trouve son salut dans la composition magnétique de Joan Chen. Face à elle, Charlotte Aubin insuffle une vitalité réjouissante. Le résultat final est certes imparfait et pourra frustrer les amateurs de récits carrés, mais il aborde un sujet d'une profonde humanité qui mérite d'être découvert en salle.
Prochainement en France en SVOD
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