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Critique Ciné : Less of a Stranger (2026, Netflix)

Critique Ciné : Less of a Stranger (2026, Netflix)

Less of a Stranger // De Kristoffer Rus. Avec Mikołaj Bukrewicz, Kinga Preis et Ireneusz Czop.

 

Avec Less of a Stranger, le réalisateur Kristoffer Rus s'intéresse au parcours de Jan Borysewicz, guitariste et composer polonais connu pour avoir fondé le groupe de rock Lady Pank. Même sans connaître ce groupe ni le musicien avant de lancer le film sur Netflix, j'ai voulu me plonger dans cette histoire qui revient sur la construction d'un artiste et sur les conséquences d'une carrière menée à toute vitesse. Je vous partage mon avis complet sur ce long-métrage. Le récit démarre en 1983, alors que le groupe a déjà gagné une vraie popularité. Jan se retrouve confronté aux autorités polonaises, qui cherchent notamment à l'empêcher d'interpréter un morceau jugé provocateur.

 

Si Jan Borysewicz, leader du groupe de rock polonais Lady Pank, a transformé toute une génération avec sa musique, lui aussi a été transformé par une série de tragédies familiales.

 

Cette ouverture donne immédiatement le ton de l'histoire : ici, la musique ne représente pas simplement une ambition artistique ou une envie d'accéder à la notoriété, mais bien une manière de défier les règles établies. Le scénario remonte ensuite dans le temps pour explorer l'enfance du guitariste et les événements marquants qui ont forgé son caractère au fil des années. Jan grandit dans un environnement familial particulièrement compliqué, coincé entre une mère malade et un père distant. Son frère Andrzej occupe une place essentielle dans son quotidien et dans sa construction, notamment lorsqu'il prend l'initiative de lui offrir sa toute première guitare. 

 

Cet instrument devient rapidement bien plus qu'un simple passe-temps d'adolescent. Pour le jeune homme, la musique offre un moyen concret d'évasion, une façon de canaliser sa colère et d'imaginer une existence bien différente de celle qui semblait lui être toute tracée. C'est cette dimension humaine et psychologique qui m'a le plus marqué durant le visionnage. Le film ne raconte pas uniquement la montée en puissance d'un musicien vers le succès. Il s'attache aussi à montrer comment une passion dévorante peut devenir une véritable raison de vivre, tout en prenant au passage une place complètement démesurée dans le quotidien. L'un des aspects les plus prenants du long-métrage réside dans son contexte historique et politique. 

 

Jan Borysewicz évolue dans une Pologne marquée par le régime communiste et les restrictions sévères imposées à la population. Dans cet environnement sous tension, le rock représente un rare espace d'expression libre qui échappe en partie au contrôle du pouvoir. La révolte du guitariste ne découle donc pas d'une simple volonté de faire du bruit ou de se faire remarquer. Elle s'inscrit directement dans une réalité sociale qui influence son parcours. Lorsque Jan et le parolier Andrzej Mogielnicki subissent de plein fouet les répercussions de la loi martiale, cette situation alimente directement leur création. Les chansons deviennent l'écho de la frustration et du besoin de liberté d'une toute une génération. 

 

Cette approche donne une vraie force au récit. Les concerts ne sont pas intégrés au film uniquement pour aligner des morceaux, mais pour construire le personnage et faire comprendre comment cette musique a su résonner auprès du public de l'époque. J'ai trouvé la restitution de cette période particulièrement efficace. Les séquences musicales apportent une belle énergie au récit et installent une ambiance d'époque réussie. Même sans avoir de repères particuliers sur l'histoire de Jan Borysewicz ou sur l'époque représentée, il est très facile de se laisser embarquer par l'atmosphère. La réalisation, la direction artistique et les morceaux choisis participent pleinement à cette immersion.

 

Sur le plan de l'écriture du personnage, Less of a Stranger évite heureusement le piège de la glorification facile. Jan est dépeint avec sa détermination et son talent, mais aussi avec ses défauts les plus marquants. Son indépendance vire fréquemment à l'entêtement et complique ses relations personnelles. Au fur et à mesure que sa carrière décolle, ses excès, liés à l'alcool et aux drogues, prennent une place prépondérante et l'entraînent vers une forme d'autodestruction. La réussite financière et la célébrité ne règlent aucun de ses traumatismes ; elles ont plutôt tendance à amplifier les failles déjà bien présentes. La relation avec son frère reste le fil conducteur le plus touchant du film. 

 

Andrzej incarne l'ancrage familial de Jan, et sa disparition crée un traumatisme immense. Ce drame modifie en profondeur la personnalité du guitariste et bouscule son rapport à l'existence, à la spiritualité et à sa création. Parallèlement, sa collaboration avec Andrzej Mogielnicki permet d'aborder la difficulté de maintenir des liens solides dans un univers sous pression. Le parolier croit très tôt au potentiel du musicien, mais leur entente se heurte souvent aux choix autodestructeurs de Jan. Du côté du casting, le choix de doubler l'interprétation s'avère payant. Mikołaj Bukrewicz incarne le personnage durant sa jeunesse, tandis que Mikołaj Matczak prend le relais pour la période suivante. 

 

Mikołaj Bukrewicz apporte une belle fougue et une tension nerveuse à ses scènes, restituant parfaitement un artiste impulsif et habité par ses ambitions. De son côté, Mikołaj Matczak montre un visage plus usé, marqué par les épreuves et les erreurs accumulées. Le tandem fonctionne très bien et donne du relief au parcours. On pourra néanmoins regretter que certains aspects du scénario ne soient qu'effleurés. Le rapport à la religion après le drame familial méritait sans doute plus d'espace, tout comme certains détails du contexte politique qui passent un peu rapidement au second plan. Avec une durée avoisinant les deux heures, le film doit condenser beaucoup d'événements, ce qui crée parfois quelques accélérations au détriment de l'émotion.

 

Note : 7/10. En bref, Less of a Stranger s'avère être une bonne découverte. Le film propose une plongée efficace dans le rock polonais des années 80 et réussit à captiver même sans connaissances préalables du sujet. Si le traitement de certaines sous-intrigues reste un peu rapide, la sincérité de l'ensemble et la qualité d'interprétation en font un biopic très recommandable sur Netflix.

Sorti le 7 octobre 2026 directement sur Netflix

 

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À propos
delromainzika

Moi c'est Romain, Lyonnais, accro aux écrans depuis toujours. En 2006, j'ai commencé à écrire mes avis sur les séries que je regardais… et je ne me suis jamais arrêté. Vingt ans et plus de 900 séries plus tard, je continue de tout regarder, épisode par épisode : les grosses sorties Netflix, les pépites qui passent sous les radars, les séries qu'on suit depuis dix saisons et les films qui font parler. Mes critiques sont franches, parfois enthousiastes, parfois sévères, toujours sincères. Bref, si vous ne savez pas quoi regarder ce soir, vous êtes au bon endroit 🍿
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