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Critique Ciné : The Storm (2026, Netflix)

Critique Ciné : The Storm (2026, Netflix)

The Storm // De Josephine Bornebusch. Avec Gustaf Skarsgård, Aliette Opheim et Filip Berg.

 

Sur le papier, The Storm propose un pitch plutôt efficace. La réalisatrice Josephine Bornebusch pose le décor assez vite : un couple, Filip et Caroline, vient d'achever la rénovation d'une grande propriété. Pour fêter ça, ils invitent une poignée de proches. L'idée n'est pas seulement de boire des coups ou de prendre des nouvelles, mais aussi d'essayer d'emballer leurs invités pour qu'ils investissent dans leur nouveau projet immobilier. Sauf que la météo décide de s'en mêler au pire moment. Une tempête éclate dans la région, bloquant tout le monde sur place. Privé de sortie, ce petit groupe se retrouve coincé entre quatre murs et contraint de cohabiter. 

 

Quand d'anciens potes de fac se retrouvent coincés dans un chalet de luxe pendant une tempête, leur fête d'anniversaire tranquille plonge dans la trahison, la rancune et le chaos.

 

C'est là que les choses se gâtent. La proximité forcée fait ressortir les rancœurs, les petites agacements du quotidien deviennent ingérables et les comportements de chacun prennent un tour de plus en plus difficile à suivre. Ce week-end qui devait sceller des amitiés et des partenariats bascule doucement dans un bazar complet. La mise en place fonctionnait pourtant très bien. Une grande maison isolée, des amis de longue date qui se connaissent par cœur et un piège météo qui ferme toutes les portes : la mécanique avait tout pour déboucher sur une comédie grinçante, voire sur un petit thriller en huis clos façon Agatha Christie. Sauf que le film choisit une tout autre option. 

 

Il préfère miser à fond sur l'humour de situation poussé à l'extrême et sur des réactions hors de contrôle. C'est sans doute le plus gros point noir de The Storm : la façon dont les personnages sont écrits. Au lieu d'installer une vraie dynamique de groupe et d'apporter un peu de nuances au fil des minutes, le film distribue des profils ultra-marqués dès le départ. On se retrouve face à des caricatures vivantes où chacun affiche ses travers de manière hyper appuyée, comme pour être sûr de faire réagir le public. Dans une comédie, pousser les traits peut très bien marcher, à condition de garder une pointe de sincérité chez les protagonistes. Ici, la limite est vite franchie. Leurs prises de bec tombent à plat parce qu'elles manquent de naturel, et leurs réactions semblent constamment exagérées. 

 

Plus le temps passe et plus la situation dégénère, plus cette bande devient simplement insupportable à regarder évoluer. Le problème ne vient pas du fait que ces gens soient désagréables. On a déjà vu d'excellentes comédies centrées sur des personnages égoïstes, mesquins ou incapables d'aligner trois mots d'explication. Mais pour que la mayonnaise prenne, il faut que leurs travers racontent quelque chose sur leurs failles ou sur leur passé commun. Dans The Storm, les embrouilles s'enchaînent juste pour maintenir un niveau de bruit à l'écran, sans rien apporter de plus à l'histoire. On aurait vraiment gagné à mieux comprendre la nature exacte de leurs liens et ce qui les pousse à se sauter à la gorge. 

 

Sans ce travail d'écriture, les scènes de ménage s'alignent les unes après les autres juste pour faire monter la pression, sans qu'on se sente un seul instant concerné. Le film peine aussi à trouver le bon ton côté comique. L'enfermement, la gêne sociale et les conversations qui dérapent offrent souvent un terrain de jeu génial pour une comédie. Revoir une bande de potes fait facilement ressurgir les vieilles jalousies et les non-dits qu'on pensait enfouis depuis des années. Mais le scénario confond rapidement agitation et drôlerie. Tout devient de plus en plus excessif, sauf que pousser le curseur n'a jamais suffi à fabriquer un bon gag. On se prend souvent à regarder des scènes qui tirent en longueur sur des blagues qui ne prennent pas. 

 

L'hystérie générale prend le dessus sur l'observation, et la qualité des dialogues ne suffit pas à sauver les meubles. À la longue, cette recette épuise. Quand le moindre souci prend des proportions épiques, on finit par regarder une dispute interminable sans jamais pouvoir souffler. Le film aurait mérité des moments de pause, de vrais silences capables de faire ressortir toute l'absurdité de cette cohabitation, plutôt que de chercher à en rajouter systématiquement une couche. Le long-métrage tente au passage de placer deux ou trois réflexions sur les classes sociales, l'argent ou les privilèges du moment, notamment avec cette histoire d'investissement portée par Filip et Caroline. 

 

L'intention était bonne, mais ces sujets arrivent de façon trop lourde et s'intègrent mal au récit. La critique sociale ressemble alors à une grille de lecture plaquée sur l'histoire plutôt qu'à un vrai ressort d'écriture. C'est d'autant plus dommage que les acteurs ont du talent et auraient pu apporter une vraie fraîcheur à l'ensemble. Mais même avec de bons interprètes, difficile de faire des miracles face à des dialogues aussi rigides. Les choix des personnages restent parfois incompréhensibles et leurs relations manquent franchement d'épaisseur. Dans le lot, le personnage de Filip s'en sort un peu mieux et offre quelques passages plus intéressants quand on lui laisse un peu d'air. 

 

Malheureusement, ce n'est pas suffisant pour redresser la barre. L'histoire préfère repartir dans les cris et les règlements de comptes plutôt que de creuser les tensions qui auraient pu rendre ce huis clos captivant. Derrière la caméra, la réalisation de Josephine Bornebusch ne rattrape pas les manques du script. Elle avait pourtant signé Släpp taget, une réalisation Netflix qui m'avait beaucoup plus convaincu par le passé. Ici, le timing comique tombe souvent à côté et l'ensemble garde un côté très artificiel. La proposition initiale de The Storm avait de quoi plaire : un groupe coincé dans une maison isolée par les intempéries et des comptes à régler. C'était la porte ouverte à une satire incisive sur les faux-semblants et les tensions amicales. 

 

Dans les faits, le film hésite en permanence entre la charge sociale et la farce lourde sans jamais réussir son coup. Les personnages manquent cruellement de nuance, les embrouilles sonnent faux et le spectacle devient vite lassant. Le chaos s'installe à l'écran sans rendre les situations plus drôles, pendant que les messages du film manquent de finesse. Quelques comédiens essaient de sortir du lot, mais l'écriture ne leur laisse pas assez de marge de manœuvre.

 

Note : 3/10. En bref, The Storm m'a plutôt laissé de marbre. Le film cherche à arracher des rires en faisant du bruit et en poussant tout au maximum, sans prendre le temps d'écrire des rôles attachants ou crédibles. Avec un texte plus travaillé et un humour moins hystérique, ce huis clos aurait pu vraiment fonctionner. L'idée de départ était bonne, mais le résultat final déçoit.

Sorti le 15 octobre 2026 directement sur Netflix

 

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À propos
delromainzika

Moi c'est Romain, Lyonnais, accro aux écrans depuis toujours. En 2006, j'ai commencé à écrire mes avis sur les séries que je regardais… et je ne me suis jamais arrêté. Vingt ans et plus de 900 séries plus tard, je continue de tout regarder, épisode par épisode : les grosses sorties Netflix, les pépites qui passent sous les radars, les séries qu'on suit depuis dix saisons et les films qui font parler. Mes critiques sont franches, parfois enthousiastes, parfois sévères, toujours sincères. Bref, si vous ne savez pas quoi regarder ce soir, vous êtes au bon endroit 🍿
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