La Cible (Mini-series, 6 épisodes) : sans précision ni punch
Sur le papier, le pitch de La Cible avait tout du polar du dimanche soir qui fonctionne. Un héros piégé, sa femme mystérieusement disparue, des keufs aux trousses et six épisodes pour démêler le vrai du faux. Tomer Sisley reprend le costume du mec déterminé qui passe son temps à courir, frapper et esquiver les balles. Le problème, c'est qu'une fois le premier épisode passé, le soufflé retombe complètement. On se retrouve face à une énième fiction télévisée remplie de mécanismes datés, sans la moindre prise de risque ni identité propre. L'intrigue démarre pourtant pied au plancher.
Hugo, le personnage principal, se retrouve accusé à tort et coincé dans une spirale infernale. Il doit fuir tout en menant sa propre enquête. Un schéma classique du thriller d'action, vu et revu au cinéma comme à la télévision. Utiliser une formule éculée n'a rien de dramatique si l'écriture tient la route, si les dialogues font mouche et si la tension ne baisse jamais. Sauf qu'ici, l'écriture fait défaut dès que l'histoire tente de complexifier ses enjeux. Le récit avance par à-coups, alternant scènes d'action cousues de fil blanc et looongues séquences d'exposition où les personnages tchatchent pour expliquer l'intrigue au spectateur.
L'histoire donne souvent l'impression d'être bloquée sur place, avant de balancer un rebondissement artificiel pour relancer la machine. Plus les révélations s'accumulent, plus le fil conducteur devient flou et désincarné. Six épisodes pour une histoire pareille, c'est trop long. La mini-série souffre d'un problème de rythme flagrant. On sent rapidement que le format a été étiré pour meubler la grille de diffusion. Les poursuites se ressemblent toutes, les obstacles tombent comme par magie au pire moment pour être résolus deux minutes plus tard sans le moindre effort. Le cinquième épisode pousse le bouchon un peu trop loin dans le remplissage.
Au moment où l'histoire devrait accélérer vers son dénouement et resserrer les étaux, les scénaristes rajoutent des sous-intrigues inutiles. Ces détours n'apportent aucun relief aux personnages, ils viennent juste alourdir une narration qui manquait déjà cruellement d'énergie. Trois ou quatre épisodes bien troussés auraient largement suffi à raconter cette cavale. Au-delà du rythme, ce sont les incohérences à répétition qui plombent le visionnage. On sait très bien qu'un thriller grand public demande un peu d'indulgence sur le réalisme des cascades ou des scènes de baston. Mais il y a des limites à ne pas dépasser pour garder le public impliqué. Dans La Cible, les raccourcis scénaristiques sautent aux yeux toutes les vingt minutes.
Les mercenaires censés être ultra-déterminés deviennent aveugles dès que le héros se cache derrière un buisson. Les flics commettent des erreurs de débutants embarrassantes et les évasions d'Hugo frôlent parfois le ridicule tellement elles tombent du ciel. Quand chaque problème se résout par une coïncidence ou une bêtise des adversaires, toute forme de suspense disparaît. On ne tremble plus pour le héros, on attend juste poliment qu'il sorte de sa galère grâce à un nouveau coup de bol. Côté procédures policières, le constat est tout aussi tiède. Les termes utilisés, les méthodes d'investigation et les réactions des équipes sur le terrain manquent de crédibilité.
Ça manque de travail de recherche, et ça se voit dès que les personnages essaient de jouer les experts. Concernant la distribution, le résultat s'avère particulièrement inégal. Tomer Sisley fait du Tomer Sisley. L'acteur maîtrise le domaine physique, il enchaîne les courses et les affrontements avec de la présence à l'écran, poussé par son expérience sur Balthazar ou Vortex. Malheureusement, son jeu reste bloqué sur une seule note du début à la fin : l'inquiétude énervée. Son personnage n'évolue jamais et reste bloqué dans son rôle de rouleau compresseur. À ses côtés, Fauve Hautot peine à convaincre. Si l'intention d'injecter des visages différents dans la fiction française est louable, son jeu manque encore de justesse dans les scènes dramatiques.
Les échanges sonnent souvent faux, plombés par des dialogues beaucoup trop expliquateurs qui n'aident clairement pas les comédiens. Thierry Frémont fait ce qu'il peut pour apporter un peu de métier et de densité à l'ensemble, mais ses interventions restent trop rares pour sauver le navire. La réalisation cherche à singer les standards des séries d'action modernes à coup de mouvements de caméra rapides et de musique assourdissante. Malheureusement, faire du bruit ne suffit pas à créer de la tension. Les scènes d'action manquent de lisibilité, le montage manque de tranchant et la bande-son essaie désespérément d'imposer une émotion que l'image n'arrive pas à transmettre.
Le dénouement tente bien de renverser la table dans le dernier épisode avec une ultime révélation. Sauf que ce twist final arrive comme un cheveu sur la soupe, sans avoir été préparé correctement au fil des épisodes précédents. Au lieu de surprendre intelligemment, cette fin donne simplement l'impression d'un nouveau coup de théâtre balancé pour boucler l'affaire à la hâte.
Note : 2/10. En bref, cette mini-série reste une vraie déception. La Cible avait les moyens techniques et le casting pour proposer un divertissement efficace, mais l'ensemble s'effondre à cause d'un scénario paresseux, truffé de facilités et étiré sur la longueur. Si vous cherchez un fond sonore pour repasser votre linge un mardi soir, ça fera l'affaire. Si vous cherchez un bon polar prenant et bien écrit, vous pouvez passer votre chemin sans regret.
Disponible sur TF1+
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