Facebook 𝕏Twitter Contact Soutenir

Films · Séries · Streaming — sans filtre

Paolo (Saison 1, épisodes 1 et 2) : une obsession bien poisseuse au cœur de la province

Paolo (Saison 1, épisodes 1 et 2) : une obsession bien poisseuse au cœur de la province

Parfois, une simple poignée de mains suffit pour faire dérailler une vie entière. C'est exactement le point de départ de Paolo, la toute nouvelle série française créée par Sébastien Marnier pour HBO Max. Sous ses airs de chronique provinciale ordinaire, le show prend vite une tournure franchement malsaine. On y suit un déménageur de pianos en apparence banal, prêt à dépasser toutes les lignes rouges pour gratter l'attention d'un homme qu'il idolâtre. Ces deux premiers épisodes posent les bases d'un thriller psychologique poisseux qui joue sur les fausses apparences, les divisions de classe et les manœuvres politiques. Porté par un duo inédit formé par Jérôme Niel et Yoann Gasiorowski, ce démarrage dérange autant qu'il accroche.

 

La vie ordinaire de Paolo bascule lorsqu’il recroise la route de Téophane, un ancien camarade d’école, qui brigue aujourd’hui la mairie de sa ville et qui a semble-t-il tout pour lui. Ce qui commence par une simple admiration et une volonté de soutenir la campagne se transforme en une obsession dévorante….

 

À Roissons, une petite ville tranquille de Champagne, Paolo Da Costa mène un quotidien sans grande étincelle. Il transporte des pianos, prépare son mariage avec Winnie et semble se contenter de ce qu'il a. Mais derrière ce calme de façade couve une lourde frustration. Tout bascule le jour où Téophane Tolbiac-Lenormand repasse dans le coin. Ancien camarade de classe devenu auteur à succès à Paris, Téophane revient au pays avec des ambitions politiques et vise la mairie. Paolo se focalise immédiatement sur lui et cherche par tous les moyens à intégrer son équipe de campagne. Ce qui ressemble au départ à un coup de pouce professionnel tourne rapidement à la fixation toxique.

 

Le premier épisode ne perd pas de temps à faire durer un faux mystère sur la vraie nature du héros. Une scène de violence très brute vient d'emblée fixer la barre. Paolo n'est pas seulement un gars aigri qui rêve d'approcher une star locale. C'est un profil capable d'exploser dans une brutalité soudaine, alors que rien dans sa posture de tous les jours ne laisse deviner ce qui bouillonne sous le crâne. Ce choix de scénario permet d'entrer tout de suite dans le vif du sujet. On ne se demande pas si le mec est tordu, mais jusqu'où son blocage va l'entraîner. C'est une excellente décision d'écriture : la série refuse de nous vendre un protagoniste sympathique auquel on devrait absolument s'attacher. 

 

On ressent une forme de pitié pour lui à un moment, puis il nous glace le sang la minute suivante. La violence n'est pas adoucie, ce qui donne une vraie personnalité à ce lancement, même si certaines scènes risquent de brusquer une partie du public. Le deuxième épisode se concentre sur les retombées des premiers actes de Paolo. Alors que la disparition brutale d'un chauffeur commence à intriguer la police, Paolo s'incruste petit à petit dans le quotidien de Téophane. Il ne se contente plus de rendre de petits services. Il devance les envies du candidat, en fait des tonnes et se rend indispensable. Son métier de déménageur lui donne accès à un vaste réseau local, un terrain qu'il exploite pour s'infiltrer dans des cercles sociaux dont il est normalement exclu.

 

C'est là que le récit prend toute son épaisseur. Les séquences consacrées à la campagne municipale dépassent le simple cadre de l'enquête. Elles dépeignent un petit théâtre local où chaque sourire masque un intérêt déplacé, où le carnet d'adresses prime sur les idées et où tout le monde parle un jargon que Paolo essaie de copier tant bien que mal. Le contraste entre les cocktails guindés et les milieux plus populaires fonctionne très bien, tout comme ces moments d'humiliation discrète qui rappellent sans cesse à Paolo qu'il n'est pas du même monde. L'arrivée de Célia, une jeune journaliste curieuse de comprendre ce qui s'est passé avec le chauffeur, vient ajouter une dose de pression bienvenue. 

 

Dans ce rôle principal très éloigné de ses vidéos humoristiques, Jérôme Niel surprend vraiment. Son jeu ne passe pas par de grands effets ni des mimiques exagérées. Tout se joue dans le regard, la posture, les silences et ces petits changements d'humeur qui installent un malaise permanent. Un simple sourire poli devient louche en une seconde. Cette retenue permet de garder un œil sur le personnage sans jamais pardonner ses choix. Face à lui, Yoann Gasiorowski incarne un Téophane très crédible en homme politique à l'aise, charmeur, qui connaît les codes sur le bout des doigts. Mais la série garde le mystère sur la vision qu'il a de Paolo : voit-il simplement en lui un chauffeur bien pratique ou flaire-t-il la dérive ? 

 

Au-delà du crime, la série égratigne cette France de province où les barrières invisibles restent dures à franchir. La mise en scène de Sébastien Marnier accentue ce sentiment de malaise en jouant sur un décalage constant entre la banalité du décor et la gravité des événements.

 

Note : 7.5/10. En bref, ces deux premiers épisodes lancent une proposition originale qui ne cherche pas à faire du réchauffé. Jérôme Niel porte le projet avec une belle intensité et la dynamique avec Yoann Gasiorowski donne envie de voir la suite. Tout n'est pas parfait, certaines ficelles d'écriture se voient un peu trop, mais l'ambiance fonctionne. J'ai hâte de voir comment cet engrenage va se refermer sur ses personnages dans les prochains épisodes.

Disponible sur HBO max

 

Cet article t'a plu ?

Blog indépendant, sans sponsor. Un petit geste aide à le faire vivre.

Soutenir
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
Retour à l'accueil
À propos
delromainzika

Moi c'est Romain, Lyonnais, accro aux écrans depuis toujours. En 2006, j'ai commencé à écrire mes avis sur les séries que je regardais… et je ne me suis jamais arrêté. Vingt ans et plus de 900 séries plus tard, je continue de tout regarder, épisode par épisode : les grosses sorties Netflix, les pépites qui passent sous les radars, les séries qu'on suit depuis dix saisons et les films qui font parler. Mes critiques sont franches, parfois enthousiastes, parfois sévères, toujours sincères. Bref, si vous ne savez pas quoi regarder ce soir, vous êtes au bon endroit 🍿
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog