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Le Gouffre aux Chimères (Blu-ray)

Le Gouffre aux Chimères (Blu-ray)

Les amateurs de cinéma intemporel et de satires vachardes vont pouvoir redécouvrir l'un des chefs-d'œuvre absolus de l'âge d'or hollywoodien. Rimini Éditions propose de plonger ou de replonger dans Le Gouffre aux chimères (Ace in the Hole), le film le plus sombre et le plus vénéneux de Billy Wilder. Porté par un Kirk Douglas habité, ce long-métrage visionnaire sur les dérives du journalisme et le voyeurisme médiatique s'offre une superbe édition collector 2 Blu-Ray (accompagnée de deux livrets) ainsi qu'en coffret 2 DVD.

 

Ca parle de quoi ?

Journaliste cynique, sans scrupule et porté sur l’alcool, Charles Tatum végète dans un modeste journal du Nouveau-Mexique. Lorsqu’il apprend qu’un homme est bloqué dans une galerie de montagne effondrée, il flaire le bon coup et décide d’exploiter le fait divers jusqu’au bout, en en faisant un évènement national.

 

Le Gouffre aux chimères : Billy Wilder signe une satire féroce du journalisme à sensation

En 1951, Billy Wilder sort Le Gouffre aux chimères, sans doute l’un de ses projets les plus sombres et les plus francs. On est très loin des comédies légères qui ont fait sa renommée. Ici, le cinéaste s'attaque de front aux dérives de la presse, à la fabrique de l'information et à notre voyeurisme collectif face aux drames humains. Plus de soixante-dix ans plus tard, le propos reste d’une clarté redoutable. À une époque où le moindre fait divers se transforme instantanément en cirque médiatique, sa vision de la course au buzz semble même écrite hier. Porté par un Kirk Douglas magistral dans un rôle très ambigu, c'est le genre de visionnage qui vous marque pour un moment.

L'histoire tourne autour de Charles Tatum, un reporter qui a connu son heure de gloire mais qui touche désormais le fond. Arrogant, ingérable et miné par l'alcool, il s'est fait virer des plus grands tirages du pays. Faute de mieux, il finit par atterrir dans la rédaction d’un petit journal local à Albuquerque, au Nouveau-Mexique. Une planque bien trop modeste pour ses ambitions. Tatum n'attend qu'une chose : tomber sur LE sujet choc qui lui rouvrira les portes des grandes rédactions new-yorkaises. Le coup de chance arrive au détour d’une route désertique. Il apprend qu'un habitant du coin, Leo Minosa, s'est retrouvé coincé dans une grotte après un éboulement alors qu'il cherchait des poteries anciennes. 

 

Pour n'importe quel journaliste, c’est une brève de quelques lignes. Pour Tatum, c'est un billet retour vers la gloire. Très vite, il prend les commandes des événements. Il ne cherche pas juste à rapporter ce qui se passe sur place, il façonne l'histoire. Il gère le flux d'informations, ralentit sciemment les secours et alimente le suspense au jour le jour. Son objectif n'est plus du tout de sortir le pauvre gars de là au plus vite, mais de transformer ce sauvetage en un véritable feuilleton national dont il conserve l'exclusivité. C'est là que le film devient dérangeant : la vie du pauvre type au fond du trou s'efface complètement derrière les intérêts personnels de ceux qui gravitent autour de lui. Le long-métrage repose quasi intégralement sur les épaules de Kirk Douglas, et sa prestation est hallucinante. 

Son énergie débordante, son grand sourire de façade et son assurance écrasante crèvent l'écran. Il incarne à la perfection cet homme capable de manipuler tout son monde en faisant croire qu'il agit pour le bien commun, alors qu'il ne pense qu'à sa carrière. Mais la force de l'écriture et du jeu d'acteur, c'est de ne pas en faire un monstre d'un seul bloc. Tatum conserve une part d'humanité. On décèle parfois un doute dans son regard ou une prise de conscience sur le désastre qu'il orchestre, mais son orgueil finit toujours par prendre le dessus. Kirk Douglas joue habilement sur cette corde raide : il nous énerve, nous met mal à l'aise, suscite presque une pointe de pitié, avant de nous replonger dans le dégoût à la crasse suivante.

 

Autour de lui, les seconds rôles complètent ce tableau peu reluisant. Jan Sterling joue la femme de la victime, rapidement consciente du bénéfice financier qu'elle peut tirer du drame. Le shérif du coin, lui, y voit une aubaine inespérée pour assurer sa réélection. Même la foule venue sur place participe à cette cynique mascarade. C'est d'ailleurs l'un des aspects les plus percutants de la mise en scène. Ce qui commence comme un banal accident au milieu de nulle part devient un immense rassemblement. Les curieux débarquent par centaines, les commerçants montent des stands, des manèges s'installent et le site se transforme carrément en foire d'empoigne. Le drame devient un spectacle payant. 

Les gens ne viennent pas pour apporter leur aide, ils viennent pour consommer du frisson et dire qu'ils y étaient. Billy Wilder ne pardonne à personne. Sa critique vise autant le journaliste sans scrupules que la foule voyeuse, les politiciens corrompus ou les profiteurs de passage. Tout le monde trouve son compte dans le malheur de ce pauvre Leo pendant que son état de santé empire sous terre. À sa sortie en salles, le film a essuyé un échec commercial amer et un accueil glacial. Ce miroir trop réaliste et sans concession tendu à la société américaine a dérangé. Wilder refusait d'offrir une porte de sortie confortable ou une morale rassurante, préférant aller jusqu'au bout de sa logique.

 

C'est exactement pour ça que l'œuvre a si bien vieilli. Les outils ont changé avec l'arrivée d'Internet, des chaînes d'info en continu et des réseaux sociaux, mais les mécanismes de manipulation restent identiques. Cette recherche constante du sensationnel et de l'audimat à tout prix trouve ici une illustration précurseure et terrifiante. Le décor désertique et l'ambiance étouffante autour de cette grotte renforcent la sensation de piège qui se referme lentement sur tous les protagonistes. De mon côté, ce film fait partie de ceux qui ne vous lâchent pas une fois le générique terminé. C'est une œuvre tranchante, sombre, d’une lucidité rare sur la nature humaine. Ce qui m'a le plus impressionné, c'est la fluidité avec laquelle un simple fait divers prend une dimension presque universelle sur les dérives des médias.

 

Kirk Douglas porte clairement le récit sur ses épaules avec une interprétation nuancée qui évite tout manichéisme. On trouve bien quelques petites longueurs au milieu du métrage quand le système médiatique s'installe, mais ce piétinement sert aussi le propos : il montre l'installation de la routine, la marchandisation du temps et la perte progressive de toute raison. 70 ans plus tard, la charge politique et sociale reste intacte. Le Gouffre aux chimères nous rappelle avec force que derrière chaque drame monté en épingle pour faire de l'audience, il y a de vraies personnes qui souffrent. Une pépite noire, tenue de bout en bout par un acteur au sommet de son art, à revoir absolument.

Et le Blu-ray ?

Après une longue et regrettable absence dans nos rayons, le chef-d’œuvre absolu de Billy Wilder, Le Gouffre aux chimères, débarque enfin en France dans une magnifique édition Blu-ray signée Rimini. Une sortie événement pour tous les amoureux de cinéma de patrimoine. Pour cette première édition hexagonale, l'éditeur nous offre un travail remarquable qui rend enfin justice à la puissance formelle du film de 1951. Dès les premières minutes, l'image impressionne par sa propreté immaculée, sa belle stabilité et un sens du détail saisissant. Le travail sur les contrastes est particulièrement soigné, offrant des noirs d'une profondeur idéale qui subliment la photo originale tout en préservant l'ambiance si particulière des scènes en plein désert. 

 

Dans les plans larges, la clarté et la précision s'avèrent constamment au rendez-vous, permettant d'admirer la mise en scène redoutable de Wilder sans jamais trahir la texture argentique d'époque. C'est un vrai régal pour les yeux. Sur la partie audio, le choix s'impose de lui-même, et je ne saurais que trop conseiller de privilégier la version originale, seule garante d'un respect total de l'œuvre et de la performance habitée des acteurs. Cette piste VO en mono délivre une prestation d'une solidité exemplaire. Les dialogues claquent avec une netteté remarquable, la partition musicale respire de manière très équilibrée et les effets sonores profitent d'une belle clarté. Malgré le poids des ans, l'écoute se révèle d'un grand confort et permet de savourer chaque nuance du jeu de Kirk Douglas.

 

L'éditeur n'a vraiment pas lésiné sur les moyens pour choyer les cinéphiles. Ce superbe coffret propose non seulement deux disques bien remplis, mais aussi deux livrets documentaires passionnants qui plongent avec intelligence dans la genèse et les thématiques du film. Côté suppléments vidéo, on se régale avec des analyses pointues signées par des critiques de premier plan, un entretien fleuve d'une heure avec Billy Wilder lui-même, ainsi qu'une archive audio rare de Kirk Douglas. C'est simple, la section bonus frôle la perfection et complète idéalement l'expérience. Entre une restauration soignée, un soin maniaque apporté à l'objet et une section de bonus royale, cette édition Blu-ray est tout simplement indispensable pour redécouvrir ce monument du septième art dans les meilleures conditions possibles.

Caractéristiques techniques 

LE GOUFFRE AUX CHIMÈRES (Ace in the Hole - 1951)

En édition 2 DVD et édition collector et 2 Blu-Ray + 2 livrets

Durée : 1H47 – Noir et Blanc - Langues : Français et Anglais Dual Mono

Son : DTS HD (Blu-Ray) et Dolby Audio (DVD) - Sous-titres : Français

Une sortie de RIMINI EDITIONS

Suppléments DVD + Blu-Ray :

Conversation entre Mathieu Macheret (critique cinéma au Monde) et Frédéric Mercier (critique cinéma à Positif) – 37 min.

Présentation du film par Neil Sinyard (professeur émérite d’études cinématographiques) – 34 min.

Kirk Douglas au British Film Institute : entretien audio enregistré le 19 mars 1972 – 65 min

Suppléments exclusifs au Blu-Ray :

Billy, comment avez-vous fait ? : Un exceptionnel entretien en 3 parties entre Billy Wilder et Volker Schlöndorff – 180 min. Ce document est issu d'une ancienne édition DVD, que nous a fournie Volker Schlöndorff. Il présente quelques défauts techniques, mais il s'agit du seul matériel dont dispose le réalisateur allemand

Livret 1 : « La une, coûte que coûte » (28 pages) – écrit par Marc Toullec

Livret 2 : « Le journaliste dans le cinéma américain » (48 pages) – écrit par Florian Tréguer, enseignant à l’Université de Rennes 2

Prix public conseillé : 29,99 € l’édition 2 Blu-Ray

Prix public conseillé : 19,99 € l’édition 2 DVD

 

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À propos
delromainzika

Moi c'est Romain, Lyonnais, accro aux écrans depuis toujours. En 2006, j'ai commencé à écrire mes avis sur les séries que je regardais… et je ne me suis jamais arrêté. Vingt ans et plus de 900 séries plus tard, je continue de tout regarder, épisode par épisode : les grosses sorties Netflix, les pépites qui passent sous les radars, les séries qu'on suit depuis dix saisons et les films qui font parler. Mes critiques sont franches, parfois enthousiastes, parfois sévères, toujours sincères. Bref, si vous ne savez pas quoi regarder ce soir, vous êtes au bon endroit 🍿
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