Critiques Séries : Daredevil: Born Again. Saison 1. Episode 9 (season finale)

Critiques Séries : Daredevil: Born Again. Saison 1. Episode 9 (season finale)

Daredevil: Born Again // Saison 1. Episode 9. Straight to Hell.

SEASON FINALE

 

Difficile de ne pas sentir le poids de tout ce qui précède quand l’épisode 9 de Daredevil: Born Again se déploie enfin dans toute sa brutalité. Tout au long de cette saison, il y a eu des hauts et des bas, des tensions latentes, des mystères disséminés ici et là. Mais là, plus de faux-semblants, plus de patience. Le choc entre Matt Murdock et Wilson Fisk devient inévitable. Le conflit éclate pour de bon, et les conséquences s'annoncent irréversibles. L’épisode ne cherche pas à ménager qui que ce soit. Pas de détour, pas de ralentissement : chaque scène porte une intensité froide, presque oppressante. 

 

Ce n’est pas seulement une confrontation entre un héros et un vilain. C’est une guerre de principes, une lutte d’idéologies, où la frontière entre justice et vengeance devient de plus en plus floue. Le moment marquant de l’épisode reste sans conteste la réunion entre Daredevil et le Punisher. Deux visions du monde diamétralement opposées. D’un côté, un homme qui s’accroche à l’idée que la rédemption est possible, même pour les pires âmes. De l’autre, un justicier qui a cessé depuis longtemps de croire à la nuance. 

Quand Frank reproche à Matt d’avoir sauvé Fisk, ce n’est pas qu’un coup d’éclat dramatique : c’est une blessure profonde, une incompréhension viscérale entre deux hommes brisés par leur passé. Et cette scène dans l’appartement, quand les deux doivent combattre côte à côte contre les forces de Fisk, c’est un déchaînement brut. La violence n’est pas stylisée. Elle est lourde, sale, éprouvante. Chaque coup donné semble chargé d’histoire. Le combat devient catharsis. Ce n’est pas une chorégraphie, c’est une purge.

 

Le retour de Karen Page apporte un souffle différent. Elle n’est pas là pour jouer les sauveuses, ni pour calmer les tensions à coups de bons sentiments. Ce qu’elle apporte, c’est cette proximité émotionnelle qui manque cruellement aux deux hommes. Sa relation avec Matt, empreinte de blessures, de non-dits et de regrets, redevient centrale. Et ce simple geste — Matt écoutant son cœur — suffit à raviver quelque chose de profondément humain dans toute cette noirceur. Karen n’est pas une simple figure de soutien. Elle connaît Frank, elle connaît Matt. Elle a vu les deux sombrer, résister, puis sombrer à nouveau. 

Elle devient la passerelle entre deux mondes qui refusent de se rejoindre. Pas pour les réconcilier, mais pour leur rappeler pourquoi ils ont commencé à se battre. La révélation autour de Vanessa Fisk change la donne. L’épisode précédent laissait entrevoir son rôle dans la mort de Foggy Nelson, mais ici, les pièces s’imbriquent. Ce n’est pas seulement la compagne silencieuse d’un criminel. C’est une stratège, une manipulatrice capable de jouer avec les failles psychologiques de Benjamin Poindexter pour mieux servir ses intérêts. 

 

La façon dont elle le prive de ses repères rappelle cruellement ce que Fisk a lui-même fait auparavant. Ce duo toxique ne se contente plus d’écraser ses ennemis : il les démonte de l’intérieur. Poindexter, alias Bullseye, a souvent été réduit à son efficacité létale. Ici, il retrouve un peu de la profondeur qu’on lui avait laissée entrevoir dans la troisième saison de la série Netflix. Ce n’est plus juste un tueur. C’est un homme vidé, sans repères, utilisé comme une pièce de jeu. Ce n’est pas grand-chose, mais suffisant pour rappeler à quel point ce personnage peut devenir central s’il est exploité intelligemment.

Impossible d’ignorer l’évolution de Wilson Fisk tout au long de cette saison. Ce n’est plus un mafieux dans l’ombre. Ce n’est plus non plus un homme tiraillé entre ses ambitions et son image. C’est un monstre qui assume totalement son pouvoir. Il porte à nouveau le costume blanc, symbolique et glaçant, et surtout, il cesse de faire semblant. L’épisode le montre dans une scène d’une violence rare : cette exécution publique du commissaire rebelle ne laisse aucune place au doute. Fisk est désormais le roi de New York. Pas en secret. À visage découvert.

 

Il ne se contente plus de manipuler la loi. Il l’incarne. Le vrai danger n’est pas qu’il dirige depuis les coulisses, mais qu’il le fasse en pleine lumière, avec une légitimité politique. Quand la loi devient l’arme de l’oppresseur, comment un justicier masqué peut-il encore prétendre la défendre ? Avec l’instauration d’un régime de type martial sur New York, la série dépasse son cadre habituel de combat urbain. Ce n’est plus juste Hell’s Kitchen qu’il faut sauver, c’est toute une ville plongée dans la peur. Fisk transforme l’appareil judiciaire et policier en machine de guerre contre ceux qui osent résister. 

Les alliés de Daredevil sont réduits à des fantômes, dispersés, pourchassés. Et même les rares policiers encore fidèles à leurs principes semblent impuissants. Dans ce chaos organisé, Daredevil n’a plus l’avantage. Matt Murdock avait l’habitude de jongler entre la loi et la justice. Désormais, ces deux mondes sont devenus ennemis. Fisk a redessiné les règles, effacé les repères. Ce n’est plus seulement un combat de rue, c’est une lutte existentielle. La fin de l’épisode laissait entrevoir un rassemblement. Pas un soulèvement populaire, pas une révolution spectaculaire. Juste quelques visages familiers : des flics, quelques alliés, Karen. 

 

Rien de grandiose, rien de décisif. Pourtant, dans ce maigre groupe, il y a une énergie. Celle du refus de plier. Celle des causes perdues qu’on défend quand même. Matt parle de reconstruire, de résister, de ne plus avoir peur. Mais sans figures majeures comme Jessica Jones, Luke Cage ou même Spider-Man, ça sonne un peu creux. Il aurait été logique de voir débarquer quelques héros de New York, surtout avec un chaos pareil. Mais non. L’épisode reste modeste dans sa résolution. Et ce choix, même frustrant, garde une certaine cohérence avec l’identité de la série : pas d’artifice, pas de renforts faciles. Juste l’obstination d’un homme.

L’un des arcs narratifs les plus forts de la saison trouve sa conclusion ici : la confrontation entre Frank Castle et la force spéciale anti-vigilante. Voir le Punisher affronter ceux qui ont détourné son symbole, ces policiers corrompus qui brandissent son crâne comme un étendard de brutalité, c’est un moment nécessaire. Frank n’a jamais été un héros. Mais il a toujours eu un code. Et voir ce code sali l’amène à des sommets de rage froide. Ce n’est pas juste une vengeance. C’est une mise au point. Une exécution symbolique. Les tueurs de Fisk ne sont pas des fanatiques. 

 

Ce sont des hommes ordinaires, qui se sentent légitimes en portant un logo dont ils ignorent le sens. Frank les élimine avec une froideur chirurgicale. Il ne s’explique pas. Il nettoie. Et même si le message aurait pu être plus appuyé, la scène fonctionne. Elle remet les pendules à l’heure. Ce crâne blanc n’est pas un badge de virilité ou d'autorité. C’est une marque de douleur, de perte, de guerre intérieure. L’épisode joue aussi sur la nostalgie. Le retour de Karen Page, celui du Punisher en tenue complète… ce sont des éléments qui résonnent. Pourtant, il manque quelque chose. Peut-être un peu de grandeur. 

Peut-être un vrai choc de fin de saison. Le cliffhanger est solide, certes. Mais il laisse une sensation d’inachevé. Comme si le vrai feu d’artifice avait été repoussé à la saison 2. Muse, par exemple, reste sous-exploité. Tout comme Bullseye, encore cantonné à un rôle d’arme vivante. Il y a cette impression d’avoir été baladé toute la saison vers une confrontation plus vaste, qui n’arrive pas tout à fait. C’est frustrant, mais ça fonctionne aussi comme promesse. Ce qui reste après cet épisode, ce n’est pas seulement l’attente d’une suite. C’est un certain vertige. Daredevil est seul face à une ville qui ne veut plus être sauvée. La loi a changé de camp. L’ordre public est devenu une tyrannie. 

 

Et le héros, lui, vacille. Il ne se bat plus pour une cause abstraite. Il se bat pour qu’il reste encore quelque chose à sauver. Ce sentiment d’usure, de fatigue morale, est palpable. Matt Murdock n’est plus un idéaliste. Il devient pragmatique. Il sait que la force brute ne suffira pas. Il sait aussi qu’il ne pourra pas faire cavalier seul. L’"armée" qu’il rassemble n’est pas impressionnante, mais elle porte un espoir fragile. Et c’est peut-être ça, la vraie réussite de cet épisode : montrer qu’il reste encore, dans les ruines, une lueur de résistance.

Ce neuvième épisode de Daredevil: Born Again ne crie pas victoire. Il ne cherche pas à séduire. Il met tout simplement ses cartes sur la table. La guerre est déclarée. Fisk est en position de force. Daredevil est plus vulnérable que jamais. Et le spectateur n’a plus qu’à attendre, tendu, le moment où tout explosera. Il y a eu des défauts dans cette saison. Des lenteurs, des maladresses, des personnages un peu oubliés. Mais ce final, lui, recentre tout. Il rappelle ce que cette série sait faire de mieux : confronter des hommes aux choix impossibles, dans un monde qui s’effondre autour d’eux.

 

Note : 8.5/10. En bref, ce neuvième épisode de Daredevil: Born Again ne crie pas victoire. Il ne cherche pas à séduire. Il met tout simplement ses cartes sur la table. La guerre est déclarée. Fisk est en position de force. Daredevil est plus vulnérable que jamais. Et le spectateur n’a plus qu’à attendre, tendu, le moment où tout explosera.

Disponible sur Disney+

 

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