18 Avril 2025
Après une longue pause, Leverage: Redemption revient avec une saison 3 qui ne cherche pas à reproduire ce qui a été fait, mais à construire quelque chose de nouveau avec les fondations existantes. Les trois premiers épisodes posent d’emblée le ton : le passé est là, mais ce n’est plus le moteur principal. Ce qui compte désormais, c’est comment les personnages évoluent malgré les cicatrices, les absences et les doutes. Dès les premières scènes, il est évident que la série ne s’attarde pas inutilement sur ce qu’il s’est passé depuis la fin de la saison précédente.
Quelques éléments permettent de comprendre les enjeux actuels, mais sans tomber dans un excès d’explication. Ce choix donne au récit un rythme fluide et cohérent, évitant l’écueil d’un retour trop didactique. L’action repart, comme si les protagonistes n’avaient jamais quitté la scène. Le fait que la diffusion ait changé de plateforme, ou que certains acteurs soient désormais impliqués dans d’autres projets, est intégré de manière organique. Aucun effet de manche, pas de tentative pour masquer les ajustements nécessaires : au contraire, tout est assumé. C’est cette honnêteté dans l’écriture qui donne à ces épisodes une forme de sincérité rare.
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La saison débute avec The Weekend in Paris Job, un épisode à la fois visuel et nerveux, qui plonge directement dans le vif du sujet. Un musée, une œuvre d’art, une arnaque savamment orchestrée, et surtout, une mécanique d’équipe toujours aussi bien huilée. Pourtant, au-delà de la mission elle-même, ce qui retient l’attention, c’est ce que chacun traverse en parallèle. Derrière les sourires et les déguisements, il y a des silences qui en disent long. Dans The Digital Frankenstein Job, le ton change radicalement. Le numérique, l’intelligence artificielle, les visages synthétiques… On n’est plus simplement dans le vol ou la tromperie, mais dans une réflexion sur les frontières de l’éthique.
À quel moment devient-on le monstre que l’on combat ? Une question que certains membres de l’équipe commencent à se poser sérieusement, et qui met en lumière les dilemmes que le progrès technologique peut créer. Le troisième épisode, The Scared Stiff Job, aborde une thématique plus personnelle et, par moments, difficile à regarder. Le business autour des promesses de vie éternelle, la manipulation de personnes fragiles, et les conséquences tragiques pour leurs familles. Le sujet est lourd, mais traité avec justesse. Le scénario n’insiste pas inutilement, mais montre les ravages humains avec assez de sensibilité pour faire réagir sans sombrer dans le pathos.
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Au fil de ces trois épisodes, ce sont moins les arnaques qui marquent que ce qu’elles déclenchent chez les personnages. Ce qu’ils vivent, ce qu’ils cachent, ce qu’ils n’osent pas encore affronter. Sophie, par exemple, se trouve à un carrefour intime. Elle tente de bâtir une relation avec sa fille adoptive, Astrid. Le chemin est long, parce que les deux portent des blessures, des silences accumulés, et surtout une incapacité à se livrer facilement. Pour une ancienne cambrioleuse spécialisée dans le mensonge, l’authenticité est sans doute le plus grand défi. Et comme si cela ne suffisait pas, elle tente aussi de se réouvrir à l’amour. L’idée d’utiliser une application de rencontre paraît incongrue, presque ironique.
Mais c’est une manière pour elle de se confronter à un quotidien qui n’inclut plus Nate, tout en sachant que son souvenir restera toujours présent. Eliot, quant à lui, reste fidèle à son rôle de protecteur silencieux. Mais sous cette façade impassible, il y a une fatigue qui affleure. Son implication semble toujours aussi forte, mais certains regards, certaines pauses, laissent deviner une introspection en cours. Son histoire familiale revient sur le tapis, notamment avec son père, et c’est une faille qu’il ne peut plus éviter très longtemps. La présence d’Hardison, bien que brève, a une portée émotionnelle forte. Son retour, puis son nouveau départ, sont des marqueurs essentiels de ce début de saison.
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Ce n’est pas qu’il ne veut plus faire partie du groupe. C’est qu’il ne sait plus pourquoi il le faisait. Il cherche à redéfinir son rôle, son but. Une quête personnelle légitime, mais qui blesse Parker. Le duo formé par Hardison et Parker a toujours été un des piliers de l’émotion dans Leverage. Mais ici, on sent un déséquilibre. Elle est encore là, totalement investie. Lui est déjà ailleurs. Ce n’est pas de l’indifférence, c’est de l’incertitude. Mais cela reste douloureux à voir. Surtout quand Parker, avec toute sa fragilité désormais mieux contrôlée, continue d’attendre. Et pendant ce temps, Breanna prend sa place. Non pas pour remplacer, mais pour apporter une énergie nouvelle.
Elle ne cherche pas à imiter son frère, elle forge sa propre voie. Ses réactions dans The Digital Frankenstein Job traduisent une colère sincère face aux inégalités, aux privilèges injustifiés, à ce monde où tout semble plus simple pour les mêmes, toujours. Une révolte qu’elle transforme en action, mais qui laisse aussi entrevoir une profonde vulnérabilité. Ce qui rend ces épisodes particulièrement intéressants, c’est la manière dont les interactions se complexifient. Le groupe reste uni, mais les liens se modifient. Il y a moins de certitudes, plus de questionnements. Les gestes de solidarité sont toujours présents, mais parfois teintés d’inquiétude, de non-dits.
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La familiarité laisse la place à une forme de maturité relationnelle. Il est aussi intéressant de voir comment les scénaristes gèrent les absences. Que ce soit à cause des projets parallèles des acteurs ou des choix narratifs, tout est intégré de manière fluide. L’humour n’est jamais absent, même dans les moments plus graves. Et cette légèreté permet d’aborder des sujets lourds sans jamais les banaliser. Comme toujours dans Leverage, les antagonistes ne sont pas simplement des obstacles scénaristiques. Ils incarnent une forme d’injustice, de dérive. Que ce soit un collectionneur mégalomane à Paris, un juge corrompu ou un escroc de la mort, chaque cible représente un abus de pouvoir.
Et c’est en cela que la série reste actuelle. La chute de ces figures ne vise pas seulement à divertir. Elle soulage. Elle donne, l’espace d’un instant, l’impression que le monde peut être un peu plus juste. Que ceux qui exploitent les autres finiront par tomber. Même si ce n’est que dans une fiction, cet espoir a une vraie valeur. Sur le plan visuel, la réalisation continue d’être soignée sans en faire trop. Les scènes d’action sont lisibles, les décors bien choisis, et certains mouvements de caméra participent à la tension sans chercher à impressionner gratuitement. Il y a une continuité de style, mais aussi des petites touches de modernité, notamment dans la manière d’intégrer les technologies récentes au récit.
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La musique accompagne sans s’imposer, les silences sont utilisés avec intelligence, et le montage permet une lecture fluide malgré la densité de certaines séquences. Rien ne semble laissé au hasard, mais tout paraît naturel. C’est sans doute là que la saison 3 parvient à surprendre le plus. Malgré les années, malgré les changements, malgré les ajustements imposés, la série ne donne jamais l’impression de se chercher. Elle sait où elle va. Elle ne tente pas de recréer ce qui a fonctionné avant, mais d’inventer une suite logique, humaine, imparfaite, mais sincère. Les personnages ne sont plus exactement ceux que l’on a connus. Et c’est une bonne chose. Ils ont vécu, ils ont changé.
Et même si certains reviennent brièvement, leur impact reste fort. Parce que ce n’est pas la durée de présence à l’écran qui compte, mais ce qu’ils apportent. Ces trois premiers épisodes de la saison 3 de Leverage: Redemption ne cherchent pas à en mettre plein la vue. Ils posent les bases d’une suite plus introspective et plus mature. Les arnaques sont toujours là, mais elles servent désormais à révéler les failles humaines plus qu’à briller par leur ingéniosité. Il y a une lucidité dans l’écriture, une douceur dans la manière de traiter les émotions, et un respect évident pour les personnages et ce qu’ils représentent.
La série avance, elle change, mais elle ne perd jamais de vue ce qui la rend précieuse : cette capacité à faire résonner les histoires avec les failles de chacun. Alors oui, il reste encore beaucoup à découvrir. Mais si le reste de la saison maintient ce niveau de cohérence et d’humanité, il y aura beaucoup à dire, à ressentir, et à défendre.
Note : 7/10. En bref, ces trois premiers épisodes de la saison 3 de Leverage: Redemption ne cherchent pas à en mettre plein la vue. Ils posent les bases d’une suite plus introspective et plus mature. Les arnaques sont toujours là, mais elles servent désormais à révéler les failles humaines plus qu’à briller par leur ingéniosité.
Disponible sur Amazon Prime Video
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