Critiques Séries : Leverage: Redemption. Saison 3. Episode 10 (season finale)

Critiques Séries : Leverage: Redemption. Saison 3. Episode 10 (season finale)

Leverage: Redemption // Saison 3. Episode 10. The Side Job.

SEASON FINALE

 

Il est rare qu’un épisode de fin de saison fasse le choix du silence au lieu du spectacle. L’épisode 10 de la saison 3 de Leverage: Redemption, intitulé « The Side Job », évite délibérément les codes du final classique. Pas de retour en force d’un antagoniste récurrent. Pas de confrontation épique ou de règlement de comptes massif. Ce qui s’impose ici, c’est plutôt une forme de sobriété trompeuse, presque introspective. Une approche inattendue qui s’appuie principalement sur Parker, en lui offrant un espace qui lui est rarement accordé dans cette mesure : un épisode centré sur sa vision, ses contradictions et ses choix. L’épisode débute sans préambule, comme si la caméra tombait sur une histoire déjà en mouvement. 

 

Parker est au cœur d’une arnaque qui semble différente de ce que la série propose habituellement. Ce n’est pas tant la cible – un homme qui exploite des enfants issus de familles immigrées sans-papiers – qui surprend, mais la manière dont le récit se déploie. Un jeu esthétique se met en place immédiatement : l’image passe au noir et blanc. Une signature visuelle qui évoque un hommage direct aux films noirs d’antan, mais qui, surtout, marque un glissement de réalité. Cette idée de dédoubler le récit entre une fiction stylisée et une réalité plus colorée n’est pas juste décorative. Elle permet de créer une distance entre la Parker que tout le monde connaît – imprévisible, instinctive, parfois brute – et celle qu’elle incarne dans le cadre du plan : une femme fatale méticuleuse, silencieuse, presque glaciale. 

Ce rôle ne lui est pas naturel, et c’est précisément ce qui rend sa performance captivante. Elle ne joue pas pour tromper uniquement la cible, elle joue pour se convaincre elle-même qu’elle peut être autre chose. Le choix de l’esthétique noir et blanc devient alors une manière de matérialiser cette transformation intérieure. Ce qui ressort, c’est que Parker mène cette mission de manière autonome. Chacun des membres de l’équipe est embarqué à un moment donné, mais sans jamais avoir le tableau complet. Cette dispersion est inhabituelle. Elle traduit quelque chose de plus profond : Parker ne cherche pas seulement à faire tomber un homme corrompu, elle tente de donner une réponse à une question qu’elle n’a pas encore formulée.

 

Les interrogations de Sophie, Breanna et Harry convergent toutes vers la même chose : pourquoi Parker agit-elle seule ? Chacun y va de son interprétation. Pour certains, elle veut retrouver le frisson du risque. Pour d’autres, elle tente de renouveler les codes traditionnels de leurs arnaques. Peut-être cherche-t-elle à comprendre quelque chose d’essentiel à propos du changement, du bien, ou de sa propre relation à l’équipe. Mais chaque fois qu’on lui pose la question, elle répond vaguement : "quelque chose comme ça". Cette réponse, floue mais constante, finit par structurer tout l’épisode. C’est un écran de fumée, une forme de protection. Ce n’est qu’à la toute fin que le véritable mobile est révélé, et il puise ses racines dans une conversation passée avec Hardison, absent ici mais omniprésent dans l’esprit de Parker. 

Cette discussion, sur la légitimité de continuer à agir en marge de la loi, résonne encore. Si certains membres de l’équipe cherchent des justifications morales à leurs actions, Parker, elle, agit par instinct, par passion même. Ce n’est pas le pourquoi qui compte, mais le fait qu’elle aime toujours faire ce qu’elle fait. Ce que cet épisode réussit particulièrement bien, c’est de montrer une Parker en pleine évolution sans renier les traits qui la définissent depuis le début. Le personnage a parcouru un long chemin depuis ses débuts impulsifs et désordonnés. Ici, elle apparaît méthodique, froide, calculatrice. Sa posture, sa voix, son regard : tout est calibré. Elle maîtrise parfaitement le rôle qu’elle s’est écrit, au point que même ses alliés doutent de ses intentions à certains moments.

 

Mais sous cette façade construite, la part sombre de Parker ne disparaît pas. Elle demeure présente, mais canalisée. Lorsqu’elle menace physiquement sa cible, l’ambiguïté est totale. La scène reste en noir et blanc, comme pour indiquer qu’elle fait toujours partie du plan, mais la tension est réelle. La violence potentielle n’est pas feinte, et cela trouble autant le public que les autres membres de l’équipe. C’est un rappel subtil : même si Parker s’est adoucie, elle conserve cette capacité inquiétante à basculer. Eliot, dans cette séquence, joue un rôle silencieux mais crucial. Il la connaît mieux que personne. Il suit ses mouvements, la surveille, non pas par méfiance, mais par confiance. C’est lui, et non un autre, qui serait capable de l’arrêter si elle allait trop loin. 

Ce lien entre eux, plus souvent suggéré qu’explicité, prend ici toute sa force. Il ne repose pas sur des mots, mais sur une connaissance mutuelle profonde. Une forme de loyauté qui n’a pas besoin d’être verbalisée. Le choix du "méchant" dans cet épisode n’est pas anodin. L’homme que Parker vise exploite des enfants issus de familles sans statut légal. Le sujet est délicat, mais l’écriture évite le piège de la moralisation excessive. Ce n’est pas un discours politique. C’est une situation qui révolte, point. Parker agit parce qu’elle ne supporte pas l’idée d’un adulte utilisant des enfants comme force de travail, en profitant de leur vulnérabilité. C’est une cause qui réveille quelque chose en elle, un instinct de protection très fort, déjà entrevu dans le passé.

 

L’épisode ne cherche pas à complexifier inutilement cette figure d’antagoniste. Il n’y a pas de double discours. Juste un homme certain de son impunité, et une femme décidée à le confronter à ses actes. C’est simple, direct, mais efficace. Le final, où Parker le laisse livré à lui-même en Colombie, son passeport disparu, sans repères ni soutien, est une forme de punition inhabituelle mais réfléchie. Elle ne le détruit pas, elle le confronte à l’expérience de ceux qu’il a exploités : l’exil, l’incertitude, la peur. Un renversement de perspective brutal, mais calculé. Pour un épisode de fin de saison, « The Side Job » prend un chemin curieux. Il n’y a pas de réel point final. L’histoire se referme sans éclat, presque discrètement. 

Certains arcs narratifs, comme celui de Harry et sa tentative de renouer avec sa mère, semblent amorcés sans être poursuivis. Le moment qu’il partage avec Sophie est touchant, certes, mais il donne l’impression de n’être qu’une étape vers autre chose. Rien ne se boucle vraiment. Cette impression d’inachevé soulève une question : s’agit-il vraiment d’un épisode de conclusion, ou simplement d’une transition vers une suite encore à venir ? D’autres épisodes de la saison ont apporté des résolutions plus marquantes, notamment celui centré sur Astrid, qui avait tout d’un final anticipé. Ici, le ton est différent. Plus introspectif, plus personnel. Cela donne à cet épisode une singularité certaine, mais aussi une sensation d’attente prolongée.

 

Ce qui traverse tout l’épisode, c’est une réflexion silencieuse sur l’identité, le changement, et la manière dont chacun trouve ou redéfinit sa place dans le groupe. Parker, malgré son apparente confiance, continue de chercher. Elle ne s’est pas figée. Elle teste, expérimente, remet en question ce qu’elle croyait savoir. Ce besoin d’évoluer, de comprendre, est au cœur de sa démarche ici. Elle n’attend pas que les autres lui donnent un sens ; elle veut le construire elle-même, pièce par pièce. Cette volonté de creuser l’humain plutôt que de miser sur l’esbroufe technique est une prise de risque narrative. Le format change, le rythme est moins rapide, l’action moins présente. 

Mais cela permet de poser un regard neuf sur un personnage qui aurait pu, après tant d’années, devenir prévisible. Ce n’est pas le cas. Parker reste insaisissable, et c’est précisément ce qui rend ce genre d’épisode possible. « The Side Job » n’offre pas de conclusion en fanfare. Il choisit de refermer la saison par un écho discret, presque intime. C’est un épisode qui parle à demi-mots, qui avance masqué, et qui laisse volontairement des portes ouvertes. En se concentrant sur Parker, il redonne à l’équipe de Leverage: Redemption une profondeur émotionnelle que d’autres épisodes plus spectaculaires avaient un peu mise de côté.

 

Il ne s’agit pas d’un épisode spectaculaire, ni même totalement satisfaisant d’un point de vue narratif classique. Mais il offre un aperçu de ce que la série peut faire lorsqu’elle prend le temps d’écouter ses personnages. Si une suite arrive, elle aura ici une matière riche sur laquelle s’appuyer.

 

Note : 6/10. En bref, bien que l’idée d’un épisode façon film noir m’ait beaucoup plu, je trouve dommage qu’il n’ait pas l’allure d’un vrai season finale.

Disponible sur Amazon Prime Video

 

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