Critiques Séries : 9-1-1. Saison 8. Episode 16.

Critiques Séries : 9-1-1. Saison 8. Episode 16.

9-1-1 // Saison 8. Episode 16. The Last Alarm.

 

La série 9-1-1 ne suit pas les chemins balisés du deuil télévisuel. À trois épisodes de la fin de la saison, elle choisit de confronter ses personnages, et son public, à une perte brutale sans le filet de sécurité du "season finale". Aucun fondu au noir en cliffhanger. Pas de saut dans le temps pour adoucir l’impact. Juste le vide laissé par Bobby. Deux semaines ont passé depuis sa disparition. Et rien n’a vraiment repris son cours. Ce qui frappe, c’est l’honnêteté du récit autour du deuil, bien loin des élans spectaculaires habituels de la série. La douleur est frontale, confuse, parfois irrationnelle. Athena, pourtant habituellement solide comme un roc, peine à décider où enterrer son mari. 

 

Elle prétend que c’est parce que le corps n’a pas encore été libéré, mais sa réaction explosive quand Chimney accélère le processus montre bien qu’il s’agit d’autre chose. Tant qu’il n’est pas en terre, alors peut-être qu’il n’est pas vraiment parti. Peut-être. Le refus d’accepter l’irréversible, c’est souvent là que le chagrin s’ancre. Et dans cet épisode, c’est autour de cette faille qu’Athena s’accroche à l’illusion d’une autre histoire, celle d’une femme persuadée que son fils, mort dans un incendie il y a des années, a en réalité survécu. Ce que cette intrigue secondaire révèle, ce n’est pas tant un suspense policier, mais la profondeur du besoin de croire que ceux qu’on aime peuvent revenir. 

Ce fantasme-là, je le comprends. C’est une forme de négation du deuil à laquelle personne n’échappe complètement. Ce qui rend ce segment plus poignant que déroutant, c’est la manière dont Athena s’y plonge corps et âme. Elle ne cherche pas seulement à aider cette mère brisée, elle s’y projette. Comme si, en redonnant espoir à cette femme, elle pouvait raviver le sien. Comme si résoudre ce mystère permettrait de retarder, encore un peu, l’enterrement de Bobby. C’est absurde. Et c’est humain. La scène où elle parle à Bobby, ou plutôt à son souvenir, en dit long. Loin d’un simple artifice narratif, cette apparition sert à matérialiser un dialogue intérieur. 

 

Elle se dispute avec lui, le repousse, comme pour mieux affirmer son autonomie dans un monde où il n’est plus là pour l’aider à naviguer. C’est l’une des rares fois où la série ose représenter la colère d’un deuil sans chercher à l’expliquer ou la corriger. Ce n’est pas rationnel. Ce n’est pas juste. Mais c’est vrai. En parallèle, Chimney s’effondre lui aussi. Et cette fois, c’est sa culpabilité qui prend toute la place. Si Bobby a pris la décision qu’il a prise, c’était pour lui sauver la vie. Alors que faire, quand on se retrouve porteur d’un tel legs ? Chim ne trouve aucune réponse. Il court. Il boit. Il s’éloigne de ceux qui veulent l’aider. Et il se referme, persuadé qu’il aurait dû y avoir un "autre choix". 

C’est cruel, mais logique. Même s’il sait, au fond, qu’il n’y avait pas d’issue parfaite. Le contraste avec les épisodes précédents est saisissant. La saison 8, jusque-là, naviguait entre les tensions internes de l’équipe, les changements de leadership, et des appels d’urgence de plus en plus improbables. Bobby apparaissait presque comme un pilier immuable, malgré tout ce qu’il traversait. Et pourtant, ce n’est pas un ennemi extérieur ou une catastrophe naturelle qui l’a emporté, mais une décision personnelle, mûrie dans le silence, qui laisse ses proches dévastés.

 

Le retour de certains visages familiers pour les funérailles souligne une autre constante de la série : malgré ses revirements et son goût pour le sensationnel, ce sont les liens tissés entre les personnages qui tiennent l’ensemble. Même quand tout vacille, cette famille choisie se soutient. C’est probablement la seule lueur dans cet épisode profondément sombre. Mais ce qui me marque le plus, c’est l’absence de résolution nette. À la fin, personne n’a vraiment fait la paix avec la disparition de Bobby. Athena enterre son mari, enfin. Chim accepte que Bobby ait fait un choix. Buck essaie de le rassurer, sans grande certitude. Et moi, comme spectateur, je reste avec une impression trouble : ce départ ne clôt rien. 

Il ouvre plutôt une série de blessures que le final devra encore apprendre à explorer. En cela, « The Last Alarm » réussit ce que beaucoup d’épisodes commémoratifs échouent à faire : ne pas maquiller la peine, ne pas en faire un outil narratif creux. Juste la montrer, dans toute sa complexité. Et permettre à ceux qui restent de commencer, peut-être, à apprendre à vivre avec.

 

Note : 9/10. En bref, « The Last Alarm » réussit ce que beaucoup d’épisodes commémoratifs échouent à faire : ne pas maquiller la peine, ne pas en faire un outil narratif creux. Juste la montrer, dans toute sa complexité. 

Prochainement sur M6 et M6+

 

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