Critiques Séries : Elsbeth. Saison 2. Episode 19.

Critiques Séries : Elsbeth. Saison 2. Episode 19.

Elsbeth // Saison 2. Episode 19. I’ve Got a Little List.

 

Avec l’épisode 19 de la saison 2, Elsbeth continue de creuser son propre sillon : celui d’une série qui parvient à mêler apparente légèreté et tension morale de fond. Ce contraste devient ici particulièrement frappant, car pour la première fois depuis longtemps, Elsbeth elle-même vacille. Elle n’est plus uniquement spectatrice ou analyste de l’injustice : elle devient partie prenante, cible, et même obstacle à elle-même. Depuis plusieurs épisodes, on sentait une certaine usure chez Elsbeth. Ce n’est pas vraiment une surprise pour ceux qui ont suivi la saison avec attention. Déjà, dans l’épisode 16, l’affaire du client manipulateur et de la juge Crawford avait planté les premières graines du doute. 

 

L’épisode avec la médium, interprétée par Tracey Ullman, en avait dit long sur les mécanismes de défense qu’Elsbeth utilise pour fonctionner dans un monde qui cherche souvent à la mettre à l’écart. Ses tenues colorées ? Une armure héritée de sa grand-mère, un moyen de transformer la vulnérabilité en énergie visible. Mais voilà : cette énergie n’est pas inépuisable. Dans cet épisode 19, intitulé I’ve Got a Little List, Elsbeth se retrouve en prison. Pas en tant qu’avocate, ni même en tant que témoin. Elle y est détenue, vulnérable, jugée. Ce revirement semble brutal, mais il a été préparé depuis longtemps. Son obsession pour Rod Bedford – fils de magnat de l’armement, aussi riche qu’arrogant – l’a poussée à franchir la ligne. 

Ce n’est pas tant qu’elle ait tort sur le fond : Rod est bien coupable. Mais sa manière d’enquêter, aveuglée par la colère et le besoin de réparation, finit par desservir sa cause. Cela pose une question centrale à la série : peut-on défendre la justice tout en s’autorisant à la contourner, même un peu, au nom du bien commun ? Dans cet épisode, Elsbeth semble dire oui. Mais la série, elle, reste plus nuancée. Rod Bedford, interprété par Billy Magnussen, n’est pas simplement un “méchant de la semaine”. Il représente une forme de nihilisme social : celle des puissants qui, lassés d’obtenir tout ce qu’ils veulent sans effort, cherchent à ressentir quelque chose – même au prix d’une vie. 

 

Elsbeth, de son côté, est dans une autre logique : elle est épuisée, mais motivée par un désir de justice sincère. Pourtant, tous deux finissent par perdre de vue les limites. C’est cette mise en parallèle – discrète mais efficace – qui donne de la profondeur à l’épisode. Les deux personnages se croisent moins qu’ils ne se reflètent. L’un tue par ennui, l’autre dérape par désespoir. Mais tous deux montrent que les instincts bruts peuvent triompher, même chez ceux qui se veulent rationnels. L’autre grande force de cet épisode réside dans sa capacité à mettre en scène les failles du système judiciaire. La juge Dousant, campé avec justesse par John Carroll Lynch, reproche à Elsbeth son manque de professionnalisme. 

Elle a, en effet, défendu par le passé Delia Kirby, responsable de la mort du juge Crawford. Pourtant, il semble oublier que les circonstances ont changé. Cette séquence évoque une réalité trop peu souvent explorée à la télévision : les juges, eux aussi, sont traversés par des émotions. La justice n’est pas une mécanique froide. Elle est humaine, et donc imparfaite. Le regard porté sur Elsbeth ici en dit long sur la manière dont le doute, l’émotion ou la réputation peuvent peser plus lourd que les faits. Heureusement, Elsbeth n’est pas seule. Kaya, sa coéquipière, continue de jouer un rôle pivot. Moins excentrique, mais tout aussi investie, elle incarne une forme de stabilité. 

 

On sent entre elles une véritable solidarité, construite au fil des épisodes. De même, le capitaine Wagner reste une figure de confiance. Ce n’est pas un mentor au sens classique, mais un point d’ancrage, qui lui rappelle qu’elle ne peut pas se perdre en route. La scène en prison, où Elsbeth fond en larmes, est à la fois sobre et significative. Elle marque un moment de bascule : non pas une défaite, mais une prise de conscience. Elle ne peut pas continuer comme avant. Il faut changer. Mais changer sans renoncer à ce qui fait d’elle Elsbeth Tascioni. Ce qui frappe aussi dans cet épisode, c’est l’apparition plus directe de la géopolitique. 

L’agent de l’ICE, Wes McCarthy, évoque une affaire diplomatique impliquant le prince Wilhelm von Hofer, lié à la situation au Groenland. Ce genre de référence, qui pourrait sembler anecdotique, ancre la série dans un contexte très contemporain. On pourrait y voir un clin d’œil aux divisions post-électorales, à l’ère de la post-vérité, et à la difficulté croissante de distinguer la justice du pouvoir. McCarthy, avec ses commentaires sexistes et ses hypothèses mal informées sur le féminisme radical, incarne une bureaucratie déconnectée, parfois toxique, souvent inefficace. Malgré la spirale descendante, l’épisode se termine sur une note ambiguë. Elsbeth retrouve son flair au moment le plus inattendu : lors de son inventaire personnel en cellule. 

 

C’est dans cet entre-deux, ni totalement lucide, ni totalement perdu, qu’elle parvient à connecter les derniers indices permettant d’inculper Rod. C’est à la fois une victoire et un avertissement. Oui, elle a encore son instinct. Oui, elle peut revenir. Mais le chemin sera plus dur. Elle devra désormais composer avec ses propres failles. Impossible de parler de Elsbeth sans évoquer son vestiaire. L’épisode 19 ne fait pas exception. La scène du crime du prince Wilhelm se déroule avec Elsbeth vêtue d’un manteau jaune vif, presque absurde dans ce contexte. C’est volontaire. Cette dissonance visuelle rappelle que le personnage n’a jamais été là pour se fondre dans la masse.

Mention spéciale aussi pour le manteau noir et rose avec un œil dans le dos, porté lors de sa dernière sortie au Canister Club. Une pièce presque symbolique : œil protecteur, œil qui voit tout… ou simple clin d’œil à son propre état de surveillance intérieure ? Peu importe. Ces choix vestimentaires continuent de jouer un rôle narratif à part entière. Avec cet épisode 19, la série prend un tournant. Ce n’est pas un virage spectaculaire, mais une inflexion nécessaire. Elsbeth nous avait habitués à des enquêtes décalées, souvent drôles, parfois grinçantes. Ici, le ton est plus grave, plus intime. On quitte le territoire du simple “procédural malin” pour entrer dans celui du portrait psychologique.

 

Elsbeth vacille, mais elle ne tombe pas. Et c’est ce qui rend cet épisode intéressant : il ne cherche pas à héroïser son personnage. Il l’expose, dans ses contradictions, ses faiblesses, sa fatigue. Mais il lui laisse aussi une chance de se reconstruire. Pas en oubliant ses erreurs, mais en apprenant à vivre avec. Un épisode charnière, donc, qui prépare la suite sans tout dévoiler. On sent que les choses ne pourront plus être comme avant. Et c’est peut-être une bonne chose.

 

Note : 6/10. En bref, avec cet épisode 19, la série prend un tournant. Ce n’est pas un virage spectaculaire, mais une inflexion nécessaire. Elsbeth nous avait habitués à des enquêtes décalées, souvent drôles, parfois grinçantes. Ici, le ton est plus grave, plus intime. On quitte le territoire du simple “procédural malin” pour entrer dans celui du portrait psychologique.

Prochainement sur TF1 et TF1+

 

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