Critiques Séries : Poker Face. Saison 2. Episode 2.

Critiques Séries : Poker Face. Saison 2. Episode 2.

Poker Face // Saison 2. Episode 2. Last Looks.

 

Le deuxième épisode de la saison 2 de Poker Face fait partie de ces épisodes de série me parlent plus que d'autres, pas parce qu'ils crient fort ou cherchent l’effet choc, mais parce qu'ils parviennent à construire un équilibre subtil entre la forme et le fond. est de ceux-là. Dans le cas de cet épisode, il ne cherche pas à épater, mais il installe, scène après scène, une atmosphère pesante, presque moite, où la frontière entre le jeu et la vérité se délite lentement. Ce qui me marque d’emblée, c’est ce choix esthétique affirmé : un retour au style des années 70. 

 

Pas une simple coquetterie nostalgique, mais une manière d’ancrer le récit dans une époque où les contours du vrai et du faux, du spectacle et du crime, étaient plus flous, plus perméables. L’épisode commence dans une maison funéraire, décor naturel mais aussi plateau de tournage pour une scène de film. Une femme y est violemment assassinée… mais ce n’est qu’une fiction. Pourtant, ce jeu de mise en abyme ne va pas rester longtemps sans conséquence. Dans cet épisode, l’intrigue se déploie dans un lieu où la mort n’est pas une surprise : un funérarium, propriété d’un homme austère, Fred, qui vit littéralement au milieu des cercueils. 

 

Ce choix de décor est tout sauf anodin. Il place le spectateur dans un malaise constant. C’est un endroit fait pour accueillir la douleur, pas les projecteurs d’un film. Et pourtant, les deux mondes se rencontrent. Fred, incarné par Giancarlo Esposito, semble prisonnier de ses traditions familiales. Il représente une lignée d’hommes liés au culte de la mort, mais sans en avoir jamais réellement questionné le sens. Sa femme, Greta, elle, n’en peut plus de cette routine. Elle rêve d’ailleurs, d’évasion, de lumière. Et c’est dans l’agitation d’un tournage de film qu’elle entrevoit une échappatoire. Mais on le devine rapidement : ce désir de fuite ne va pas lui porter chance.

 

Ce qui me fascine ici, c’est la manière dont le meurtre s’insère dans la mécanique du tournage. Le crime réel se greffe sur une scène fictive, comme une couche invisible. Tout est déjà en place : les décors, le sang factice, les accessoires. Il n’y a presque rien à faire pour que le passage à l’acte soit camouflé. Fred n’a qu’à suivre le scénario. Ce glissement du faux au vrai me trouble encore longtemps après le visionnage. Le choix de cacher le corps de Greta en pleine vue – littéralement au cœur de la maison funéraire – puis de le transformer en vinyle contenant ses cendres, est aussi morbide que symbolique. 

 

Greta voulait fuir, rêvait d’une autre vie, et Fred, en la « gravant » sur une chanson, l’enferme à jamais dans sa propre vision de l’éternité. Une emprise post-mortem, déguisée en hommage. Charlie, comme toujours, entre dans l’histoire par la petite porte. Elle ne cherche pas l’intrigue, elle la trouve. Ou plutôt, elle la sent. Ce que j’aime chez elle, c’est cette capacité à être ailleurs tout en étant parfaitement là. Elle déboule avec son air un peu fatigué, sa dégaine détendue et ses vapeurs sucrées de cigarette électronique. Mais derrière ce style relâché, il y a une capacité d’observation redoutable.

 

Dans cet épisode, elle se lie d’abord à Greta. Ce lien, aussi rapide qu’il soit, semble sincère. Charlie perçoit immédiatement que Greta veut fuir quelque chose de plus profond qu’un simple quotidien morne. Elle veut s’arracher à une vie construite sur la douleur des autres. Elle veut revenir vers les vivants. Cette aspiration touche Charlie, qui, bien qu’en cavale, reste profondément attachée aux êtres en marge, à ceux qu’on n’écoute plus. Lorsque Greta disparaît du jour au lendemain, Fred avance une version simple : elle est partie avec l’équipe de tournage. Pas de dispute, pas d’indices. Juste un départ soudain. Ce genre d’histoire, en apparence sans accroc, suffit à éveiller l’attention de Charlie. 

 

Trop propre, trop net. Et surtout, Fred a oublié un détail : Greta lui avait donné rendez-vous pour partir. Elle ne serait pas partie sans prévenir Charlie. C’est à partir de ce moment que tout bascule. Le doute devient un moteur. Charlie mène ses petites investigations, interroge l’équipe du tournage, recoupe les horaires, observe les détails laissés sur place. Et comme souvent, ce sont les éléments les plus anodins qui finissent par tout faire exploser. Un morceau de sang oublié sur une ampoule, un téléphone retrouvé là où il ne devrait pas être, une chanson qui résonne comme un aveu.

 

La dernière partie de l’épisode prend des allures de thriller claustrophobe. Charlie se retrouve enfermée vivante dans un cercueil, sur le point d’être incinérée. La tension est palpable. Cette scène, plus physique que d’habitude, révèle une facette plus vulnérable du personnage. Pour une fois, elle ne contrôle plus rien. C’est une lutte brute pour survivre. J’ai trouvé que cette séquence donnait une densité nouvelle à Charlie. Elle n’est pas qu’un œil aiguisé, elle est aussi une femme qui peut mourir. La manière dont elle se libère, en utilisant ce qu’elle a sous la main – un simple petit appareil électronique – est à la fois tragique et ironique. 

 

Cette cigarette électronique, symbole de son changement de vie, devient l’élément déclencheur d’un incendie salvateur. Ce qui me reste en tête, au-delà de l’horreur du meurtre, c’est la posture finale de Fred. Il ne tente pas de fuir. Il reste assis, au milieu des objets dans lesquels il a enfermé les cendres de ses proches. Pour lui, il n’y a plus rien au-delà. Le feu devient une forme de retour à la vérité. Il disparaît avec ses morts, dans une logique morbide d’attachement absolu. Je ne peux pas m’empêcher de voir en Fred une figure tragique, presque romantique dans sa façon déformée de concevoir l’amour et la mémoire. 

 

Mais ce romantisme est toxique, étouffant. Il tue pour garder, il enferme pour préserver. Greta n’était pas un souvenir, elle était encore vivante. Et c’est ça, peut-être, le cœur du drame. L’épisode se termine avec un retour brutal à la réalité pour Charlie. Pas de répit. À peine a-t-elle survécu qu’un nouveau danger la rattrape. Cette fois, c’est Beatrix Hasp en personne qui surgit de l’ombre. Jusqu’ici, cette menace n’était qu’un bruit de fond. Désormais, elle prend forme. Et cela annonce un tournant plus tendu dans la saison. 

 

Le contraste est saisissant : Charlie vient de sauver sa peau d’un pyromane pathétique, et la voilà de nouveau confrontée à une femme bien vivante, dangereuse et déterminée. La transition est fluide, et me donne envie de voir la suite immédiatement. Ce qui est plutôt rare pour moi, qui ai tendance à savourer les épisodes lentement. Ce deuxième épisode de la saison 2 ne cherche pas à impressionner par des effets de style. Il prend son temps, installe ses personnages, laisse le malaise s’installer. Le rapport à la mort, au cinéma, à la mémoire… tout cela s’entrelace dans un récit solide, nourri de détails troublants.

 

J’ai aimé la manière dont cet épisode joue avec les couches de narration : film dans le film, meurtre dans le film, puis vrai meurtre déguisé en fiction. Ce jeu de miroir m’a tenu en haleine sans jamais me perdre. Et surtout, la trajectoire de Charlie continue à me parler. Pas parce qu’elle est héroïque, mais parce qu’elle est profondément humaine, faillible, instinctive. L’ambiance de Poker Face, cette fois, m’a rappelé à quel point une série peut être efficace quand elle ose ralentir, creuser, suggérer. Et c’est dans cette lenteur maîtrisée que se cache, selon moi, une véritable puissance narrative.

 

Note : 8/10. En bref, Poker Face continue sur sa lancée avec un nouvel épisode réussi. Et puis Natasha Lyonne mérite toutes les récompenses qui existe. 

Prochainement sur TF1 et TF1+

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