Critiques Séries : Poker Face. Saison 2. Episode 9.

Critiques Séries : Poker Face. Saison 2. Episode 9.

Poker Face // Saison 2. Episode 9. A New Lease on Death.

 

Après avoir parcouru une bonne partie des États-Unis, de la Floride aux Appalaches, en passant par les arrière-salles d’un club de base-ball ou les couloirs sinistres d’une école privée, Charlie Cale pose ses valises à Brooklyn. Enfin, provisoirement. Ce neuvième épisode de la saison 2 de Poker Face installe une ambiance plus intime, plus urbaine aussi, centrée autour d’un huis clos dissimulé sous les briques rouges d’un vieil immeuble. L’angle choisi, bien que familier à la fiction new-yorkaise, offre un contraste intéressant avec les précédentes aventures de Charlie. Pour autant, l’épisode ne m’a pas totalement convaincu. Depuis le début de la série, la cavale de Charlie suit une logique de fuite autant que de rencontres. 

 

Chaque épisode repose sur cette dynamique : arriver, observer, comprendre, puis résoudre. Mais ici, pour la première fois depuis longtemps, elle ne semble pas pressée de repartir. Un appartement l’attend — un petit miracle en soi —, un voisinage vivant, et une promesse d’anonymat dans la foule. Mais ce qui aurait pu amorcer une transition vers une nouvelle phase du personnage reste en suspens. L’épisode donne parfois l’impression étrange d’un potentiel spin-off ou d’une série dérivée — un pilote déguisé. Le rythme est différent, la tension mise en place plus lentement, et certains éléments narratifs manquent un peu de la précision à laquelle la série m’a habitué.

L’intrigue s’organise autour d’une vieille histoire de baux new-yorkais à loyer contrôlé. Pour qui connaît la ville, le sujet n’a rien de neuf, mais il a le mérite de poser des enjeux concrets : un appartement de trois chambres, deux cheminées, et un loyer ridiculement bas. Un trésor, que beaucoup tueraient — littéralement — pour obtenir. C’est précisément ce que met en scène l’épisode. La victime, Maddy, n’est pas étrangère au téléspectateur : elle forme avec sa grand-mère une paire attachante, complice autour de rituels simples, comme des parties de Jeopardy! ou le visionnage de Michael Clayton. Des petits détails du quotidien qui rendent la trahison à venir d’autant plus amère.

 

Le déclencheur : l’irruption d’une nouvelle venue, Kate, dont l’apparente gentillesse cache une personnalité bien plus trouble. En quelques jours, elle s’impose dans la vie d’Anne, la poétesse retraitée, séduite par des références littéraires bien placées. La relation évolue vite, trop vite pour Maddy, qui commence à enquêter sur celle qui prétend aimer sa grand-mère. Le verdict tombe : Kate est en réalité une criminelle recherchée, sous une fausse identité. Le meurtre de Maddy dans la buanderie, via un piège chimique bien trop complexe pour être crédible, souligne une faiblesse de cet épisode : le manque de finesse du plan. Le contraste est frappant par rapport aux crimes bien ficelés d’épisodes précédents, comme dans « One Last Job » ou « The Sign of the Times », où les motivations étaient plus subtiles et les modes opératoires mieux pensés.

L’autre grand fil conducteur de l’épisode, c’est bien sûr la place qu’y prend Charlie. En s’installant dans cet immeuble par le biais de son contact radio « Good Buddy », elle s’insère sans le vouloir dans une nouvelle communauté. Un voisin pompier amateur de claquettes, une ancienne journaliste reconvertie en potineuse de palier, un épicier face-blind… Des personnages secondaires pittoresques, mais qui manquent parfois d’enracinement. Comme souvent, c’est en tissant des liens que Charlie découvre le pot aux roses. Sa capacité à sentir le mensonge ne l’abandonne pas, mais ici, elle semble presque ralentie, comme si l’ambiance new-yorkaise brouillait ses signaux habituels. 

 

L'idée qu’elle puisse se fondre dans le bruit ambiant pour apaiser son instinct est évoquée, mais se heurte vite à la réalité : elle reste Charlie, et les morts continuent à croiser sa route. L’un des points faibles de cet épisode, c’est clairement son antagoniste. Kate, ou plutôt Amelia, est présentée comme manipulatrice et dangereuse. Mais son comportement frise souvent la caricature. Trop souriante, trop insistante, trop visible. Là où d’autres tueurs dans la série se fondaient dans le décor, elle attire l’attention à chaque scène. Même lors de ses tentatives d’intimidation, le personnage ne parvient pas à imposer une véritable menace. Sa confrontation avec Ricardo, le bibliothécaire qui a aidé Maddy, illustre bien ce déséquilibre : un homme imposant qui prend peur face à une femme armée d’un petit couteau. 

L’effet est censé être surprenant, mais sonne creux. Le climax de l’épisode repose sur un retournement de situation risqué, voire un peu tiré par les cheveux. Kate tente de tuer Charlie en la poussant du balcon. Heureusement, un coussin de sécurité installé en contrebas par le pompier voisin permet à Charlie de survivre et de piéger Kate. Même si la scène reprend avec ironie les codes de Columbo (Charlie récite presque son monologue final avant de se faire pousser), l’ensemble paraît peu crédible. La logistique nécessaire à ce piège, la légèreté avec laquelle le personnage accepte de se jeter dans le vide… Tout cela donne un côté factice à la résolution, qui détonne avec la cohérence plus solide d’autres épisodes.

 

Malgré ces faiblesses, l’épisode propose une lecture intéressante de l’environnement urbain. Pour Charlie, New York est un terrain d’expérimentation. Le vacarme constant, la diversité des situations, les rencontres imprévues pourraient agir comme une couverture. Une forme de camouflage dans le tumulte. Mais très vite, la ville révèle l’inverse. Le nombre de conflits, d’injustices et de mensonges y est peut-être plus grand, mais cela n’émousse en rien sa sensibilité. Ce n’est pas un refuge, c’est un miroir grossissant. Et plus que jamais, Charlie semble aspirer à quelque chose de plus stable, plus durable. Ce désir de fixer un point d’ancrage devient presque palpable — même si le format même de la série semble condamner cette envie.

Ce neuvième épisode s’éloigne de la dynamique fluide de « Exit Stage Death » ou « The Orpheus Syndrome », où le contexte artistique apportait une profondeur supplémentaire. Il n’atteint pas non plus l’intensité dramatique de « The Taste of Human Blood », pourtant tout aussi ancré dans un décor cliché — la Floride y servait de toile de fond à une satire plus acide, plus rythmée. Ici, le propos est plus intime, presque domestique. La relation entre Anne et Maddy reste le cœur émotionnel du récit. Leur complicité rend la trahison d’autant plus douloureuse, mais elle ne suffit pas à maintenir la tension sur toute la durée de l’épisode. L’épisode se conclut sur une note mélancolique. Anne quitte son appartement, incapable d’y rester après la mort de Maddy. 

 

Une scène sobre, marquée par une lecture poétique chargée de sens. Pour Charlie, c’est peut-être un nouveau départ, ou un dernier arrêt avant de reprendre la route. Mais ce changement de décor, cette possibilité de rester, ne sont jamais vraiment confirmés. La série joue avec cette ambiguïté, sans répondre. Peut-être parce qu’elle n’a pas encore décidé du chemin à suivre pour Charlie. Ou peut-être parce qu’elle sait que, quel que soit l’endroit, la vérité finit toujours par se manifester. « A New Lease on Death » ressemble à une pause dans la course. L’épisode explore l’idée d’une stabilité possible, mais en révèle vite les limites. Charlie ne peut pas rester, parce qu’elle attire le mensonge comme un aimant. Et même au cœur de New York, là où tout semble dilué dans l’anonymat, elle trouve encore des histoires à résoudre, des morts à pleurer, des masques à faire tomber.

 

Note : 6/10. En bref, si l’ensemble souffre d’un rythme inégal et d’un antagoniste trop caricatural, il n’en reste pas moins intéressant dans ce qu’il dit de l’évolution du personnage. L’appartement n’est qu’un prétexte ; c’est la solitude de Charlie face à un monde de faux-semblants qui reste le vrai sujet. Et cette solitude, elle n’a pas encore trouvé de remède.

Prochainement sur TF1 et TF1+

 

Retour à l'accueil

Partager cet article

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
delromainzika

Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog

Commenter cet article