16 Mai 2025
Il y a des séries qu’on regarde avec curiosité, d'autres avec impatience. Et puis il y a celles qui intriguent, mais dont on ressort en se demandant pourquoi on a tenu jusqu’au bout. The Game, diffusée sur Channel 5, appartient à cette dernière catégorie. Une mini-série en quatre épisodes, portée par Jason Watkins et Robson Green, qui tente de jouer sur les codes du thriller psychologique, sans jamais vraiment parvenir à les maîtriser. L’histoire débute avec Huw Miller, un ancien policier sur le point de prendre sa retraite. Un homme visiblement hanté par une affaire non résolue : celle du "Ripton Stalker", un tueur en série qui a échappé à la justice malgré ses efforts.
Le point de départ a tout d’un récit classique, presque rassurant : le vieux flic qui n’a jamais digéré son échec et qui voit ressurgir le passé sous une forme inattendue. Mais très vite, la crédibilité du scénario commence à vaciller. Huw semble soupçonner son nouveau voisin, Patrick, d’être lié à l’affaire. Pourquoi ? Difficile à dire. Le doute s’installe, mais pas celui qu’on attend. Ici, ce n’est pas l’intrigue qui crée la tension, mais plutôt le comportement incohérent des personnages. On ne sait jamais s’il faut rire ou s’agacer devant les situations improbables qui s’enchaînent. Le casting aurait pu donner de l’épaisseur à cette histoire.
Jason Watkins a montré par le passé qu’il pouvait incarner des personnages complexes avec beaucoup de justesse. Robson Green, quant à lui, a souvent su naviguer entre charme et menace dans ses rôles. Pourtant, ici, leurs performances semblent enfermées dans un cadre trop rigide pour leur permettre de vraiment s’exprimer. Huw, censé être un homme brisé, donne souvent l’impression d’être simplement désorienté. Ses réactions sont difficiles à comprendre, et le scénario ne lui laisse pas la place d’évoluer de manière naturelle. Quant à Patrick, son attitude oscille entre amabilité exagérée et comportement vaguement inquiétant. L’ensemble manque de finesse, et le jeu des acteurs en pâtit.
Certains échanges entre les personnages laissent perplexe. Des répliques sorties d’un générateur automatique ou presque, qui tombent à plat et nuisent au réalisme de l’ensemble. Il y a une sorte de décalage permanent entre ce que les personnages disent et ce qu’on attendrait d’eux dans une situation donnée. On assiste parfois à des scènes censées créer du suspense, mais qui tombent dans le ridicule à cause de dialogues forcés. Cela donne l’impression que les interactions sont dictées par les besoins du scénario, sans tenir compte de la logique interne des personnages.
La série suit une structure en quatre épisodes, avec l’ambition de faire monter la tension progressivement. Mais cette montée reste très relative. Chaque épisode semble reproduire les mêmes mécaniques : suspicion, confrontation, retournement artificiel. Le rythme est plat, sans réel crescendo. Le dernier épisode tente de rattraper le coup en accélérant le dénouement, mais le mal est déjà fait. Le développement des personnages a été négligé, les enjeux mal posés, et l’aboutissement manque de poids émotionnel. Au lieu de provoquer une réaction, il laisse un goût d’inachevé.
Il faut reconnaître que visuellement, la série tient la route. Les décors sont bien choisis, les éclairages contribuent à l’ambiance, et l’ensemble est plutôt propre sur le plan technique. Un détail amusant : le tournage semble s’être déroulé en Espagne, tout en essayant de faire croire à un cadre britannique. L’illusion fonctionne… à peu près. Mais même ici, tout semble trop lisse, trop formaté. La réalisation ne prend jamais de risques. Elle se contente de dérouler des codes visuels attendus, sans chercher à apporter une touche personnelle. Résultat : on regarde sans être véritablement impliqué.
La musique est omniprésente, souvent envahissante. Là où elle devrait souligner l’émotion ou amplifier le suspense, elle semble parfois vouloir compenser les faiblesses du récit. Le problème, c’est qu’elle en fait trop. Trop de sons appuyés, trop d’effets pour souligner des moments qui, au final, ne nécessitent pas tant d’emphase. Ce recours excessif à la bande-son finit par desservir l’ensemble. Plutôt que de renforcer les scènes, il en souligne la vacuité. La tension attendue devient artificielle, presque caricaturale. Ce qui frappe le plus, c’est l’accumulation d’incohérences. Des situations qui ne tiennent pas debout, des réactions absurdes, des retournements sans fondement logique.
On a beau essayer de suivre le fil, on se heurte sans cesse à des éléments qui ne fonctionnent pas. Des exemples ? Le comportement des anciens collègues de Huw, qui semblent oublier toute procédure policière élémentaire. Des interrogatoires menés n’importe comment. Des absences flagrantes de réaction dans des moments clés. On se demande parfois si les personnages vivent dans le même monde que les spectateurs. À vouloir dire trop de choses, la série ne dit finalement pas grand-chose. Y a-t-il un message sur la culpabilité, sur la paranoïa, sur les limites de la justice ? Peut-être, mais tout est traité de manière trop superficielle pour avoir un réel impact.
On devine que la série aurait voulu explorer les tourments d’un homme hanté par un échec, confronté à un doute qui le ronge. Mais cette idée, intéressante sur le papier, n’est jamais vraiment développée. Elle reste à l’état d’intention. Malgré tout, The Game peut se regarder. À condition de ne pas chercher une narration complexe ou un propos profond. Pour quelqu’un qui souhaite simplement passer le temps sans être trop sollicité intellectuellement, la série remplit sa fonction. Elle se laisse suivre, par habitude plus que par envie.
Il faut reconnaître que tout le monde n’attend pas la même chose d’une série. Certains cherchent une intrigue élaborée, d’autres une ambiance prenante, d’autres encore un simple moment de détente.
Et dans cette dernière catégorie, The Game trouve peut-être son public. Ce qui frustre le plus, c’est l’impression que la série aurait pu être meilleure. Avec un tel casting, une idée de départ correcte et une production visiblement dotée de moyens, le résultat aurait pu être à la hauteur. Mais l’exécution manque de rigueur, d’audace et de cohérence. Ce n’est pas un problème de moyens, mais de choix narratifs. Trop de facilités, trop de raccourcis, pas assez d’attention portée à la construction des personnages. Résultat : une œuvre qui donne l’impression d’avoir été précipitée.
Le dernier épisode tente de boucler l’intrigue, mais laisse plusieurs zones d’ombre. Un choix probablement stratégique pour permettre une suite, mais qui ne convainc pas. La résolution manque de force, et l’impression générale est celle d’un bricolage. Cela donne le sentiment que la série a été pensée comme un prototype, une sorte de test. Mais face aux faiblesses évidentes de l’ensemble, l’idée d’une suite semble bien peu séduisante. The Game avait tout pour attirer l’attention. Un duo d’acteurs reconnus, une thématique classique mais efficace, et une promesse de suspense. Pourtant, l’ensemble tombe à plat.
Ce n’est pas une question d’attentes trop élevées, mais plutôt de déséquilibre entre l’ambition affichée et le résultat obtenu. Cela reste un exemple intéressant de ce que peut produire la télévision lorsqu’elle cherche à remplir un créneau sans prendre le temps de construire une proposition solide. À regarder pour se faire une idée, peut-être, mais sans attendre de surprise.
Note : 2/10. En bref, c’est raté mais bon, on est un peu abonné avec Channel 5.
Prochainement en France
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