Critique Ciné : Haut les mains (2025)

Critique Ciné : Haut les mains (2025)

Haut les mains // De Julie Manoukian. Avec Emilie Caen, Vincent Elbaz et Tracy Gotoas.

 

Dans Haut les mains, Julie Manoukian signe une tentative hybride, mêlant film de casse, comédie romantique et pamphlet écolo. Un cocktail a priori intrigant, mais dont l’exécution laisse perplexe. En apparence, tout y est : une bande d’activistes engagés, un cambrioleur sur le retour, une mission contre un magnat du greenwashing. Pourtant, derrière cette façade militante, le récit s’enlise dans des choix narratifs convenus et une tonalité hésitante, diluant toute véritable portée politique. Le pitch part d’une idée simple : Bernard (Vincent Elbaz), cambrioleur vieillissant en semi-liberté, se retrouve embringué dans les plans d’un trio d’activistes autoproclamés « Green Panthères ». 

 

Les crimes contre la nature les scandalisent, les injustices faites aux femmes les révoltent : les Green Panthères, des Robins des bois d’aujourd'hui, se lancent dans le cambriolage engagé contre les pollueurs et les harceleurs. Mais pour ouvrir le coffre de leur rêve, il leur faudra s’associer à Bernard, un cambrioleur vieillissant pas très à jour sur l’éco-féminisme...

 

Leur objectif ? S’en prendre à MDR, une figure du capitalisme écologique, condensé grotesque de plusieurs personnalités bien connues du paysage médiatico-industriel. L’idée de confronter l’ancien monde (le voleur individualiste) à une jeunesse militante (les justicières écologistes) offre un point de départ fertile. Encore aurait-il fallu creuser les sillons ouverts, plutôt que de survoler les enjeux à coups de blagues faciles et de dialogues didactiques. Ce qui gêne d’abord dans Haut les mains, c’est cette volonté de ne pas choisir. Le film hésite en permanence entre l’humour bon enfant et le discours engagé, sans jamais réellement réussir à fusionner les deux. Le ton se veut léger, voire moqueur, ce qui aurait pu fonctionner dans un registre purement satirique. 

 

Mais le scénario semble ne jamais assumer pleinement cette ironie. Résultat : le propos politique perd de sa substance, l’humour tourne à vide, et la narration s’éparpille dans des séquences qui peinent à trouver leur raison d’être (les entretiens d’embauche, par exemple, paraissent ajoutés pour combler un vide plus que pour enrichir l’histoire). La structure du récit, linéaire et prévisible, n’aide pas à maintenir l’attention. On devine assez vite où tout cela va nous mener, et ce manque de surprise affecte directement l’impact du film. Même le casse central, censé être l’apogée dramatique et comique, souffre d’un manque d’ambition scénaristique. 

 

Il n’y a qu’une seule mission d’envergure, là où le genre appelle souvent une montée en puissance, une succession de plans ingénieux, ou au moins une tension croissante. Côté casting, Vincent Elbaz compose un Bernard un peu caricatural, à mi-chemin entre le voleur dépassé et le faux misogyne en voie de rédemption. Il s’amuse visiblement avec ce rôle, mais le personnage reste cantonné à une fonction de ressort comique, sans véritable évolution intérieure crédible. Quant au trio militant formé par Émilie Caen (Olympe), Tracy Gotoas (Zora) et une troisième panthère plus discrète, il manque de nuance. Olympe incarne un militantisme féministe volontariste, mais sa ferveur vire parfois à la caricature. 

 

Zora, plus vive, apporte une touche d’énergie bienvenue, mais souffre d’un traitement superficiel. Le spectateur peine à s’attacher à ces personnages, tant ils paraissent construits pour illustrer des idées plutôt que pour exister pleinement. Ce déséquilibre entre message et incarnation se retrouve aussi dans les dialogues. Trop explicites, trop écrits, ils semblent vouloir constamment marteler le propos au lieu de le laisser se déployer à travers les situations. Ce manque de subtilité nuit à la fluidité du récit et empêche toute vraie immersion. Visuellement, Haut les mains reste dans des codes très classiques, proches de ceux d’un téléfilm. L’image est propre, sans vraie intention esthétique marquée. 

 

La réalisation de Julie Manoukian ne trahit pas une absence de compétence, mais plutôt un manque de prise de risque. Certaines scènes, notamment les confrontations entre Bernard et les panthères, auraient mérité une mise en scène plus nerveuse, plus inventive. Le découpage reste sage, comme si le film craignait d’en faire trop. Ce choix de retenue pourrait se défendre, s’il n’était pas accompagné d’un récit déjà peu intense. Quant à la direction d’acteurs, elle se révèle inégale. Certains passages frôlent le surjeu, d'autres semblent tournés sans véritable conviction. Cela crée une dissonance qui affaiblit la cohésion du film. Là où l’on attendait un ton décalé assumé ou une comédie de caractère, on trouve une œuvre tiède, au rythme hésitant.

 

Ce qui demeure le plus problématique dans Haut les mains, c’est sans doute sa façon de traiter les causes qu’il prétend défendre. En multipliant les thèmes (écologie, féminisme, anti-capitalisme, violences sexuelles…), le film s’éparpille et donne le sentiment de survoler chaque sujet sans jamais les prendre réellement au sérieux. Le militantisme des Green Panthères finit par ressembler à un prétexte comique, davantage tourné en dérision qu’illustré avec sincérité. Cette approche, sous couvert d’humour, tend à désamorcer toute réflexion de fond. L’ironie aurait pu être une arme puissante si elle avait été mieux ciblée. Mais en l’état, le film donne parfois l’impression de moquer les activistes eux-mêmes plutôt que leurs adversaires. 

 

Ce glissement problématique brouille le message et peut laisser une impression de mépris mal placé. À force de vouloir rire de tout sans choisir un camp, Haut les mains finit par rire de rien. Haut les mains aurait pu être un film malin, drôle et pertinent. L’idée de revisiter le film de casse à travers une grille militante était prometteuse. Mais à force de vouloir dire beaucoup, le film ne dit pas grand-chose. Il survole ses thématiques, enchaîne des situations convenues, et peine à créer une vraie dynamique entre ses personnages. On ressort de la projection avec un sentiment d’occasion manquée. Ce n’est pas un film honteux, ni même antipathique, mais simplement trop sage, trop flou et trop convenu pour marquer durablement.

 

Note : 1/10. En bref, Haut les mains aurait pu être un film malin, drôle et pertinent mais c’est tout l’inverse, un raté en long et en large. 

Sorti le 12 février 2025 au cinéma - Disponible en VOD

 

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