14 Juillet 2025
The Gilded Age // Saison 3. Episode 4. Marriage is a Gamble.
Il est difficile de regarder The Gilded Age sans ressentir un certain tiraillement. D’un côté, la série aligne les scènes comme on aligne les perles sur un collier de perles bien trop précieuses pour être portées. De l’autre, elle donne parfois l’impression de ne jamais oser sortir des sentiers qu’elle trace elle-même. Elle joue à cache-cache avec son potentiel, hésite entre tragédie historique et satire assumée, sans vraiment se décider. L’épisode 4 ne déroge pas à cette tension. Il concentre toute l’attention autour d’un événement censé couronner la réussite sociale d’une femme qui refuse le moindre compromis : le mariage de Gladys Russell avec un duc britannique.
Sur le papier, c’est la victoire parfaite. Mais ce mariage sent l’acharnement. Un acharnement social, familial, émotionnel. Gladys, la jeune mariée, ne rayonne pas. Elle pleure. Non pas d’émotion joyeuse, mais de résignation. Elle descend l’allée avec une expression figée, submergée par le poids d’un destin qu’elle n’a pas choisi. C’est difficile de ne pas penser à d’autres figures féminines sacrifiées sur l’autel de l’ambition familiale. Il y a là quelque chose de glacial, d’impersonnel, presque mécanique. Elle devient un rouage dans la machine à grimper les échelons de sa mère. Bertha, elle, ne s’en cache pas. L’émotion qui la traverse est un soulagement teinté d’euphorie. Elle a gagné. Pas une bataille amoureuse, mais une guerre d’influence.
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Là où le monde new-yorkais l’ignorait il y a encore peu, elle est désormais belle-mère d’un aristocrate. L’élite anglaise ouvre la porte. À quel prix ? Celui de l’intimité, des liens sincères, de la liberté de sa fille. Un prix qu’elle semble trouver parfaitement acceptable. Ce qui frappe, c’est la vitesse à laquelle tout se déroule. Le mariage, loin d’être un aboutissement romantique, semble surtout être une formalité logistique. Pas de réception, pas d’adieu, pas même un dernier regard vers la famille. À peine la cérémonie terminée que Gladys est déjà sur un bateau pour l’Angleterre. Et la scène qui suit, un échange embarrassé avec son nouveau mari sur la “consommation” du mariage, ajoute encore à ce sentiment d’étrangeté.
Comme si la série elle-même ne voulait pas s’attarder sur une situation qu’elle sait inconfortable. D’ailleurs, la figure du duc reste brumeuse. Charmant en surface, mais trop lisse pour être vraiment digne de confiance. Son intérêt pour Gladys n’est jamais vraiment exploré. Il est là parce qu’il doit être là, point final. Ce flou laisse planer le doute : qu’est-ce qui attend Gladys, une fois de l’autre côté de l’Atlantique ? La série ne le dit pas. Peut-être ne le sait-elle pas non plus. Le personnage de Bertha devient de plus en plus complexe. Sa capacité à tout contrôler, à tout organiser, n’est plus simplement une force : elle vire parfois à l’inquiétant. Lorsqu’elle fait renverser du café sur la robe hideuse de sa sœur Monica, ce n’est pas juste une blague entre sœurs.
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C’est une opération délibérée, un geste pour imposer son esthétique, sa volonté, son image. Et ce qui surprend, c’est que son mari George ne semble même pas y croire. Après tant d’années ensemble, comment peut-il encore douter de ses méthodes ? Monica, de son côté, arrive avec une désinvolture bienvenue. Elle vit loin du faste, dans une certaine simplicité. Elle est intelligente, drôle, mais surtout, elle connaît très bien sa sœur. C’est peut-être pour cela que Bertha ne veut pas d’elle dans son décor : elle rappelle trop d’où elle vient. Ce rejet des origines n’est pas nouveau. Ce qui l’est, c’est la façon dont la série commence à le confronter. Le passé, que Bertha tente de réécrire ou d’effacer, revient doucement sous forme de personnages comme Monica, mais aussi par les choix que font ses enfants.
Larry, par exemple, commence à s’éloigner de la trajectoire tracée pour lui. Il tente de faire des choix, même s’ils sont encore guidés par la fortune familiale. Justement, l’intrigue autour de Jack Trotter et de son invention est un bon miroir des rapports de classe et de pouvoir. Larry, en soutenant l’idée, récolte la moitié des bénéfices. Un gain qui, aujourd’hui, représenterait une fortune. Le problème ? Jack était l’inventeur, Larry n’a été qu’un passeur. Et malgré cela, il prend une part égale. Ce déséquilibre est d’autant plus cruel que Jack ne se sent même pas légitime à quitter son travail. Il continue de servir, alors qu’il pourrait tout quitter. Il est riche, mais encore enfermé dans un monde où l’ascenseur social n’a pas encore de moteur.
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Ce passage soulève une question essentielle : que fait-on de la richesse quand on ne s’y attend pas ? Et inversement, que fait-on du pouvoir quand on n’en a jamais manqué ? Jack est ébloui mais hésitant. Larry est confiant, mais parfois aveugle. Loin du tumulte des Russell, une autre histoire se joue. Peggy, toujours brillante, continue d’affirmer ses idées dans un monde qui n’a pas prévu de lui faire de la place. Son échange avec Mrs. Kirkland sur le droit de vote des femmes est simple, mais efficace. Peggy veut tout. Pas seulement l’amour ou la maternité, mais aussi la citoyenneté pleine et entière. Elle veut écrire, voter, penser, aimer. Le contraste est fort avec le comportement condescendant et moralisateur de Mrs. Kirkland, qui représente une classe dominante qui se veut bienveillante, mais qui reste profondément méfiante envers ceux qui veulent exister autrement.
Même William, le fils, peine à affirmer ses choix. Il semble sincère, mais dominé par l’ombre écrasante de sa mère. C’est dommage, car Peggy mérite une autre forme de partenaire. Pendant que certaines cherchent l’avenir, d’autres se réfugient dans le passé. Ada, récemment veuve, fait appel à une médium pour tenter d’entrer en contact avec son défunt mari. La scène aurait pu prêter à sourire, mais elle révèle surtout une immense solitude. Ada est entourée, mais profondément seule. Ce recours au spiritisme, aussi ridicule puisse-t-il paraître, est surtout un appel à l’aide. Agnes, fidèle à elle-même, rejette ces "absurdités". Mais ce rejet cache aussi une peur : celle de voir les certitudes s’effondrer. Depuis la perte de sa fortune, Agnes est en guerre contre le changement. Elle tient à ses valeurs, mais ce sont souvent des murs plus que des fondations.
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Quant à Marian, elle continue d’évoluer à la lisière de tous les événements. Elle devient demoiselle d’honneur presque par hasard. Elle ne décide rien, ne revendique rien. Même son histoire avec Larry semble suspendue dans le vide. Ce personnage, qui aurait pu incarner une forme de modernité discrète, est trop souvent effacé. Dommage, car sa position, entre deux mondes, pourrait être un vrai pivot narratif. Ce quatrième épisode est riche. Il aligne les scènes intéressantes, les confrontations sociales, les luttes d’intérêts. Mais il manque d’éclats. Tout semble pesé, millimétré. Même les moments de tension sont retenus, comme s’il fallait éviter de trop froisser le corset de l’époque. Et pourtant, il y a des pistes qui mériteraient d’être creusées. Le personnage de Bertha, en particulier, devient de plus en plus ambigu.
Elle n’est plus simplement ambitieuse. Elle devient stratège, manipulatrice, voire cruelle. Elle ne veut pas seulement être acceptée : elle veut dominer. Mais à quoi bon, si cela signifie détruire ce qu’on prétend protéger ? Cette question plane comme un parfum entêtant sur tout l’épisode. Ce que cet épisode montre, c’est que The Gilded Age peut être plus qu’une chronique sociale figée. Lorsqu’elle ose explorer les contradictions internes de ses personnages, elle devient plus fine. Ce n’est pas tant le luxe ou les robes qui fascinent, mais ce qu’ils cachent : les renoncements, les trahisons, les sacrifices. Si la série acceptait de lâcher un peu sa rigidité, de faire respirer ses intrigues, elle pourrait surprendre. Mais pour l’instant, elle reste souvent sage. Trop sage, peut-être, pour une époque qui ne l’était pas.
Note : 7.5/10. En bref, ce que cet épisode montre, c’est que The Gilded Age peut être plus qu’une chronique sociale figée. Lorsqu’elle ose explorer les contradictions internes de ses personnages, elle devient plus fine.
Disponible sur HBO max
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