Critiques Séries : The Gilded Age. Saison 3. Episode 5.

Critiques Séries : The Gilded Age. Saison 3. Episode 5.

The Gilded Age // Saison 3. Episode 5. A Different World. 

 

Il y a des moments, dans une série, où tout ce qui a été semé jusque-là commence à éclore – parfois sous forme de fleurs, parfois sous forme de mauvaises herbes. C’est exactement ce qui se produit dans ce cinquième épisode de The Gilded Age. L’échafaudage patiemment monté autour de la famille Russell commence à vaciller, et chacun, à sa manière, tente de garder l’équilibre. Du côté de George, le virage est brutal. L’homme d’affaires solide et stratège montre désormais des signes de fébrilité. Il ne supporte plus l’opposition, même mesurée, et s’éloigne de ceux qui ne l’approuvent pas sans réserve. Ce n’est pas un simple passage à vide, c’est une transformation en cours. La loyauté ne suffit plus ; seule la soumission semble trouver grâce à ses yeux. 

 

Clay, pourtant pilier fidèle depuis longtemps, en fait les frais. Remercié sèchement, il devient la preuve tangible que George est prêt à brûler ses fondations pour tenter de gagner une bataille qu’il pressent déjà comme perdue. Les affaires ferroviaires deviennent l’obsession, le totem autour duquel gravitent toutes ses décisions. L’achat de parts dans une ligne stratégique à Chicago se heurte à des résistances inattendues, et George, au lieu de composer, s’enfonce. Ce n’est pas l’ambition qui pose problème ici, c’est l’incapacité à entendre le mot “non”. Ce refus du compromis ne relève plus du caractère, mais d’un aveuglement inquiétant. Pendant ce temps, Bertha tente encore de jouer son rôle dans le couple : soutien, partenaire, stratège sociale. 

George lui demande de séduire – au sens mondain – un membre influent pour faciliter ses tractations. Elle s’exécute. Mais l’issue du dîner déclenche une série d’accusations injustes et humiliantes. Il ne s’agit plus d’un désaccord conjugal ponctuel, mais d’une fracture qui s’élargit. Bertha n’a jamais été en retrait ; c’est elle qui a permis à la famille d’atteindre les cercles qu’elle fréquente aujourd’hui. La voir traitée comme une variable d’ajustement est une bascule douloureuse. Le malaise s’intensifie encore lorsque George découvre une lettre de Gladys. Cette dernière, désormais duchesse à l’anglaise, y exprime un mal-être profond. Ce mariage, censé asseoir les ambitions sociales de Bertha, semble se retourner contre tous. 

 

Pour George, c’est l’ultime trahison : il a investi dans ce projet, et le retour sur investissement est nul. Au lieu de chercher une solution commune, il choisit la fuite : "Ne t’attends pas à me voir à ton retour", lui dit-il. Il ne s’agit plus seulement de reproches ; c’est une menace à peine voilée de désertion. Ce qui se joue ici, c’est l’usure d’un couple qui a longtemps fonctionné comme une entreprise familiale bien huilée. L’équilibre était fragile, certes, mais réel. Désormais, chacun agit seul. Et les conséquences pourraient être irréversibles. En parallèle, Gladys vit une toute autre forme d’enfermement. Transportée en Angleterre, dans un univers de convenances et de silences, elle se retrouve sous la coupe d’une belle-sœur autoritaire, Lady Sarah. 

Le mari, Hector, n’a pas la carrure d’un protecteur. Il s’efface, tergiverse, obéit. Le quotidien de Gladys se résume à naviguer dans un océan d’exigences implicites, dans un château où elle n’est qu’une invitée permanente. Sarah ne se contente pas de veiller aux apparences ; elle dicte la conduite, licencie le personnel, impose les règles avec une rigueur glaciaire. Ce n’est pas la sévérité qui dérange, c’est l’absence totale de considération pour l’individualité de Gladys. La jeune femme n’est pas là pour exister, mais pour s’adapter. Pour se conformer. Et si elle résiste, elle disparaît. Pour autant, Gladys ne semble pas prête à céder. Il y a, derrière son regard discret, une étincelle. 

 

Une volonté discrète mais persistante de ne pas se fondre dans le moule. Son évolution reste en suspens, mais tout indique qu’elle finira par se faire entendre. Quand ce moment viendra, Lady Sarah risque d’avoir une surprise. De retour à New York, les choses ne sont guère plus apaisées. Larry, désormais sollicité par son père pour des missions importantes, tente tant bien que mal de tracer sa propre route. Il demande Marian en mariage. Elle accepte. Enfin un couple qui semble vouloir s’unir pour de bonnes raisons. Loin des tractations et des alliances d’intérêt, il y a là quelque chose de simple, presque naïf. Et peut-être pour cette raison, précieux. Mais le jour même de leurs fiançailles, Larry est envoyé en Arizona. La mission, confiée par son père, l’éloigne immédiatement de celle qu’il vient à peine de promettre d’épouser. 

Ce départ précipité n’est pas anodin. Il souligne la tension constante entre les aspirations individuelles et les devoirs familiaux. Larry n’est pas libre. Il est l’héritier. Et cela implique un certain degré d’obéissance. Sa virée nocturne à The Haymarket, juste avant son départ, ajoute une touche ambiguë à son personnage. On y perçoit une volonté de s’encanailler, de vivre sans filtre, de s’extraire des attentes. La présence de Maud Beaton, figure trouble du passé, vient réveiller d’anciennes blessures. Le choix de la revoir ou non en dira long sur ce que Larry est prêt à affronter ou à laisser derrière lui. Peggy, quant à elle, traverse l’épisode à la marge. Invitée à couvrir un événement féministe d’importance, elle fait face à une intrusion déplacée de T. Thomas Fortune, son ancien patron. 

 

L’homme, insistant et maladroit, va jusqu’à provoquer une altercation avec William, le nouveau prétendant de Peggy. Elle, fidèle à elle-même, garde le cap, refuse la compagnie imposée, et impose ses limites avec fermeté. Une présence discrète mais essentielle dans un épisode chargé. Et puis il y a les salons mondains, les événements caritatifs à Newport, les vieilles rancunes sociales qui refont surface. Aurora, fraîchement divorcée, devient persona non grata dans certains cercles, au nom d’un ordre moral aussi hypocrite qu’instable. Bertha, étonnamment, lui tend la main. Il est difficile de savoir si cela relève d’un calcul ou d’un véritable élan, mais le geste est là. Et dans un monde régi par les apparences, cela compte.

Ce cinquième épisode agit comme un révélateur. Les tensions sont partout : dans les affaires, dans les mariages, dans les ambitions contrariées. Chaque personnage semble à un carrefour. Continuer à jouer le jeu, ou risquer la rupture. Pour certains, le choix est déjà fait. Pour d'autres, il reste à venir. Il reste peu d’épisodes cette saison, et il est évident que les grandes décisions ne pourront plus être différées très longtemps. Le vernis craque. Il ne tient qu’à eux de savoir s’ils veulent le recoller, ou s’ils préfèrent enfin laisser apparaître ce qu’il y avait dessous depuis le début.

 

Note : 9/10. En bref, un épisode très réussi. 

Disponible sur HBO max

 

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