Critiques Séries : Resident Alien. Saison 4. Episode 9.

Critiques Séries : Resident Alien. Saison 4. Episode 9.

Resident Alien // Saison 4. Episode 9. Tunnel Vision.

 

À l’approche de la conclusion de cette quatrième saison (et de la série), l’épisode 9 de Resident Alien donne la sensation d’un point d’orgue imminent, même si l’exécution laisse une impression étrange de précipitation. L’impression générale : les enjeux sont là, les personnages sont en mouvement, les tensions montent… mais un flou persiste, comme si la série, à force d’élargir ses intrigues, avait du mal à resserrer ses fils narratifs. Cet avant-dernier épisode propose des retrouvailles, des adieux émotionnels, quelques révélations et une ambiance plus dense, mais aussi plus éparpillée que d’habitude. Cela donne un ensemble bancal par moments, mais non dépourvu de moments sincères et réussis.

 

L’action principale de l’épisode tourne autour de l’élimination d’un double extraterrestre ayant pris l’apparence de Liv. Une opération mouvementée, dans la veine propre à la série, avec ses éléments absurdes assumés. Le style visuel, volontairement cartoonesque, joue sur le contraste entre l'horreur d'une infiltration alien et l’attitude désinvolte des protagonistes, notamment Max, qui continue de faire preuve d’un calme déconcertant face au chaos. Mais cette victoire n’a rien de triomphal. Loin de clore le conflit, elle rappelle que la vraie Liv était toujours en danger et que cette menace n’était qu’un leurre. Ce n’est pas une fin, juste une étape. L’un des moments les plus silencieusement tragiques de l’épisode repose sur le retour de Liv. 

Celle qui cherchait depuis toujours une preuve de vie extraterrestre a fini par vivre l’expérience… mais sous sa forme la plus invasive et traumatisante. Elle ne revient pas avec des réponses, mais avec des cicatrices. L’ironie est mordante : ce qu’elle désirait passionnément s’est retourné contre elle. Ce revirement offre aussi un miroir aux doutes du shérif Mike. Ce dernier, souvent moqué pour son pragmatisme borné, se retrouve confronté à l’irréfutable. L’existence des extraterrestres n’est plus une théorie, c’est un fait, et il l’a appris de la manière la plus brutale : en voyant celle qu’il protège depuis toujours brisée. Le parcours d’Asta dans cet épisode marque une rupture profonde. Après une expérience de mort imminente, la voilà propulsée dans un entre-deux spirituel, flottant, où le temps n’existe plus. 

 

C’est dans cette parenthèse suspendue qu’elle trouve enfin un certain apaisement… et une réponse intérieure : elle ne peut plus rester à Patience. Ce choix, loin d’être anodin, résonne avec ce que la série a montré d’elle depuis plusieurs épisodes : un personnage en quête de sens, constamment tiraillée entre attachement et nécessité de partir. Sa décision n’est pas une fuite, mais une affirmation. Depuis le tout début de la série, Harry s’est lentement imprégné de l’humanité qu’il était censé anéantir. Ce neuvième épisode le montre comme un personnage en transition, presque résigné à accepter ses émotions. Son lien avec Asta, son attachement à la ville, et même ses préoccupations sur le régime végétarien de son amie témoignent de son changement.

Mais surtout, il choisit de partir. Pas comme un fugitif, mais comme un être conscient que son évolution est achevée à Patience. Son projet de rejoindre Heather, aussi étrange soit-il, prend un sens nouveau : c’est un désir de se fixer, de s’enraciner, même sous une autre forme. Ce personnage, souvent relégué au rôle d’amie un peu brute mais loyale, prend dans cet épisode une dimension bien plus intime. Sa réaction à l’hospitalisation d’Asta, son incapacité à gérer ce qu’elle ressent autrement que par des blagues ou du sarcasme… Tout ça dessine une personne en pleine bascule. Le passage à vide qu’elle vit, teinté de sobriété et de confusion, n’est pas entièrement convaincant sur le plan narratif — trop rapide, sans réelle construction — mais il apporte une vraie intensité émotionnelle. 

 

D’Arcy est enfin autorisée à ressentir, à exister autrement qu’en second plan comique. Une des forces de Resident Alien réside dans sa capacité à laisser les enfants être des vecteurs de vérité. Max, en particulier, s’impose de plus en plus comme la voix lucide du groupe. Il n’est plus l’enfant rejeté du début, mais un acteur à part entière de la lutte. Sa confrontation avec ses parents sur leur incompétence parentale est un des moments les plus justes de l’épisode. Sahar, elle, reste en retrait, mais sa simple réaction à la prise de risque de Max — un « ne meurs pas » lancé comme une prière — suffit à exprimer l’attachement et la peur partagés. L’épisode tente encore de donner de la place à Kate, Ben, et à leur dynamique familiale. 

Si l’intention est louable, leur évolution semble plaquée. Le revirement de Kate vers une version survoltée de la mère protectrice fonctionne sur le plan symbolique, mais laisse peu de traces durables. Quant à Ben, il essaie toujours de « faire mieux », sans que cela prenne réellement de l’épaisseur. Côté D’Arcy, les réunions des AA et les confessions lacrymales commencent à tourner en rond. Son personnage a besoin d’un cap clair, pas seulement de variations émotionnelles. Le sentiment d’avoir fait le tour est difficile à ignorer. Ce qui frappe, c’est cette impression diffuse que la série arrive au bout de son souffle. Le montage accéléré, les résolutions en cascade, les surprises de dernière minute donnent l’image d’un sprint final un peu désorganisé. Le rythme est là, mais la cohérence en pâtit.

 

Certains retournements paraissent sortis du chapeau — à commencer par le revirement de l’intrigue dans les tunnels de Patience ou l’apparition tardive de nouvelles menaces. L’accumulation de secrets révélés à la hâte donne l’impression d’un dernier tour de piste avant extinction des feux. Et puis il y a cette dernière réplique. Celle d’Asta, réveillée, regard fixe, prononçant ces mots : « Ils sont là. » De quoi relancer la tension… ou complexifier encore une trame déjà bien chargée. Qui sont ces « Ils » ? Une nouvelle faction alien ? Le Conseil ? Les conséquences des décisions passées ? Difficile de dire si la série saura livrer une conclusion à la hauteur de cette accumulation. Le risque est réel que tout s’achève dans un fouillis symbolique plus que dans une vraie clôture narrative.

Mais cette phrase, bien que classique dans sa forme, a au moins le mérite de maintenir une attente. Ce neuvième épisode s’inscrit dans la continuité d’une saison marquée par la mutation. Tous les personnages sont confrontés à un besoin de changement, qu’il soit choisi ou imposé. Asta veut partir, Harry aussi. Liv a perdu ses repères. Max grandit trop vite. Et Patience elle-même semble s’effondrer sous le poids de ses secrets. La série a toujours navigué entre science-fiction, comédie et drame intime. Cet épisode tente de maintenir cet équilibre, sans y parvenir totalement. Mais ce qu’il dit sur les transformations, sur le fait de devenir autre, ou de se perdre en route, reste fidèle à l’ADN du show.

 

L’épisode 9 de la saison 4 de Resident Alien ressemble à un avant-dernier chapitre qui aurait pu, peut-être, faire office de conclusion. Il y a des résolutions, des séparations, des révélations. Mais il reste encore une marche. Une dernière. Et l’inquiétude est là : est-ce que cette ultime étape sera à la hauteur de l’histoire racontée jusqu’ici ? Une chose est sûre : le souffle faiblit, mais l’attachement reste. Il ne reste plus qu’à espérer que le final, aussi imprévisible soit-il, permette de refermer ce chapitre sans regrets.

 

Note : 6.5/10. En bref, l’épisode 9 de la saison 4 de Resident Alien ressemble à un avant-dernier chapitre qui aurait pu, peut-être, faire office de conclusion. Mais l’inquiétude est là : est-ce que cette ultime étape sera à la hauteur de l’histoire racontée jusqu’ici ?

Prochainement sur Universal+ et Syfy France

 

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