Plan B (2023) (Saison 3, 6 épisodes) : une histoire de temps, de deuil et de parentalité

Plan B (2023) (Saison 3, 6 épisodes) : une histoire de temps, de deuil et de parentalité

La troisième saison de la version anglophone Plan B. Comme les deux précédentes, elle repose sur le même concept : la possibilité de revenir en arrière pour corriger le cours de sa vie. Mais cette fois-ci, le récit ne suit pas un couple en crise ou une personne prisonnière de ses choix professionnels. La saison se concentre sur un drame intime et brutal : une mère face au suicide de sa fille (qui est aussi l’intrigue de la saison 1 - et seule saison - de l’adaptation de la série par TF1 en 2021). Avec ses six épisodes, cette nouvelle intrigue choisit d’explorer une thématique universelle, celle du lien parent-enfant et de la difficulté d’accepter que l’amour, même sincère et profond, ne suffit pas toujours à empêcher une tragédie. 

 

Je vais revenir sur les principaux éléments de l’histoire, sur les choix de mise en scène, sur les performances des acteurs et sur les questions plus larges que cette saison soulève. La série suit Abigail Walker, animatrice d’une émission matinale, personnalité médiatique engagée et mère de deux enfants. Tout bascule pour elle lorsque sa fille adolescente, Lucy, met fin à ses jours. L’événement est filmé et raconté sans détour, plongeant immédiatement le spectateur dans un mélange de douleur, de sidération et de colère. L’arrivée d’Plan B dans l’histoire, sous la forme d’une mystérieuse agence offrant de remonter le temps, introduit la dimension science-fiction. Mais contrairement à beaucoup d’autres fictions temporelles, l’accent n’est pas mis sur le « comment » technique. 

 

Ce qui compte, ce sont les conséquences psychologiques et émotionnelles d’une telle possibilité. Pour Abigail, la question n’est pas de savoir si cela fonctionne. Elle est plutôt : que changer, et jusqu’où aller pour éviter l’irréparable ? Le voyage temporel dans cette saison ne ressemble pas à une aventure héroïque. C’est un outil qui renvoie sans cesse Abigail à ses propres contradictions. Elle pense pouvoir sauver Lucy en corrigeant certains gestes, certaines décisions, mais chaque tentative révèle d’autres failles. Empêcher une relation toxique, organiser la vie différemment, changer son approche éducative : toutes ses interventions échouent à offrir la stabilité qu’elle espère. Pire encore, elles créent de nouvelles fractures. 

 

Cette mécanique narrative insiste sur une idée forte : il n’existe pas de solution simple à la souffrance d’autrui. À travers ce dispositif, la saison pose une question centrale : jusqu’à quel point un parent peut-il contrôler ou influencer la destinée de son enfant ? Abigail est décrite comme une femme active, respectée, combative, mais aussi en proie à un besoin de maîtrise. Son rôle d’animatrice et son engagement militant la placent dans une posture publique d’autorité. Pourtant, dans sa sphère privée, ce besoin de contrôle devient un piège. Avec Lucy, elle oscille entre surprotection et maladresse. Son amour est indéniable, mais il se traduit souvent par une incapacité à laisser respirer sa fille. Cette tension est au cœur du récit. 

 

Chaque retour dans le passé la confronte à ce paradoxe : vouloir aider en imposant, vouloir protéger en enfermant. Cette dimension rend le personnage d’Abigail complexe et crédible. Elle n’est ni une héroïne infaillible ni une mère caricaturale. Elle est faillible, et c’est dans cette fragilité que la saison trouve sa puissance émotionnelle. Lucy, jouée par Arianna Shannon, est au centre du récit, même si c’est à travers le regard de sa mère. L’adolescente est présentée comme fragile, tiraillée entre ses ambitions, ses doutes et ses relations amoureuses destructrices. La série ne réduit jamais son geste dramatique à une seule cause. Il est le résultat d’un ensemble : pression scolaire, solitude, rapport compliqué à l’image de soi, absence de repères stables. 

 

Le choix narratif d’explorer ces multiples facteurs évite de transformer son suicide en simple élément déclencheur. Cette représentation rend le personnage touchant et met en lumière un thème rarement traité avec autant d’insistance dans une fiction de science-fiction : la santé mentale des adolescents. Si Abigail et Lucy forment le cœur de la saison, d’autres personnages apportent une dimension essentielle au récit. Nick, l’ex-mari, incarne la voix d’un père plus en retrait mais non moins affecté. Ses désaccords avec Abigail montrent la difficulté à trouver une ligne commune dans l’éducation après une séparation. Manny, collègue et compagnon secret d’Abigail, illustre la manière dont la sphère professionnelle et intime s’entrecroisent, parfois de manière embarrassante.

 

Les amis de Lucy, ses rivaux sportifs, son entourage scolaire participent à créer un environnement crédible, jamais réduit à une opposition manichéenne. Ces personnages secondaires ne sont pas accessoires. Ils rappellent que la souffrance d’un adolescent ou d’un parent se déploie dans un tissu social plus large. Visuellement, la saison opte pour une réalisation qui privilégie l’immersion émotionnelle. Une scène marquante illustre ce choix : la découverte du corps de Lucy. Filmée en temps réel sur une longue séquence, elle place le spectateur dans une position inconfortable, presque intrusive. L’usage des retours dans le temps est également sobre. Pas d’effets spéciaux clinquants, mais un glissement narratif fluide. 

 

Cette approche met l’accent sur les personnages et non sur la mécanique. Cette sobriété permet de garder le spectateur concentré sur ce qui compte vraiment : les conséquences humaines de chaque tentative. Contrairement à d’autres récits de voyage temporel, cette saison ne cherche pas à fournir une explication scientifique ou à résoudre toutes les incohérences. Les règles de Plan B restent mystérieuses. Ce flou peut frustrer certains, mais il sert aussi le propos : l’important n’est pas de comprendre le mécanisme, mais d’interroger ce qu’on ferait soi-même avec une telle possibilité. La saison rappelle que toute tentative de corriger le passé entraîne d’autres pertes. 

 

Sauver Lucy d’un danger entraîne une autre fragilité ailleurs. En filigrane, le message est clair : accepter fait parfois plus grandir que corriger. Arrivée à sa troisième saison, la série commence à montrer les contraintes de son dispositif narratif. Revenir sans cesse sur l’idée de remonter le temps peut donner une impression de répétition. Ceux qui connaissent déjà les deux premières histoires peuvent deviner certaines mécaniques. Cependant, la force de cette saison réside dans le fait qu’elle ne repose pas uniquement sur le suspense. Le cœur de l’expérience, c’est la relation entre Abigail et Lucy, avec toutes ses aspérités. C’est ce qui permet d’éviter que la mécanique du voyage temporel tourne à vide. En choisissant d’aborder le suicide adolescent, la saison prend un risque. 

 

Mais elle le fait avec sérieux, sans sensationnalisme. Le récit met en avant la complexité des causes et la douleur des proches, tout en évitant de proposer une morale simpliste. Il y a aussi une réflexion plus large sur le rôle des parents. Jusqu’où faut-il guider ? À quel moment faut-il lâcher prise ? Ces questions trouvent un écho particulier dans une société où la pression sur les performances scolaires et sociales des jeunes est omniprésente. L’adaptation anglophone s’éloigne ici de la version québécoise. Alors que la saison 3 francophone abordait les violences conjugales, la version de 2025 privilégie une approche familiale et intime. Ce choix change l’échelle du récit. Plutôt que de traiter d’un phénomène social global, la série s’attarde sur les fractures intérieures d’une famille. 

 

Ce déplacement de perspective enrichit l’anthologie : chaque saison explore un visage différent de la souffrance et du désir de réécrire le passé. La conclusion de la saison refuse la clarté. Certains éléments restent ambigus : qu’advient-il exactement de Lucy après les multiples voyages ? Les versions temporelles se superposent sans explication nette. L’important, encore une fois, n’est pas de résoudre le puzzle mais d’accepter l’idée qu’il n’existe pas de réparation parfaite. Abigail finit par comprendre que son désir de maîtrise est une illusion. La véritable paix ne vient pas de la victoire sur le destin, mais de l’acceptation de ses limites. Au terme de ces six épisodes, ce qui me marque le plus n’est pas tant la mécanique du voyage dans le temps que le portrait d’une mère face à l’impossible. 

 

Abigail n’est pas parfaite, mais sa lutte incarne un dilemme universel : comment aimer sans enfermer, comment protéger sans étouffer. La série n’apporte pas de solution, et c’est sans doute sa plus grande force. Elle laisse le spectateur avec des questions dérangeantes, peut-être même personnelles. La saison 3 de Plan B s’inscrit dans la continuité du concept de l’anthologie tout en l’ancrant dans une réalité plus intime. En explorant le lien mère-fille à travers le prisme du deuil et du voyage temporel, elle propose une expérience télévisuelle qui pousse à la réflexion plus qu’à la simple distraction.

 

Si certains pourront trouver que la mécanique du temps commence à s’user, le poids émotionnel de l’histoire compense largement. Plus qu’un récit de science-fiction, cette saison est une méditation sur la parentalité, la douleur et l’impossibilité de tout contrôler.

 

Note : 6/10. En bref, la saison 3 de Plan B s’inscrit dans la continuité du concept de l’anthologie tout en l’ancrant dans une réalité plus intime. En explorant le lien mère-fille à travers le prisme du deuil et du voyage temporel, elle propose une expérience télévisuelle qui pousse à la réflexion plus qu’à la simple distraction.

Prochainement en France

Disponible sur CBC Gem, accessible via un VPN

 

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