Critique Ciné : The Penguin Lessons (2025, direct to SVOD)

Critique Ciné : The Penguin Lessons (2025, direct to SVOD)

The Penguin Lessons // De Peter Cattaneo. Avec Steve Coogan, Jonathan Pryce et Vivian El Jaber.

 

Adapté des mémoires de Tom Michell, The Penguin Lessons transpose à l’écran une histoire véridique : celle d’un professeur britannique qui, dans l’Argentine troublée de 1976, se retrouve malgré lui à recueillir un pingouin rescapé d’une marée noire. Derrière ce pitch singulier, entre comédie dramatique et chronique historique, le film tente de conjuguer la légèreté d’une fable animalière et la gravité d’un contexte politique marqué par la dictature militaire. En ressort un long-métrage à la fois attachant et bancal, porté par Steve Coogan dans un rôle inhabituel pour lui, où l’humour pince-sans-rire cohabite avec une réflexion sur l’engagement, la solitude et la nécessité de s’ouvrir aux autres.

 

Un Anglais part travailler dans une école en Argentine en 1976. S'attendant à une vie facile, il découvre au contraire une nation divisée - et une classe de jeunes garçons turbulents. Lorsqu'il trouve un petit pingouin échoué sur une plage souillée par le pétrole, sa vie va en être bouleversée.

 

Au cœur de l’histoire, il y a Tom Michell, professeur d’anglais fraîchement débarqué dans un prestigieux établissement de Buenos Aires. Débarqué en pleine effervescence politique, il semble davantage préoccupé par ses propres désillusions que par les tensions qui enflamment les rues. Les disparitions d’opposants, les slogans vite recouverts de peinture, les soldats armés à chaque coin de rue ne le touchent qu’à la marge. C’est un homme qui préfère détourner le regard, se réfugier dans sa routine, ou s’échapper pour une virée nocturne. Mais un événement vient fissurer cette indifférence. Lors d’une escapade en Uruguay, Michell croise la route d’un pingouin englué dans le pétrole. Par dépit plus que par héroïsme, il tente de le sauver et se retrouve contraint de l’adopter. 

 

Baptisé Juan Salvador, l’animal devient vite une présence envahissante, mais aussi un catalyseur de transformation. À travers ce compagnon improbable, le professeur retrouve un lien avec ses élèves, avec ses collègues, et avec une part de lui-même qu’il croyait éteinte. Voir Steve Coogan incarner un homme meurtri, détaché de tout et soudain bouleversé par l’arrivée d’un pingouin peut surprendre. Habitué aux rôles ironiques et distanciés, l’acteur prête à Michell une froideur initiale qui sert bien le propos. Son jeu dépouillé empêche l’histoire de sombrer dans le pathos. Pourtant, ses premiers pas dans le rôle manquent de naturel : certaines scènes, notamment la séquence du sauvetage de l’animal, paraissent étrangement mécaniques. 

 

Heureusement, le film gagne en justesse au fil de la progression du personnage. À ses côtés, Jonathan Pryce incarne un directeur d’école rigide, symbole d’une institution plus soucieuse de respectabilité que de valeurs. Quelques seconds rôles apportent des touches de fraîcheur, mais la vraie vedette reste bien évidemment le pingouin. Impossible de ne pas sourire face à cet animal qui, par sa simple présence, désamorce les tensions et incarne une forme d’innocence face à la brutalité du monde. Sur le papier, The Penguin Lessons a tout du feel-good movie : un animal attendrissant, un professeur en quête de rédemption, et une série de situations cocasses où l’intrusion du pingouin vient bouleverser l’ordre établi. 

 

Certaines séquences fonctionnent, notamment celles où l’animal devient le trait d’union entre Michell et ses élèves, ou quand il s’invite dans les moments de solitude du professeur. Mais derrière cette légèreté se cache une toile de fond autrement plus sombre : l’Argentine de 1976, avec son climat de peur et de surveillance. Le contraste est saisissant, parfois trop. Le film effleure les horreurs de la dictature – disparitions, répression, censure – sans jamais s’y plonger vraiment. Ce choix peut se comprendre : il s’agit avant tout de raconter une histoire intime, inspirée d’une rencontre improbable entre un homme et un animal. Pourtant, ce déséquilibre laisse un sentiment mitigé.

 

L’un des aspects frustrants du film réside dans son traitement du contexte politique. Le spectateur aperçoit des soldats dans la rue, entend des conversations inquiétantes entre travailleurs, ou devine la peur qui plane sur les plus jeunes. Mais ces éléments restent périphériques, comme si le film hésitait à choisir entre chronique politique et comédie tendre. Résultat : les enjeux historiques semblent parfois réduits à de simples toiles de fond. Cela ne veut pas dire que le film ignore totalement la gravité de l’époque. Au contraire, certains passages rappellent avec subtilité la menace permanente de la répression. Mais ces moments arrivent souvent en décalage avec le ton global, qui privilégie l’humour discret et le charme animalier.

 

Visuellement, The Penguin Lessons joue sur une esthétique volontairement datée, comme si le réalisateur avait voulu donner au film l’apparence d’une chronique retrouvée. Les couleurs légèrement passées, les plans serrés dans l’école, et l’insertion d’images d’archives apportent une atmosphère particulière, oscillant entre réalisme historique et conte romancé. Cependant, ce parti pris peut déstabiliser. Par moments, l’effet de style détourne l’attention de l’histoire elle-même. Heureusement, la mise en scène sait aussi se faire plus sobre, notamment dans les scènes de complicité entre Michell et son compagnon à plumes. Ces moments-là dégagent une sincérité qui manque ailleurs.

 

Ce qui reste, malgré les maladresses, c’est la trajectoire d’un homme qui, grâce à une rencontre inattendue, se réconcilie avec la vie. Le pingouin devient le symbole de cette renaissance : en prenant soin d’un être vulnérable, Michell apprend à se réinvestir dans son métier, à tendre la main aux autres, à renouer avec son humanité. L’animal agit comme un miroir de sa propre fragilité. À travers lui, le professeur comprend que la survie ne dépend pas seulement de l’instinct, mais aussi du lien avec les autres. Dans un pays où tant de vies disparaissent brutalement, ce message résonne avec une force particulière, même si le film n’exploite pas pleinement cette dimension.

 

The Penguin Lessons n’est ni un grand film politique, ni une comédie animalière légère. C’est un objet hybride, parfois maladroit, parfois touchant, qui tente de concilier la légèreté d’un conte et la gravité de l’Histoire. Steve Coogan surprend par son interprétation, le pingouin attendrit par sa simple présence, et quelques séquences réussies rappellent la puissance des récits les plus improbables. Cependant, le film peine à trouver son équilibre. Le contexte historique semble trop peu exploité pour donner un véritable poids dramatique, tandis que la comédie légère n’assume pas totalement son potentiel. 

 

Le résultat, sympathique mais inégal, laisse un goût partagé : celui d’une belle idée qui méritait un traitement plus audacieux. Malgré cela, le charme agit par moments. Le pingouin, figure de résilience et de lien, incarne à lui seul ce que le film réussit le mieux : rappeler que parfois, ce sont les rencontres les plus inattendues qui nous réapprennent à vivre.

 

Note : 6/10. En bref, The Penguin Lessons n’est ni un grand film politique, ni une comédie animalière légère. C’est un objet hybride, parfois maladroit, parfois touchant, qui tente de concilier la légèreté d’un conte et la gravité de l’Histoire. 

Prochainement en France en SVOD

 

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