28 Novembre 2025
Stranger Things // Saison 5. Episode 2. Chapter Two: The Vanishing of…
La cinquième saison de Stranger Things arrive avec de fortes attentes, surtout après une pause particulièrement longue. L’épisode 2 cherche à placer les enjeux au cœur de l’intrigue tout en exposant les nouvelles lignes de fracture entre les personnages. Malgré quelques passages réussis, un sentiment de redondance s’installe dès les premières minutes et ne quitte plus vraiment l’épisode. L’intention semble claire : rappeler les traumatismes, renforcer la menace et accélérer le rythme. Pourtant, beaucoup d’éléments paraissent recyclés, comme si la série fonctionnait désormais en circuit fermé, rejouant des scènes émotionnelles qui avaient déjà trouvé leur place dans les saisons précédentes.
L’un des axes centraux de cet épisode repose sur la disparition de Holly. Le lien entre la fillette et Henry ne surprend pas vraiment ; l’épisode précédent laissait déjà un indice visuel assez explicite. En découvrant que Henry se sert d’elle pour atteindre les autres, la narration cherche à imposer un sentiment d’urgence, mais celui-ci reste limité par une mise en scène trop attendue. La révélation n’en est donc pas vraiment une, réduisant l’impact dramatique d’un événement qui aurait pu bouleverser davantage l’épisode. Le retour de Vecna en filigrane apporte tout de même une forme d’inquiétude. Le personnage demeure l’un des antagonistes les plus marquants de la série, et sa volonté de vengeance continue d’alimenter les moments les plus efficaces.
La disparition d'Holly ouvre ainsi une piste intéressante : l’ennemi ne cherche pas seulement à tuer, mais à manipuler en profondeur, en s’attaquant aux membres les plus vulnérables. La saison 5 semble vouloir revenir à ce qui a auparavant fonctionné, parfois au point de tourner en rond. L’épisode multiplie les confidences intimes qui reproduisent des échanges déjà vus. Le cas de Robin en est l’exemple le plus flagrant. Sa discussion autour de sa relation amoureuse, réitérée à nouveau ici, rappelle presque mot pour mot ce que la série avait déjà exposé auparavant. Rien n’est réellement ajouté, et la démonstration peine à enrichir le personnage. Le duo Hopper–Eleven suit malheureusement la même trajectoire.
Leur moment d’intimité dans l’Upside Down reprend des thèmes déjà traités en saison 2 et en saison 3 : la peur de la perte, le traumatisme d’un parent, la difficulté à laisser grandir un enfant en danger. Leur relation reste touchante, mais la scène manque de nouveauté. Hopper répète ses inquiétudes, Eleven sert de réceptacle émotionnel, et l’épisode avance peu. Ce recyclage nuit à l’évolution narrative et donne une impression étrange : les personnages semblent figés dans des boucles émotionnelles, comme si la série refusait de les laisser mûrir réellement. L’élément le plus marquant de l’épisode reste l’attaque chez les Wheeler. Le foyer, longtemps traité comme un décor secondaire, devient soudain un espace de vulnérabilité.
L’agression brutale du Demogorgon apporte une atmosphère plus oppressante, et la réaction de Karen, prête à se sacrifier pour protéger sa fille, constitue un moment solide visuellement comme émotionnellement. Mais cette séquence soulève aussi une frustration : la série semble hésiter à franchir des limites pourtant nécessaires pour densifier le drame. Karen survit alors que la situation annonçait clairement l’inverse, et cette survie fragilise l’impact. Le choix de laisser les parents en vie réduit l’envergure du danger que Vecna est censé représenter. Tout paraît soigneusement calibré pour ne pas heurter le spectateur, alors qu’un tournant plus sombre aurait offert une profondeur supplémentaire.
Le comportement de plusieurs personnages surprend, et pas dans le bon sens. Mike, par exemple, réagit à la condition de ses parents avec une distance difficile à justifier. Sa froideur, plus marquée que la simple maladresse émotionnelle qui fait partie de son identité, donne l’impression d’un personnage réécrit pour les besoins immédiats de l’épisode. Jonathan traverse un problème similaire, semblant détaché au point de rendre sa présence presque artificielle. Même Steve, pourtant construit progressivement comme une figure plus mature, affiche une attitude décalée. Sa réaction face à Dustin manque de cohérence avec l’évolution qu’il avait connue dans les saisons précédentes.
Cette rupture crée un déséquilibre dans la dynamique des personnages, comme si chacun devait temporairement perdre sa logique interne pour servir la narration. L’un des aspects les plus troublants concerne la vitesse à laquelle les personnages reconstituent les événements. La série avait, par le passé, pris soin de construire progressivement les indices, rendant les découvertes pertinentes et méritées. Ici, tout paraît expédié. Les théories prennent forme quasi instantanément, les révélations se succèdent sans véritable construction, et le spectateur n’a plus vraiment l’espace nécessaire pour ressentir de la curiosité. L’exemple le plus représentatif est probablement la réflexion autour de Vecna et du lien mental avec Will.
Les images, les voix, les visions : tout est assimilé, expliqué puis validé en quelques minutes, comme si l’épisode cherchait à se débarrasser de la dimension mystérieuse pourtant essentielle à l’identité de Stranger Things. Malgré ces défauts, l’épisode ne manque pas de points forts. L’ouverture, très travaillée, installe une ambiance directe et efficace. La réalisation profite du budget conséquent pour offrir des scènes d’action visuellement solides et des environnements plus imposants. Le passage dans l’Upside Down, notamment la découverte du mur vivant, apporte une dimension intéressante à l’univers déjà établi. Certaines duos fonctionnent encore, et leurs scènes rappellent la richesse de la série lorsqu’elle s’appuie sur des relations bien construites.
Hopper et Eleven, malgré la répétition de leurs échanges, possèdent une alchimie authentique. Dustin et Steve conservent une dynamique attachante, même si l’écriture ne leur sert pas toujours. La présence de nouveaux visages, comme celui interprété par Linda Hamilton, apporte une énergie différente et enrichit les scènes où elle apparaît. Ce qui ressort finalement de cet épisode, c’est une hésitation permanente. La saison veut montrer qu’elle monte en intensité, mais refuse de prendre des risques narratifs. Chaque blessure semble réversible, chaque mort évitée, chaque tension rapidement désamorcée.
L’univers paraît pourtant réclamer depuis longtemps une prise de position claire : accepter la possibilité de pertes conséquentes ou assumer une direction plus légère. Le traitement de Holly illustre parfaitement ce tiraillement. Le fait que Henry se présente à elle sous une apparence rassurante puis l’enferme dans un monde figé dans le passé donne une image forte, mais la scène manque de profondeur émotionnelle. Le spectateur voit la menace, mais pas les répercussions. Même l’idée de Will comme “récepteur” mental semble intéressante au premier abord, mais elle risque d’enfermer le personnage dans un rôle déjà trop exploré dans les saisons précédentes.
La scène finale, où Henry accueille Holly dans la maison Creel restaurée, représente l’un des moments les plus intrigants de l’épisode. La vision d’un lieu abandonné réinventé en refuge trompeur renforce la dangerosité du personnage. Malgré tout, cette bonne idée ne suffit pas à effacer les problèmes structurels qui traversent l’ensemble de l’épisode. Cet épisode de la saison 5 de Stranger Things tente d’intensifier les enjeux en mettant la famille Wheeler au centre du danger, en amplifiant la présence de Vecna et en développant l’univers mental autour de Will. Pourtant, la progression reste freinée par un recours trop fréquent à des schémas déjà utilisés, une écriture parfois incohérente et une prudence excessive concernant le sort des personnages.
Note : 6.5/10. En bref, une tension affichée, mais un effet de déjà-vu persistant. La saison semble vouloir avancer tout en restant accrochée à ses vieilles habitudes. Certains moments fonctionnent, d’autres paraissent creux. L’ensemble laisse un goût mitigé, entre curiosité pour la suite et inquiétude quant à la capacité de la série à conclure dignement son histoire.
Disponible sur Netflix
Retrouvez sur mon blog des critiques de cinéma et de séries télé du monde entier tous les jours
Voir le profil de delromainzika sur le portail Overblog