Critiques Séries : Stranger Things. Saison 5. Episode 3.

Critiques Séries : Stranger Things. Saison 5. Episode 3.

Stranger Things // Saison 5. Episode 3. Chapter Three: The Turnbow Trap.

 

Trois épisodes seulement, et Stranger Things retrouve enfin quelque chose qui ressemble à son identité première. Ce troisième chapitre, « The Turnbow Trap », marque une rupture nette avec l’ouverture laborieuse de la saison. La mise en scène se resserre, l’action respire davantage et l’ensemble semble enfin animé d’une cohérence interne qui faisait cruellement défaut aux deux précédents segments. Pourtant, cette amélioration ne masque pas complètement les défauts structurels qui parasitent encore ce cinquième acte de la saga, et c’est précisément ce mélange de retour en forme et de maladresses persistantes qui fait de cet épisode un objet fascinant à disséquer.

 

Ce qui frappe d’abord, c’est cette impression presque nostalgique de retrouver une mécanique familière : un groupe d’adolescents aux abois, un plan improvisé avec une énergie de survie adolescente, un monstre qui rôde et un piège qui se referme. Le piège tendu à la Turnbow House a, malgré son absurdité assumée, une efficacité presque jubilatoire. La scène évoque les bricolages ingénieux et un peu fous des premières saisons, cette manière de transformer un salon suburbain en champ de bataille contre une créature issue d’un cauchemar. Mais ce plaisir rétro masque une tension plus profonde, car l’épisode met en place, sans le résoudre encore, un paradoxe central du scénario : Will, censé guider les autres grâce à ses visions, reste exposé à la surveillance psychique de Vecna. 

 

Que le personnage échappe totalement à cette logique, et que le scénario traite sa vulnérabilité comme une révélation de fin d’épisode, révèle un problème d’écriture plus qu’un intentionnel retournement dramatique. L’épisode demande au spectateur d’oublier temporairement une information essentielle pour que la mécanique du twist fonctionne, ce qui produit un effet artificiel plutôt qu’un choc narratif. En parallèle, la situation de Holly, enfermée dans une sorte d’antichambre mentale ou dimension secondaire façonnée par Vecna, continue de hanter l’épisode. Les scènes où elle évolue dans cet espace idéalisé ont une qualité presque onirique, comme si Stranger Things tentait de retrouver la poésie sombre qui entourait autrefois le Monde à l’Envers. 

 

Pourtant, un flou volontaire persiste quant à la nature exacte de cet environnement. Est-ce une projection psychique, une anomalie dimensionnelle, une illusion générée par Vecna ou une zone hybride encore inconnue dans la mythologie de la série ? Ce flou n’est pas un défaut ; il crée une tension, une attente, un mystère qui permet à l’arc narratif de Holly d’exister au-delà du simple prétexte. Le surgissement final de Max, vivante dans cet espace alors qu’elle n’est plus en état de l’être dans la réalité, constitue la première vraie secousse émotionnelle de la saison. Mais même ce moment, puissamment mis en scène, laisse une ambiguïté fondamentale : la Max que l’on voit est-elle la véritable Max, une rémanence mentale, ou une forme d’écho psychique piégé par Vecna ?

 

Dans un autre registre, la patte de Frank Darabont, qui revient à la réalisation, laisse transparaître un conflit presque visible entre une vision esthétique forte et un scénario qui ne lui laisse jamais le temps d’installer ce qu’il sait faire mieux que quiconque, à savoir la tension par le silence, par l’espace, par l’immobilité. Le Turnbow Mill aurait pu être un écrin parfait pour ce style : un lieu industriel, abandonné, suintant la menace. Darabont y insuffle de belles respirations, notamment dans les scènes de Hopper, mais ces moments semblent étranglés par une narration qui refuse l’économie de gestes et de mots. 

 

Là où son travail dans The Walking Dead savait laisser les personnages exister avant que l’horreur ne les rattrape, Stranger Things semble constamment pressé de passer à la scène suivante. On sent presque le réalisateur lutter pour laisser vivre une ambiance que le montage et la structure n’autorisent pas vraiment. L’autre ligne narrative majeure, celle d’Eleven et Hopper, combine moments de tension réussis et dialogues trop didactiques. Hopper fonctionne mieux que jamais lorsqu’il traverse des espaces menaçants avec cette fatigue héroïque qui le caractérise depuis la saison deux. Mais Eleven reste enfermée dans une écriture toujours plus ésotérique, faite d’indices symboliques qui n’ont pas encore de sens concret. 

 

Cela affaiblit la portée émotionnelle de son arc, justement parce que la série a déjà prouvé, dans ses meilleures scènes passées, qu’Eleven n’a jamais eu besoin d’une surcharge de mystique pour exister comme personnage. C’est sa vulnérabilité humaine, et non ses visions cryptiques, qui a toujours constitué le cœur émotionnel du récit. L’épisode révèle également une pathologie persistante de cette saison : la multiplication des personnages et des intrigues accessoires. Certains arcs restent en suspens sans raison dramatique, d’autres semblent disparaître pendant de longues séquences et reviennent sans transition. Ce phénomène empêche l’épisode de trouver une rythmique organique. 

 

Il est évident que Stranger Things vise désormais une ampleur presque épique, mais cette ambition se heurte régulièrement à la dispersion de son attention. Plus que des erreurs de scénario, ce sont des choix de densité qui diluent la tension. L’épisode fonctionne mieux lorsqu’il isole un groupe, une menace et un enjeu précis. Il fonctionne moins bien quand il tente d’embrasser trop de fils à la fois. Malgré cela, « The Turnbow Trap » possède quelque chose que la saison n’avait pas encore montré : un vrai sens du momentum. Pour la première fois depuis le début de cette ultime salve, la narration semble se mettre en marche. 

 

Les révélations s’accumulent, les pistes convergent, les décors prennent une fonction dramatique claire et la série recommence à jouer sur l’attente, la promesse, le danger latent. Le cliffhanger final, même s’il n’est pas aussi acéré qu’il le pourrait, parvient à installer une tension pour l’épisode suivant. L’arrivée de Max, l’étrangeté croissante du monde où se trouve Holly, la question de la présence de Vecna dans un laboratoire militaire et la vulnérabilité psychique de Will constituent des axes qui, enfin, donnent le sentiment qu’un véritable enjeu central se dessine. En somme, ce troisième épisode avance avec une assurance que l’on désespérait de revoir. 

 

Il retrouve une partie de l’ADN de Stranger Things tout en portant encore les traces des problèmes structurels de cette dernière saison : surcharge narrative, dialogues parfois mécaniques et une tendance persistante à expliquer plutôt qu’à suggérer. Pourtant, lorsque la série laisse respirer ses personnages, lorsqu’elle embrasse l’étrange avec sincérité, lorsqu’elle ose faire confiance au silence ou à la peur, elle redevient ce qu’elle avait été : une production capable de faire vibrer un imaginaire collectif de science-fiction, d’horreur et de nostalgie sans jamais renoncer à ses émotions les plus humaines. 

 

Note : 7.5/10. En bref, « The Turnbow Trap » n’est pas un épisode parfait, mais c’est le premier qui donne l’impression que la saison cinq sait enfin où elle va et pourquoi elle y va. Et c’est peut-être cela, plus que ses scènes spectaculaires, qui lui redonne vie.

Disponible sur Netflix

 

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