Critique Ciné : Follement(e) (2025)

Critique Ciné : Follement(e) (2025)

Follement(e) // De Paolo Genovese. Avec Edoardo Leo, Pilar Fogliati et Emanuela Fanelli.

 

Parler d’un rendez-vous amoureux comme d’un champ de bataille intérieur n’est pas une idée neuve, mais elle possède encore un vrai pouvoir d’attraction. Follement(e), le nouveau film de Paolo Genovese, part justement de cette promesse : montrer ce qui se passe dans la tête de deux célibataires lors d’un premier dîner. Un concept malin sur le papier, assez tourné vers la comédie psychologique, avec ce petit parfum d’animation américaine où les émotions et les pensées deviennent des personnages à part entière. Le film tente d’adapter cette mécanique à un cadre réaliste et à une romance italienne. L’idée avait de quoi intriguer. Reste à savoir si elle tient sur la durée.

 

Pour leur premier rendez-vous, Lara invite Piero dans son appartement à Rome. Mais ils ne sont pas tout à fait seuls. Dans leurs pensées, une galerie de personnages bien encombrants interprète leurs émotions en commentant, sabotant ou encourageant chaque geste, chaque mot, chaque silence. Quiproquos, confidences inattendues et conflits intérieurs se succèdent et influencent les choix de Lara et Piero pour cette soirée unique. Une soirée. Deux inconnus. Et une chance de tomber amoureux… Follement(e).

 

Lara et Piero s’apprêtent à partager un dîner qui devrait, normalement, n’engager qu’eux. Sauf qu’ils arrivent chacun accompagnés de quatre versions d’eux-mêmes. Leurs pensées, leurs peurs, leurs pulsions, leur prudence : tout s’invite à table. Quatre petites voix chez elle, quatre chez lui, toutes matérialisées par des personnages au caractère bien défini. Difficile de faire plus explicite pour montrer les tiraillements d’un premier contact amoureux. L’intention est claire : transformer le tourbillon mental du premier date en spectacle de groupe. Le film plonge immédiatement dans ce dispositif et le met en scène sans détour. La maladresse, l’hésitation, la panique, le désir, la lucidité et même la mauvaise foi deviennent des intervenants permanents. 

 

Rien ne reste silencieux, tout est verbalisé, expliqué, rejoué, disséqué. Le film ne laisse aucune place à la spontanéité, ce qui est à la fois son idée et sa limite. Il faut reconnaître que la dynamique entre les “mini-Lara” et les “mini-Piero” fonctionne plutôt bien au début. Le spectateur identifie vite les rôles de chacun et le montage, assez vif, aide à entrer dans ce ballet de pensées incarnées. Certains acteurs s’amusent avec leurs archétypes et amènent une énergie bienvenue. Du côté de Piero, le quatuor masculin offre les moments les plus drôles, en détournant des situations anodines avec une fantaisie assez efficace. Mais une fois la mécanique comprise, l’effet de surprise s’essouffle. Le film tourne autour du même procédé, scène après scène, en commentant la moindre phrase échangée entre les deux protagonistes. 

 

Chaque hésitation devient débat collectif, chaque silence ouvre une discussion de crise, chaque regard se transforme en réunion interne. Au bout d’un moment, l’ensemble devient prévisible, presque mécanique, comme si la comédie s’obligeait à rallumer toujours les mêmes lampes pour éclairer des situations qui ne demanderaient qu’un peu de simplicité. Le véritable rendez-vous entre Lara et Piero, celui qui devrait être le cœur émotionnel du film, apparaît finalement comme un décor secondaire. Les échanges entre eux manquent un peu de vie, écrasés par les interventions incessantes des versions internes qui occupent la majorité de l’espace. 

 

Le dîner ressemble alors à une succession de tentatives de dialogues interrompus, commentés, réinterprétés. Un premier rendez-vous, dans la vraie vie, a des creux et des fulgurances, des gestes approximatifs, un naturel parfois maladroit. Ici, tout paraît calibré, presque figé. Lara et Piero eux-mêmes peinent à exister au-delà de leurs émissaires mentaux. Le film les montre timides, réservés, perdus entre désir d’impressionner et peur d’être maladroits. Mais cette fragilité aurait mérité un espace plus large, moins encombré, plus intime. L’idée de montrer les pensées au grand jour est séduisante, mais finit par priver les personnages de la part mystérieuse qui fait souvent la tension d’un premier tête-à-tête.

 

Paolo Genovese sait imaginer des dispositifs narratifs singuliers, et Follement(e) confirme son goût pour les films-concept. Cela peut donner de belles idées, mais cela enferme aussi parfois le récit dans un cadre trop strict. Ici, tout repose sur les dialogues, et pas seulement sur ceux du couple principal. Les pensées matérialisées parlent beaucoup, parfois trop, rendant le film verbeux. Le rythme s’en ressent et l’intérêt s’étiole au fil du dîner. Certains moments cherchent à apporter de la poésie ou de la tendresse, mais l’ensemble semble souvent prisonnier d’un système qui se répète. La romance a du mal à prendre corps, étouffée par l’analyse permanente des émotions, comme si le film refusait de laisser respirer ce qui devrait simplement exister.

 

Le film se veut décalé, presque fantasque, avec une volonté de casser les codes de la comédie romantique. Pourtant, il tombe régulièrement dans des clichés de personnage ou de situation. Les décors donnent parfois l’impression d’un théâtre artificiel, avec des scènes qui manquent d’élan. Certaines émotions paraissent surlignées plutôt que ressenties. L’humour, de son côté, oscille entre trouvailles sincèrement amusantes et répétitions qui freinent le rythme. La bande masculine offre les moments les plus réussis, grâce à une alchimie plus solide et une écriture légèrement plus libre. Du côté de Lara, les idées sont présentes mais moins percutantes, comme si les personnalités internes avaient moins d’espace pour s’affirmer.

 

Follement(e) n’est pas dénué d’intérêt. Le concept intrigue, les acteurs s’investissent, et certaines scènes laissent entrevoir un film plus juste, plus touchant, moins bavard. Mais cette promesse reste souvent en surface. Le film s’enferme dans sa propre structure et finit par ressembler à un exercice, parfois amusant, parfois figé, rarement émouvant. L’alchimie entre les personnages existe par moments, mais l’ensemble manque d’un souffle plus spontané, d’une sincérité qui aurait permis à la romance de dépasser le simple dispositif. L’idée d’explorer l’anatomie d’un premier rendez-vous reste séduisante, mais Follement(e) ne parvient pas toujours à capter ce qui se vit mais ne s’explique pas.

 

Follement(e) propose un regard original sur les tourments d’un premier rendez-vous, avec des idées inventives et quelques scènes réussies. Mais le concept, trop présent, finit par alourdir l’ensemble et laisse une sensation mitigée. Le film amuse par moments, fatigue parfois, et peine à trouver un vrai équilibre entre introspection et émotion. La comédie romantique y perd un peu de son naturel, et l’expérience, bien que sympathique, laisse un léger goût d’inachevé.

 

Note : 4.5/10. En bref, Follement(e) propose un regard original sur les tourments d’un premier rendez-vous, avec des idées inventives et quelques scènes réussies. Mais le concept, trop présent, finit par alourdir l’ensemble et laisse une sensation mitigée. 

Sorti le 26 novembre 2025 au cinéma

 

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