26 Décembre 2025
Roboto Films continue de faire plaisir à sortir des coffrets Blu-ray de films méconnus et/ou disparus. Etant donné que j’adore un bon vieux kaijū, je me suis lancé la tête la première dans le visionnage du premier volet. Surtout qu’une tortue volante géante, ça change un peu de ce que l’on a déjà pu voir avec les Godzilla. Le coffret Blu-ray édité par Roboto Films contient trois films (Daikaijū Gamera, Gamera contre Barugon et Gamera contre Gyaos).
Ca parle de quoi ?
Durant l'affrontement de l'Union Soviétique et des Etats-Unis, une explosion atomique réveille Gamera, un monstre légendaire. Celui-ci se met alors à détruire tous les humains qu'il croise sur son chemin...
Daikaijū Gamera : un premier pas imparfait mais marquant du kaijū eiga
Avec Daikaijū Gamera (1965), le cinéma japonais donne naissance à l’un de ses monstres les plus reconnaissables. Souvent comparé, parfois injustement moqué face à Godzilla, Gamera fait pourtant une entrée en scène singulière, à la fois sérieuse, naïve et profondément ancrée dans les peurs de son époque. Ce premier film n’est clairement pas exempt de défauts, mais il possède une identité et une énergie qui le rendent toujours intéressant à découvrir aujourd’hui. Dès son ouverture, Daikaijū Gamera s’inscrit dans un climat de tension mondiale. Le souvenir de l’arme nucléaire est encore brûlant, et le film s’en empare sans détour.
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Le réveil de la tortue géante, provoqué par un incident impliquant des forces militaires dans les régions polaires, évoque immédiatement les dérives technologiques et politiques de la guerre froide. À l’image de nombreux films de science-fiction des années 50 et 60, Gamera devient une conséquence directe des excès humains, une force ancienne réveillée par l’arrogance moderne. Cette première partie du film est étonnamment sérieuse. Scientifiques, militaires et journalistes tentent de comprendre et de contenir une créature capable de raser des villes, de se nourrir d’énergies fossiles et même de voler. Le ton est grave, presque solennel, et fonctionne très bien grâce à un rythme soutenu et une mise en scène efficace.
On se laisse facilement prendre au jeu, d’autant plus que le film ne s’étire jamais inutilement. Cependant, Daikaijū Gamera peine à maintenir cette cohérence jusqu’au bout. Très vite, le récit bascule vers un registre plus enfantin, notamment avec l’importance accordée à un jeune garçon, Toshio. Ce choix narratif devient problématique dans la seconde moitié du film, lorsque l’enfant se retrouve systématiquement au cœur de l’action, sans que cela ne soit vraiment justifié. Sa présence constante lors des décisions majeures, y compris au sein des cercles scientifiques et militaires, met à mal la crédibilité de l’ensemble. Cette hésitation permanente entre film catastrophe sérieux et divertissement familial est sans doute la plus grande faiblesse du long métrage.
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Le film semble ne jamais vraiment choisir son public, oscillant entre discours anxiogène sur la menace nucléaire et scènes conçues pour séduire un jeune spectateur. Cette dualité peut agacer, mais elle participe aussi à l’identité particulière de Gamera, qui ne sera jamais un monstre purement destructeur. Sur le plan visuel, Daikaijū Gamera s’en sort étonnamment bien. Les effets spéciaux, bien que typiquement old school, possèdent un charme indéniable. Les maquettes sont détaillées, les scènes de destruction convaincantes et les incrustations humaines relativement bien intégrées. Le choix du noir et blanc renforce l’atmosphère et masque intelligemment certaines limites techniques. Grâce à cela, le film vieillit plutôt bien, surtout dans sa version restaurée.
Le rythme constitue également l’un des points forts du film. Contrairement à de nombreux kaijū des années 60, Daikaijū Gamera ne traîne pas en longueur. Les scènes s’enchaînent avec fluidité, maintenant un intérêt constant jusqu’à un final aussi absurde qu’ambitieux. La solution imaginée pour stopper Gamera est tellement démesurée qu’elle en devient presque fascinante, au point de faire oublier son improbabilité totale. Malgré ses emprunts évidents à d’autres films de monstres, Daikaijū Gamera parvient à imposer son personnage principal. Gamera est immédiatement identifiable, impressionnant dans ses apparitions, et déjà doté d’une ambiguïté morale intéressante.
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Ni totalement ennemi, ni véritable allié, il suscite à la fois la peur et une forme d’empathie, notamment à travers le regard de l’enfant. Au final, Daikaijū Gamera est un film profondément imparfait, parfois incohérent, mais sincère et généreux. Il demande au spectateur de faire preuve de bienveillance, d’accepter ses maladresses et de retrouver une certaine naïveté. En échange, il offre un divertissement rythmé, attachant et historiquement important. Plus qu’un simple ersatz de Godzilla, ce premier film pose les bases d’un monstre à part, dont la trajectoire, malgré ses hauts et ses bas, mérite d’être redécouverte par les amateurs de science-fiction et de cinéma fantastique japonais.
Et le Blu-ray ?
Les fans de Gamera ont de quoi être heureux ! Le premier film de la tortue géante arrive enfin en Blu-ray et Blu-ray 4K grâce à Roboto Films, et le résultat est vraiment impressionnant. Cette édition n’est pas seulement belle à regarder, elle rend hommage au film et à son univers. L’image est nette et lumineuse, même si le film est en noir et blanc. On voit clairement les maquettes et les costumes d’époque, ce qui fait tout le charme du film. Les contrastes sont bien équilibrés : les scènes sombres restent lisibles et les nuances de gris sont agréables. Quelques plans sont un peu moins précis, mais cela ne gâche pas le plaisir. Bref, on a vraiment l’impression de regarder le film comme au cinéma à l’époque.
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Côté son, la version originale japonaise est claire et agréable à écouter. Les dialogues sont faciles à comprendre et la musique de Tadashi Yamauchi accompagne parfaitement les scènes, sans saturer. Même les rugissements et les destructions de Gamera sonnent bien, ce qui rend certaines scènes encore plus spectaculaires. Mais ce qui rend ce coffret vraiment spécial, ce sont ses bonus et son packaging. Le coffret est solide et joliment illustré. Il contient trois boîtiers pour les films, un petit livre de 61 pages et un jeu de 10 photos de tournage. Le livre raconte plein d’anecdotes sur la création des premiers films de Gamera et sur l’histoire de la saga.
C’est passionnant pour les fans et même pour ceux qui découvrent le monstre pour la première fois. Les bonus vidéo sont aussi intéressants : Fabien Mauro présente chaque film et explique tout sur la réalisation et la réception du film à l’époque. On trouve même un entretien avec les restaurateurs japonais qui ont travaillé sur cette version. Ils racontent les défis qu’ils ont rencontrés pour redonner vie au film et le rendre aussi beau. En résumé, ce Blu-ray est un vrai cadeau pour les amateurs de Gamera et de cinéma japonais. Que vous soyez fan de longue date ou curieux de découvrir la tortue géante, cette édition permet de profiter pleinement du film avec une image et un son impeccables, tout en découvrant l’histoire de sa création. C’est un incontournable pour redécouvrir Daikaijū Gamera dans les meilleures conditions.
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Caractéristiques techniques
Master Haute Définition - Blu-ray 4K UHD : 3840 x 2160p
Son : Version originale DTS-HD Master Audio 2.0 - Sous-titres français
Bonus :
– Présentation de chaque film par Fabien Mauro
– Essai de Jordan Guichaux : « Gamera : création du concurrent idéal »
– Photos de tournages
– Interview de Shinji Higuchi et Shunichi Ogura, superviseurs de la restauration.
Également disponible en coffret 3 Blu-ray.
Coffrets rigides incluant pour les 2 éditions :
3 Digipacks + 1 livret de 60 pages + 10 cartes postales + 1 poster
Prix public conseillé : 79 € TTC le coffret 3 Blu-ray 4K UHD, 65 € TTC le coffret 3 Blu-ray
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