Critiques Séries : Les Gouttes de Dieu. Saison 2. Episode 3. 

Critiques Séries : Les Gouttes de Dieu. Saison 2. Episode 3. 

Drops of God // Saison 2. Episode 3. The Origin.

 

« Oh yeah? Well, I’m a Léger. »

L’épisode 3 de la saison 2 de Drops of God (Les Gouttes de Dieu) marque un changement notable dans la trajectoire du récit. Après deux épisodes centrés sur l’enquête et la rivalité latente entre Camille et Issei, cette nouvelle étape déplace l’enjeu vers quelque chose de plus collectif. La recherche de l’origine du vin ne concerne plus uniquement un héritage personnel ou un défi posthume laissé par Alexandre Léger, mais commence à toucher à des questions de transmission, de mémoire et de responsabilité. L’arrivée en Géorgie installe immédiatement une atmosphère différente. Le décor, plus brut, plus rural, tranche avec les environnements précédents. 

 

Camille apparaît fatiguée, accaparée par cette quête qui empiète désormais sur ses obligations professionnelles. Les échanges avec Thomas rappellent que sa vie en France continue sans elle, mais ces rappels semblent glisser sur Camille, comme si une distance s’était déjà installée. Le malaise entre elle et Issei est palpable dès le petit-déjeuner à Tbilissi, chacun occupant l’espace sans vraiment partager le même chemin. Le trajet vers la région de Kartli accentue ce silence. Issei se referme, Camille observe, et seul Gocha semble à l’aise dans ce flottement. Ce choix narratif renforce l’impression que leur alliance est fragile, maintenue davantage par nécessité que par confiance retrouvée. 

La visite du monastère et la réaction hostile du moine illustrent bien cette méfiance envers les étrangers, mais aussi l’idée que certaines histoires ne se livrent pas facilement. L’épisode prend une autre direction avec l’invitation à la supra organisée par Irakli et sa famille. Cette séquence, plus chaleureuse en apparence, fait rapidement apparaître des tensions enfouies. Tamar, figure centrale de cet épisode, incarne une défiance construite par des années de conflits familiaux et de luttes pour préserver un patrimoine menacé. Le malentendu autour de la présence de Camille et Issei agit comme un révélateur : leur quête personnelle s’inscrit malgré eux dans une histoire locale bien plus vaste. L’expulsion brutale du dîner agit comme un point de rupture. 

 

Issei laisse éclater sa frustration, Camille refuse désormais de porter seule le poids de cette colère. Leur confrontation, plus frontale que dans les épisodes précédents, met des mots sur ce que la série suggérait jusque-là : Alexandre Léger continue d’influencer leur relation, même après sa mort. Camille verbalise ce que Issei refuse encore d’admettre, à savoir que reproduire une rivalité revient à prolonger une emprise qui aurait dû s’éteindre. La discussion qui suit, au bord de la rupture, est l’un des moments les plus importants de l’épisode. Camille pose une question simple, presque brutale : rester ou partir. Ce choix forcé oblige Issei à sortir de son ambiguïté. Sa décision de continuer avec elle ne règle pas tout, mais elle redéfinit temporairement leur dynamique. 

Pour la première fois, la quête devient explicitement partagée. La découverte du vignoble caché et l’agression de Vasil marquent un basculement narratif. Le vin recherché n’est plus un simple objet d’étude, mais le symbole d’un héritage menacé par des logiques économiques et des conflits familiaux. Tamar n’apparaît plus comme une figure hostile, mais comme une gardienne d’une tradition que d’autres cherchent à effacer. Le récit relie alors l’histoire du vin à celle des terres, des familles et des luttes silencieuses. La visite du marani et la présentation des méthodes ancestrales de vinification renforcent cette idée. Le vin n’est pas présenté comme un produit, mais comme une continuité. 

 

À ce stade, Camille et Issei semblent comprendre que leur présence dépasse leur mission initiale. Rester en Géorgie devient un choix moral autant qu’un choix narratif. Issei, de son côté, traverse une phase plus introspective. Son malaise physique après la dégustation agit comme un rappel de ses fragilités. La conversation avec Tamar, autour de la peur, du deuil et de la confusion entre colère et tristesse, ouvre une brèche dans un personnage jusque-là enfermé dans la confrontation. Les souvenirs liés à Okinawa prennent une nouvelle dimension, laissant entendre que les traumatismes d’Issei sont plus anciens et plus profonds qu’il ne le reconnaît. Camille, pendant ce temps, endosse un rôle plus affirmé. 

Son passage à Tbilissi pour tenter une médiation juridique montre ses limites, mais aussi sa volonté de se battre autrement que par la dégustation ou l’intuition. L’échec face à Davit souligne un point essentiel : sortir de l’ombre de son père implique d’apprendre à perdre autrement. Cette confrontation amorce un virage plus offensif dans son attitude. La scène finale, centrée sur l’affrontement verbal avec Davit, laisse entendre que Camille n’a pas encore montré toute l’étendue de ses capacités. Jusqu’ici, son identité était étroitement liée à celle d’Alexandre Léger. En s’engageant dans ce conflit qui ne la concerne pas directement, elle commence à tracer une voie plus personnelle, détachée de la validation paternelle.

 

Note : 8/10. En bref, avec cet épisode 3, Drops of God élargit son propos. La série ne parle plus seulement de transmission entre un père et ses enfants, mais de ce qui mérite d’être transmis, et à quel prix. La quête du vin devient secondaire face à celle du sens, et c’est dans ce déplacement que l’épisode trouve sa force narrative.

Disponible sur Apple TV

 

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