4 Février 2026
Amour Apocalypse // De Anne Émond. Avec Patrick Hivon, Piper Perabo et Connor Jessup.
Avec Amour Apocalypse, Anne Émond signe un film difficile à classer, à l’image de l’époque qu’il décrit. À mi-chemin entre la romance maladroite, la comédie absurde et le récit anxieux de fin du monde, le long métrage québécois avance en terrain instable, parfois inspiré, parfois plus pesant. Le résultat n’est pas toujours équilibré, mais il dégage une sincérité et une curiosité qui donnent envie de s’y attarder. Le film suit Adam, un quadragénaire profondément seul, rongé par une éco-anxiété envahissante. Il vit dans une petite ville, partage son temps entre un père fataliste, un ami encombrant et un quotidien sans relief.
Propriétaire d'un chenil, Adam, 45 ans, est éco-anxieux. Via la ligne de service après-vente de sa toute nouvelle lampe de luminothérapie, il fait la connaissance de Tina. Cette rencontre inattendue dérègle tout : la terre tremble, les cœurs explosent... c'est l'amour !
Adam est persuadé que la planète court à sa perte, que tout est déjà écrit, et cette peur constante finit par prendre toute la place. Pour tenter d’aller un peu mieux, il achète une lampe de luminothérapie. En appelant le service d’assistance, il tombe sur Tina, une téléopératrice. De cet échange banal naît une relation inattendue. Ce point de départ, presque ridicule sur le papier, fonctionne étonnamment bien à l’écran. Amour Apocalypse ne cherche pas à raconter une histoire d’amour classique. La rencontre est décalée, fragile, construite sur des silences, des maladresses et une forme de désespoir partagé. Le film parle avant tout de solitude, de peur de l’avenir et de cette difficulté à créer du lien quand l’angoisse prend le dessus sur tout le reste.
L’un des grands atouts du film reste sans conteste Patrick Hivon, impressionnant de justesse dans le rôle d’Adam. Il incarne un homme fatigué, nerveux, parfois agaçant, mais jamais caricatural. Son jeu repose beaucoup sur le corps, les regards, les hésitations. Adam n’est pas un héros attachant au sens classique, mais il est profondément humain. Ses angoisses, même poussées à l’extrême, font écho à des peurs bien réelles. Le film aborde frontalement l’éco-anxiété, sans jamais tomber dans le discours scientifique ou militant pur. Anne Émond préfère passer par l’intime, par le ressenti. Adam ne récite pas des chiffres, il ressent une menace diffuse, permanente, qui l’empêche de se projeter.
Cette peur du futur devient une paralysie émotionnelle. À ce niveau-là, Amour Apocalypse trouve souvent des idées justes, parfois même touchantes. Là où le film divise davantage, c’est dans son ton hybride. Anne Émond multiplie les ruptures : passages réalistes, envolées presque fantastiques, voix off insistante, scènes à portée symbolique très marquée. Certaines de ces idées fonctionnent, d’autres alourdissent inutilement le récit. Le film semble parfois vouloir trop dire, trop expliquer, là où un peu plus de retenue aurait permis à l’émotion de circuler plus librement. La voix off, notamment, finit par devenir envahissante. Elle appuie un propos déjà clair, donnant parfois l’impression que le film ne fait pas confiance à ses images ni à ses personnages.
Ce côté didactique casse par moments la spontanéité de certaines scènes pourtant pleines de potentiel. C’est dommage, car Amour Apocalypse sait aussi être drôle, absurde, presque tendre dans son humour. Car oui, le film fait rire, mais rarement là où on l’attend. L’humour est souvent gênant, un peu bancal, parfois volontairement pathétique. Il naît du décalage entre la gravité des pensées d’Adam et la banalité du monde qui l’entoure. Certaines situations frôlent le burlesque, sans jamais basculer complètement dans la farce. Cet humour fonctionne par touches, mais il est parfois étouffé par le sérieux du propos. La relation entre Adam et Tina apporte une respiration bienvenue.
Leur duo repose sur une douceur fragile, une forme de compréhension mutuelle qui ne passe pas forcément par de grandes déclarations. Piper Perabo incarne Tina avec une sobriété qui contraste avec l’agitation intérieure d’Adam. Leur relation reste longtemps à distance, ce qui correspond bien à l’état émotionnel du personnage principal. Cela donne au film quelques moments de grâce, simples, presque naïfs. Visuellement, Amour Apocalypse reste assez sobre, sans chercher l’effet. La mise en scène accompagne les états d’âme d’Adam sans les sublimer. Certaines séquences à la lisière du fantastique, censées évoquer une fin du monde imminente, laissent une impression mitigée.
Elles intriguent plus qu’elles ne bouleversent, et semblent parfois déconnectées du reste du film. Le rythme constitue un autre point faible. Après un début intriguant, le récit a tendance à tourner en rond, surtout dans son dernier tiers. L’intrigue avance peu, les situations se répètent, et la tension émotionnelle retombe légèrement. Le film semble hésiter entre rester dans l’intime ou basculer dans une forme de fable plus large. Cette indécision crée un sentiment de flottement. Pour autant, Amour Apocalypse reste un film attachant. Malgré ses lourdeurs, ses symboles parfois trop appuyés et son côté un peu confus, il dégage une vraie générosité. Anne Émond filme ses personnages avec bienveillance, sans cynisme.
Le film ne se moque jamais de l’éco-anxiété, même lorsqu’il en montre les excès. Il tente au contraire de rappeler que l’amour, aussi fragile soit-il, peut encore servir de point d’ancrage. Amour Apocalypse ne va pas toujours au bout de ses idées et emprunte parfois des chemins trop balisés, notamment ceux de la comédie romantique. Mais il propose un regard sincère sur une époque anxieuse, où aimer devient presque un acte de résistance. Un film imparfait, parfois lourd, parfois touchant, qui laisse une impression douce-amère, à l’image de son personnage principal.
Note : 6/10. En bref, Amour Apocalypse ne va pas toujours au bout de ses idées et emprunte parfois des chemins trop balisés, notamment ceux de la comédie romantique. Mais il propose un regard sincère sur une époque anxieuse, où aimer devient presque un acte de résistance.
Sorti le 21 janvier 2026 au cinéma
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