12 Février 2026
The Beauty // Saison 1. Episode 6. Beautiful Patient Zero.
Et voilà, The Beauty semble frappée par un mal bien connu chez Ryan Murphy : celui des séries qui démarrent avec une idée brillante mais qui ne savent pas la faire tenir sur la durée. Ce moment où un concept génial, provocant, presque impertinent, finit par se diluer dans des choix de plus en plus discutables. Les premiers épisodes étaient excellents. Depuis l’épisode précédent, tout part à la dérive. Ce qui faisait la force de la série, c’était sa simplicité dérangeante : un virus de beauté qui se transmet par les fluides, une contamination intime, presque sexuelle, qui disait quelque chose de notre époque obsédée par l’apparence.
C’était frontal, organique, inconfortable. Aujourd’hui, la série semble préférer les explications lourdes et les effets appuyés. L’épisode 6 s’acharne sur l’histoire du Patient Zero. Après avoir vu Vincent D’Onofrio incarner Byron Forst vieillissant, voilà désormais Ashton Kutcher dans sa version “boostée”. Le changement n’est pas qu’esthétique, il est tonal. Là où D’Onofrio apportait une gravité froide, Kutcher insuffle une énergie presque clinquante. Et c’est précisément là que quelque chose se dérègle. La transformation de Byron ne se contente pas d’être un basculement narratif : elle devient spectacle. La séquence musicale qui accompagne sa métamorphose, même sans qu’il chante, donne l’impression de sortir d’un autre programme.
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La mise en scène flirte avec la comédie performative (comme cette séquence sur fond musical qui pourrait sortir tout droit d’un épisode de Glee), comme si la série voulait soudainement embrasser un style plus flamboyant. Ce moment, qui aurait pu être ironique ou glaçant, devient presque embarrassant. Il y a un décalage évident entre la noirceur supposée du sujet et le traitement. À force de styliser, The Beauty perd sa tension. Le virus, autrefois inquiétant parce qu’il se diffusait dans l’ombre des désirs, devient un outil narratif surexpliqué. On détaille son instabilité, son potentiel létal, sa rentabilité économique. Byron comprend rapidement qu’un produit mortel peut devenir doublement lucratif s’il faut ensuite vendre le remède.
L’idée est cynique, mais elle manque de subtilité. Tout est souligné, martelé. Le contraste est d’autant plus frappant que l’intrigue contemporaine — Cooper, Jordan, l’Assassin — est quasiment mise en pause. Alors que la série semblait enfin construire une montée en tension, elle choisit de revenir en arrière et d’étirer son exposition. Le rythme s’effondre. Il y a pourtant des pistes intéressantes. Franny, l’épouse de Byron, incarne une forme de résistance silencieuse à cette obsession de la perfection. Elle accepte de vieillir, refuse la transformation. Sa présence rappelle ce que la série aurait pu continuer à explorer : le rapport intime au corps, au temps, au regard des autres.
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La trajectoire du scientifique qui devient officiellement le Patient Zero aurait également pu être plus tragique. Son injection repose sur un désir simple : être enfin vu autrement. Mais la révélation finale, censée refermer la boucle avec le meurtre du premier épisode, tombe à plat. Donner un nom au Patient Zero n’apporte pas la secousse espérée. Ce qui dérange le plus dans cet épisode 6, ce n’est pas seulement la direction prise, mais la sensation que la série se met à surjouer son propre concept. Là où il suffisait de montrer des corps qui échangent leurs fluides et des conséquences incontrôlables, elle préfère désormais expliquer, illustrer, styliser.
À mi-parcours, The Beauty donne l’impression de s’éloigner de ce qui la rendait forte. Le concept reste brillant sur le papier. Mais à force de vouloir l’étendre, l’amplifier et le rendre spectaculaire, la série frôle parfois le ridicule. Il reste encore des épisodes pour redresser la barre. Mais pour y parvenir, il faudra peut-être revenir à ce qui fonctionnait au départ : une idée simple, dérangeante, et assumée sans artifices.
Note : 3/10. En bref, à mi-parcours, The Beauty donne l’impression de s’éloigner de ce qui la rendait forte. Le concept reste brillant sur le papier. Mais à force de vouloir l’étendre, l’amplifier et le rendre spectaculaire, la série frôle parfois le ridicule.
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