Tir à vue (Blu-ray)

Tir à vue (Blu-ray)

Arcadès Editions nous gâte avec une double sortie Tir à vue (et Urgence de Gilles Béhat). Tir à vue a la particularité d’être un film solo dans la filmographie du réalisateur Marc Angelo. Décortiquons ce film que je n’avais jamais vu auparavant. 

 

Ca parle de quoi ?

Depuis que son frère a été tué à La Courneuve sans que la police ne daigne intervenir, Richard (Laurent Malet) a décidé de se venger et de cracher sa haine à la face de la société. Il dévalise une armurerie et se constitue ainsi tout un arsenal. Il vole ensuite une moto et agresse un pompiste. Alors que Richard s’apprête à agresser un touriste dans le métro, il fait la connaissance de Marilyn (Sandrine Bonnaire ), post-adolescente qui s’amuse à prendre des photos de charme dans un photomaton. Ensemble, ils vont escalader l’échelle de la violence tandis que les inspecteurs Casti et Galo (Jean Carmet et Michel Jonasz) sont à leurs trousses et persécutent le seul témoin, un vieux maghrébin connu de leur service.

Tir à vue : un polar français oublié entre ambition et maladresses

Sorti en 1984, Tir à vue fait partie de ces polars français un peu perdus dans les marges du cinéma des années 80. À une époque où le genre tente de se renouveler tout en restant prisonnier de ses propres codes, ce film de Marc Angelo apparaît aujourd’hui comme une curiosité. Ni véritable réussite, ni totalement raté, il reflète surtout une période charnière du polar hexagonal. Avec le recul, il reste un témoignage intéressant de son époque, malgré de nombreuses limites. Au début des années 80, le polar français cherche sa voie. 

 

Les grandes figures populaires continuent d’occuper l’écran avec des productions efficaces mais parfois routinières, tandis qu’une nouvelle génération tente d’insuffler un style plus moderne, souvent influencé par le cinéma américain. Violence plus frontale, esthétique urbaine, personnages marginaux : le genre s’aventure sur des terrains plus sombres. C’est dans ce contexte que Tir à vue voit le jour. Le film ambitionne clairement de proposer un polar jeune et brutal, dans l’air du temps. Marc Angelo, qui signe ici son premier long métrage, souhaite visiblement capter l’énergie d’une génération désabusée et donner au film une dimension quasi tragique. 

Malheureusement, l’ensemble peine parfois à trouver son équilibre. Le scénario suit Richard, un jeune homme marqué par un drame familial. La mort de son frère, restée impunie, agit comme un déclencheur. Révolté contre une société qu’il juge indifférente, il bascule dans la criminalité. Armé et déterminé, il enchaîne les actes violents et semble engagé dans une spirale irréversible. Sa rencontre avec Marilyn, une adolescente tout aussi perdue que lui, accélère cette descente aux enfers. Ensemble, ils forment un duo instable, oscillant entre fascination pour la transgression et nihilisme pur. 

 

Leur parcours évoque clairement celui de célèbres couples criminels du cinéma, avec cette idée romantique et destructrice de deux marginaux défiant le monde. En parallèle, deux policiers tentent de les arrêter. Leur enquête apporte une autre perspective au récit, plus sombre et désabusée, notamment à travers des personnages eux-mêmes marqués par des tragédies personnelles. L’un des principaux intérêts du film réside dans son casting. Laurent Malet incarne Richard avec une certaine intensité. Son personnage est dominé par une rage intérieure permanente, et l’acteur parvient parfois à transmettre cette tension, même si son jeu reste limité par un scénario qui ne développe pas suffisamment la psychologie du protagoniste.

La présence de Sandrine Bonnaire, alors très jeune, est évidemment l’élément le plus frappant du film aujourd’hui. Fraîchement révélée dans le cinéma français, elle campe ici une Marilyn provocatrice et instable. Pourtant, sa performance paraît souvent maladroite, notamment à cause de dialogues peu inspirés et d’une direction d’acteurs approximative. En revoyant le film aujourd’hui, il est difficile d’imaginer que cette actrice deviendra l’une des grandes figures du cinéma d’auteur français. Cette expérience illustre d’ailleurs à quel point une carrière peut évoluer de manière surprenante. À l’inverse, les comédiens plus expérimentés apportent une vraie solidité au film. 

 

Les personnages de policiers donnent un peu d’épaisseur au récit et permettent de contrebalancer le chaos provoqué par le duo principal. Avec le recul, Tir à vue apparaît comme un véritable objet cinématographique des années 80. On y retrouve tout ce qui caractérise le polar urbain de l’époque : violence brute, sexualité provocatrice, musique très marquée et esthétique parfois kitsch. Certains éléments peuvent aujourd’hui sembler datés, notamment la mise en scène de certaines scènes censées être provocantes mais qui paraissent surtout gratuites. Pourtant, ces excès contribuent aussi au charme étrange du film. 

Ils témoignent d’une époque où le cinéma français cherchait à rivaliser avec les productions internationales en adoptant un ton plus audacieux. Découvrir Tir à vue aujourd’hui, c’est plonger dans un moment précis du cinéma français où les cinéastes cherchaient à moderniser le polar. Tout n’y fonctionne pas, loin de là, mais le film possède une énergie brute et une identité singulière. Au-delà de ses défauts, il reste une curiosité pour les amateurs de cinéma de genre et un document intéressant sur l’évolution du polar français dans les années 80. Parfois maladroit, parfois involontairement drôle, mais toujours révélateur d’une époque, Tir à vue mérite au moins une vision par curiosité cinéphile.

 

Et le Blu-ray ?

Le Blu-ray de Tir à vue reste une édition assez simple.  Le principal supplément est une présentation du film par Jérôme Wybon. Dans une première vidéo, il parle du polar français des années 80. Il explique comment le genre a évolué à cette époque, notamment après le succès du film La Guerre des polices. Il évoque aussi d’autres films importants de cette période comme Garde à vue ou La Balance. Cela permet de mieux comprendre dans quel contexte Tir à vue a été réalisé. Dans une seconde vidéo plus courte, Jérôme Wybon parle directement du film de Marc Angelo. 

Il revient sur son histoire, son casting et sur la place du film dans le cinéma français de l’époque. Il souligne aussi la présence de Jean Carmet et Michel Jonasz, deux acteurs qui apportent beaucoup aux scènes de police. Ce Blu-ray est la première sortie du film en haute définition. L’image est propre et stable dans l’ensemble. Les couleurs restent parfois un peu ternes, mais cela vient surtout du style visuel du film à l’origine. Le niveau de détail est correct, sans être impressionnant. Malgré tout, la qualité reste bien meilleure que les anciennes versions disponibles auparavant.

 

La piste sonore est proposée en DTS-HD Master Audio 2.0. Le son reste simple mais efficace. Les dialogues sont clairs et faciles à comprendre. En revanche, le mixage manque parfois un peu de puissance. Même si cette édition n’est pas remplie de bonus, elle permet enfin de voir Tir à vue dans de bonnes conditions. Pour les amateurs de polar français des années 80, ce Blu-ray reste une sortie intéressante. C’est aussi une bonne occasion de découvrir un film aujourd’hui assez rare

Caractéristiques techniques 

TIR À VUE (1984) Durée : 1H30

Langues : Français 2.0 Mono – Son : DTS HD – Sous-titres : sourds et malentendants

Suppléments : >> Le Cinéma Français en garde à vue - Le polar des années 80

>> Un Bonnie & Clyde moderne - À propos du fim Tir à Vue

Prix public conseillé : 16,99 € le Blu-Ray

Déjà disponible dans la même collection : Effraction avec Marlène Jobert, Un été d’enfer avec Thierry Lhermitte et à partir du 17 mars 2026 : Urgence avec Richard Berry. 

 

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