7 Mai 2026
The Bear // Saison 5. Episode 0. Gary.
La série The Bear a souvent trouvé sa force dans les liens entre ses personnages. Derrière le chaos des cuisines, les cris et la pression permanente, il y a surtout des relations marquées par les années, les blessures et une forme d’attachement difficile à exprimer. L’épisode spécial “Gary”, pensé comme un prélude à la saison 5, pousse justement cette idée beaucoup plus loin en se concentrant presque uniquement sur Richie et Mikey. Ce choix narratif change le rythme habituel de la série. Ici, il n’est quasiment plus question du restaurant ni des enjeux professionnels qui occupaient les dernières saisons.
“Gary” préfère suivre une journée banale en apparence : un trajet entre Chicago et Gary, dans l’Indiana, pour livrer un colis. Une mission sans importance particulière qui devient progressivement un portrait intime de deux hommes incapables de communiquer autrement qu’à travers les blagues, les provocations ou les explosions de colère. Ce qui fonctionne immédiatement dans cet épisode, c’est la sensation d’authenticité entre Richie et Mikey. Leur relation ressemble davantage à celle de deux frères qu’à celle de simples amis. Ils passent leur temps à se provoquer, à se couper la parole ou à se moquer l’un de l’autre, mais derrière cette agressivité permanente se cache une vraie dépendance affective.
“Gary” montre surtout à quel point Richie essaye de maintenir Mikey à flot, même lorsqu’il comprend déjà que quelque chose ne va plus chez lui. Depuis le début de The Bear, la mort de Mikey plane sur tous les personnages. Pourtant, la série l’avait jusque-là surtout présenté à travers les souvenirs des autres. Cet épisode permet enfin de voir le personnage dans la durée, sans filtre. Et ce portrait est loin d’être simple. Mikey apparaît comme quelqu’un constamment traversé par des émotions contradictoires. Une minute, il plaisante avec Richie ou discute avec des inconnus dans un bar. La suivante, il devient fermé, agressif ou profondément mélancolique.
L’épisode ne cherche pas vraiment à expliquer son état psychologique de manière explicite, mais il laisse apparaître un homme épuisé par ses propres pensées, incapable de trouver une stabilité émotionnelle. Cette approche rend certaines scènes particulièrement inconfortables. Plus l’épisode avance, plus une tension silencieuse s’installe. Même dans les moments les plus légers, il existe cette impression qu’un basculement peut arriver à n’importe quel instant. C’est probablement ce que “Gary” réussit le mieux : transformer un simple road trip en expérience nerveuse, presque anxiogène. Le personnage de Richie apporte un équilibre intéressant à cette dynamique.
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Contrairement à l’image plus brouillonne qu’il renvoyait dans les premières saisons, il apparaît ici comme quelqu’un qui tente sincèrement de préserver une bonne journée pour son ami. Il sait déjà que Mikey traverse une période compliquée. Plusieurs détails le suggèrent, notamment les échanges avec Tiffany ou sa manière d’éviter les conflits lorsqu’ils commencent à dégénérer. Cette relecture du personnage donne aussi davantage de sens à son évolution dans les saisons précédentes. Richie a toujours semblé porter une nostalgie étrange autour de Mikey, comme s’il idéalisait certains souvenirs malgré leur violence émotionnelle.
“Gary” montre justement pourquoi ces souvenirs restent importants pour lui, même lorsqu’ils sont douloureux. L’épisode repose énormément sur les performances de Jon Bernthal et Ebon Moss-Bachrach. Leur complicité rend les dialogues très naturels, parfois presque improvisés. Certaines conversations ressemblent à de vraies disputes entre proches, avec des phrases qui dépassent la pensée ou des silences plus lourds que les cris. La scène centrale du bar résume parfaitement cette approche. Sous l’effet de l’alcool et de son mal-être, Mikey finit par s’en prendre verbalement à Richie dans un monologue particulièrement brutal. Ce moment fonctionne surtout parce que Richie ne répond presque pas.
Il encaisse les attaques comme quelqu’un qui connaît déjà cette version de son ami. L’épisode évite ainsi de transformer la scène en confrontation classique. Il préfère montrer l’usure émotionnelle provoquée par quelqu’un qui souffre sans réussir à accepter l’aide des autres. “Gary” parle aussi beaucoup de la manière dont certaines relations deviennent déséquilibrées avec le temps. Richie continue de rester présent malgré les humiliations et les excès de Mikey. Pas par naïveté, mais parce qu’il comprend que derrière cette violence il existe aussi de la détresse. Cette idée traverse tout l’épisode sans jamais devenir démonstrative. Visuellement, le spécial conserve l’identité de The Bear : caméra proche des visages, lumière naturelle, atmosphère presque documentaire.
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Le décor de Gary apporte également quelque chose de différent à la série. La ville apparaît fatiguée, discrète, loin des représentations glamour souvent associées aux séries américaines. Ce cadre renforce le sentiment de flottement qui accompagne les personnages pendant tout le trajet. Tout n’est pas totalement maîtrisé pour autant. Certaines séquences donnent parfois l’impression de s’étirer un peu trop longtemps, notamment dans la seconde moitié de l’épisode. À vouloir installer une ambiance contemplative, “Gary” perd parfois en intensité. Ce format autonome risque aussi de diviser les spectateurs qui préfèrent les épisodes centrés sur la cuisine et le fonctionnement du restaurant.
Mais malgré ces limites, cet épisode reste intéressant parce qu’il recentre enfin la série sur ce qui faisait sa singularité au départ : des personnages imparfaits, souvent épuisants, mais profondément humains. Là où certaines saisons récentes semblaient parfois fascinées par leur propre style, “Gary” retrouve quelque chose de plus simple et de plus fragile. La dernière scène ouvre d’ailleurs une piste importante pour la saison 5. Sans trop en révéler, elle rappelle que Richie reste un personnage hanté par le passé et que la disparition de Mikey continue de définir une partie de sa vie. Ce final laisse surtout l’impression que The Bear cherche à revenir vers une narration plus intime avant sa conclusion.
Note : 6.5/10. En bref, avec “Gary”, The Bear s’éloigne du tumulte des cuisines pour explorer la relation fragile entre Richie et Mikey à travers un road trip marqué par la nostalgie, les non-dits et la détresse psychologique. Malgré quelques longueurs, cet épisode spécial retrouve une émotion plus brute et donne un nouvel éclairage à l’évolution de Richie avant la saison 5.
Disponible sur Disney+
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