Critiques Séries : Widow’s Bay. Saison 1. Episode 5.

Critiques Séries : Widow’s Bay. Saison 1. Episode 5.

Widow’s Bay // Saison 1. Episode 5. What to Expect on Your Trip.

 

On sentait le vent tourner depuis quelques semaines, mais cette fois c'est concret. Avec ce cinquième épisode, Widow’s Bay accélère le mouvement et commence enfin à lier ses intrigues. La série ne se contente plus de nous balader dans une petite ville côtière un peu bizarre avec son humour pince-sans-rire et ses légendes de marins. Elle tisse quelque chose de beaucoup plus sombre, de plus global, et honnêtement, ça fait du bien. L’histoire reprend juste après la découverte du corps du révérend Bryce. L'ambiance sur l'île, déjà pesante, devient carrément étouffante. 

 

On comprend vite que la mort du prêtre n'a rien d'un accident et que les habitants cachent une vieille frousse bleue qu'ils essaient d'étouffer tant bien que mal. Sauf que les secrets, dans ce genre de bled, ça finit toujours par remonter à la surface. Le point de départ de l'enquête est aussi étrange que fascinant : de curieux champignons noirs retrouvés dans les affaires du révérend. Tom, Patricia et Wyck se mettent en tête de reconstituer les derniers jours de la victime. C'est le prétexte parfait pour explorer le folklore local, mais surtout pour basculer dans un trip hallucinatoire assez dingue qui brouille complètement les pistes entre le vrai et le faux. 

Tom se retrouve à consommer cette mixture sans le vouloir, et c’est là que l’épisode s’amuse. On assiste à des scènes un peu absurdes où le maire essaie de garder la face et de gérer la ville alors que son cerveau est en train de partir en roue libre totale. Matthew Rhys est impérial dans ces moments-là. Il apporte une vraie profondeur à Tom. Ce n'est plus seulement un maire un peu largué par les événements, c'est un homme usé, au bout du rouleau émotionnellement. La jolie façade de normalité qu'il tentait de maintenir depuis le pilote est en train de se fissurer sous nos yeux. Heureusement, l'humour noir de la série permet de respirer. 

 

Les échanges avec Patricia et Wyck fonctionnent toujours aussi bien, notamment parce que les personnages réagissent à l'horreur avec un calme presque comique. Discuter d'une malédiction ancestrale ou d'un problème de paperasse administrative, pour eux, c'est visiblement la même chose. C'est ce contraste permanent qui fait le sel de la série. Patricia, de son côté, sort grandie de cet épisode. Après un quatrième chapitre où elle subissait surtout l'isolement et le rejet des autres, elle se montre ici beaucoup plus lucide et active. Sa relation avec Tom gagne en épaisseur car la série prend enfin le temps de confronter leurs blessures mutuelles.

Le malaise grandit aussi du côté d'Evan, le fils de Tom. On soupçonnait déjà que le lien entre les insulaires et leur terre ferme cachait une anomalie. Les interventions de l'adolescent le confirment. Sa curiosité devient dangereuse, surtout face au stress évident de son père dès qu'on évoque l'idée de faire ses valises et de quitter Widow’s Bay. C’est d’ailleurs là que l’épisode touche à ses moments les plus noirs. Les visions de Tom concernant sa défunte épouse changent complètement la donne. Ce qu'on gérait jusqu'ici comme un deuil douloureux mais classique prend une tournure franchement louche. Il devient impossible de croire que sa mort était un simple accident de la vie.

 

La mise en scène colle parfaitement à cette perte de repères. La caméra s’agite, devient instable dès que les hallucinations s'emparent de Tom, et le travail sur le son installe une oppression discrète mais hyper efficace. La série choisit de suggérer plutôt que de choquer, et ça marche terriblement bien, surtout quand Tom s'embrouille les pinceaux entre ses vrais souvenirs et ses délires fongiques. Tout n'est pas parfait pour autant. L'épisode a un vrai coup de mou au milieu. Les scènes de confusion et de pertes de mémoire se répètent un peu trop, ce qui donne l’impression de faire du surplace et ralentit inutilement le rythme général de l'enquête. Heureusement, le dernier acte redresse la barre de manière spectaculaire. 

Les documents dénichés par Wyck parlent d'une malédiction liée aux fondateurs de la ville, une force obscure qui expliquerait pourquoi personne ne semble capable de quitter l'île sans le payer très cher. C’est là que la série réussit son pari : imbriquer les traumatismes intimes des personnages dans une mythologie fantastique plus vaste. La scène finale est sans doute la plus flippante de la saison. Tom, vidé par ses visions, se retrouve dans le noir face à une présence invisible qui interagit avec lui. C’est mystérieux, c'est flou, mais cela valide une certitude : il y a bien quelque chose de vivant et de malveillant sur cette île. 

 

Note : 8/10. En bref, malgré ses quelques longueurs, Widow’s Bay trouve ici un super équilibre entre drame humain, humour grinçant et épouvante pure. J’ai hâte de voir la suite.

Disponible sur Apple TV

 

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