Critiques Séries : Widow’s Bay. Saison 1. Episode 3.

Critiques Séries : Widow’s Bay. Saison 1. Episode 3.

Widow’s Bay // Saison 1. Episode 3. The Inaugural Swim.

 

On arrive au troisième épisode de Widow’s Bay et, honnêtement, ça fait du bien de voir que la série change de braquet. Si les deux premiers chapitres servaient surtout à poser le décor et à nous faire renifler l'ambiance un peu poisseuse de l'île, là, on rentre dans le dur. Tom, notre maire qui passait son temps à regarder ailleurs pour ne pas voir le surnaturel lui sauter à la gorge, commence sérieusement à perdre pied. Et c’est là que ça devient intéressant. Le gros thème ici, c’est le déni. C’est presque fascinant de voir à quel point Tom s’accroche à son projet de relance touristique comme un naufragé à sa bouée.

 

Le mec voit des trucs inexplicables, le monde part en vrille autour de lui, mais il continue de parler retombées économiques et image de marque. Cette obstination n'est pas juste là pour faire avancer le scénario, elle raconte quelque chose de vrai sur lui. On comprend que réparer la ville, c’est sa façon de ne pas s’occuper de sa propre vie qui tombe en ruine depuis la mort de sa femme. C’est un homme seul, dépassé, qui essaie de garder le contrôle alors qu’il n’a plus la main sur rien. L’épisode bascule vraiment quand la psychologie rejoint l’horreur. On nous présente la "Sea Hag", une créature qui pourrait sortir d’un vieux conte de marins, mais qui sert ici de miroir aux traumatismes de Tom.

Ce n'est pas juste un monstre pour faire peur, c’est une manifestation physique de ce qu’il refuse d’affronter. La narration est d'ailleurs assez maline : elle nous balade avec des faux-semblants, nous fait douter de certains personnages secondaires, pour finalement bifurquer là où on ne l'attendait pas. Ça évite ce côté prévisible qui plombe souvent les séries de genre. Ce qui me plaît particulièrement dans cet épisode, c’est cet équilibre hyper instable entre le malaise pur et un humour presque absurde. On passe d’une scène de tension maximale à un moment franchement ridicule en trois secondes. Prenez la scène de poursuite nocturne : c’est flippant, l’ambiance est lourde, mais la réaction de panique totale de Tom rend le tout étrangement drôle.

 

La série a pigé que Matthew Rhys excelle dans ce registre. Il arrive à faire passer l’épuisement et la confusion de son personnage juste avec un regard ou un silence prolongé. C’est du grand art, surtout quand il réalise qu’il est le seul à encore s’étonner que des trucs bizarres arrivent sur l’île. Les habitants, eux, sont déjà passés de l’autre côté. Ils vivent avec l’anormal au quotidien, ce qui crée un décalage permanent avec le maire. Patricia garde son côté sarcastique qui claque bien, mais c’est surtout Wyck qui gagne en profondeur. Jusqu’ici, on le prenait pour le fou du village obsédé par les légendes locales. Dans cet épisode, la relation entre lui et Tom évolue.

On voit un homme qui n’est pas juste là pour crier à la fin du monde, mais qui a simplement appris à survivre dans cet écosystème bizarre. Sa petite phrase sur le fait qu’il ne reste parfois rien d’autre à faire que « survivre » donne le ton de la suite de la saison. Côté mythologie, la série reste avare en explications et c’est tant mieux. On nous jette des miettes (les cloches, les silences du révérend Bryce), on sent qu’il y a un passif énorme, mais rien n’est sur-expliqué. Cette approche par fragments maintient un sentiment d’insécurité constant. Visuellement, l’identité visuelle s’affirme aussi : les routes vides, l’humidité qu’on croirait presque sentir à travers l’écran, les scènes de nuit qui ne sont pas juste sombres mais oppressantes.

 

La réalisation prend son temps et laisse les images infuser, ce qui est assez rare pour être souligné. Au final, ce troisième épisode est sans doute le plus équilibré du lot. On sent que la série a trouvé sa vitesse de croisière. L’intrigue avance, les personnages s’épaississent et l’ambiance reste unique, entre horreur côtière et comédie grinçante. Tom ne peut plus feindre l’ignorance, et cette prise de conscience marque un tournant. On n'est plus dans le "est-ce qu'il se passe des trucs ?", mais dans le "comment on va s'en sortir ?". Et vu l'état de l'île, c'est loin d'être gagné.

 

Note : 8/10. En bref, ce troisième épisode est sans doute le plus équilibré du lot. On sent que la série a trouvé sa vitesse de croisière.

Disponible sur Apple TV

 

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