27 Mai 2026
Widow’s Bay // Saison 1. Episode 6. Our History.
La série Widow’s Bay adore nous balader, et ce sixième épisode de la saison 1 réalisé par nul autre que Ti West (à l'origine de la trilogie MaXXXine, X et Pearl) change carrément les règles du jeu. Avec « Our History », on quitte enfin le présent pour faire un grand bond en arrière. Direction l’année 1702. À cette époque, la ville commence tout juste à sortir de terre, mais les fondations sont déjà complètement pourries par le mal qui ronge l’île. Ce voyage dans le temps bouscule tout ce qu’on pensait savoir sur Tom Loftis et Wyck, sans pour autant nous donner toutes les réponses sur un plateau d'argent. C'est frustrant, mais c'est précisément ce qui rend la série si addictive.
Ce qui saute aux yeux dès les premières minutes, c'est le choix esthétique radical : l'épisode embrasse à 100 % les codes du folk horror, et en tant que grand fan du genre et vous le savez déjà si vous me lisez depuis des années, c'est un pur bonheur. On se retrouve plongé dans une fresque historique assez brute, portée par une Sarah Westcott Warren incroyable, jouée par Betty Gilpin. Oubliez l'image de la pionnière qui s'installe tranquillement avec de grands rêves. Pour elle, débarquer sur cette île ressemble plutôt à une condamnation. Son mariage avec Richard Warren, incarné par le toujours très inquiétant Hamish Linklater, n'a rien d'une histoire d'amour. C'est un pur contrat de survie.
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Dès le départ, l'ambiance coche toutes les cases du genre : l'isolement géographique, le poids étouffant des superstitions locales, la paranoïa collective et cette nature sauvage qui semble presque vivante, consciente et malveillante. Richard Warren est la figure centrale de ce retour dans le passé. C'est le père fondateur de Widow’s Bay, mais le bonhomme est d'une ambiguïté totale. Pour certains villageois, c'est un sauveur ; pour d'autres, c'est le gourou qui pousse la communauté vers des dérives païennes. La série s'amuse d'ailleurs à lier les époques grâce à un détail précis : le fameux cylindre qu'il porte autour du cou.
On l'avait déjà vu dans le présent pendant que Wyck fouillait dans ses dossiers, et le découvrir ici en action donne une vraie cohérence à l'histoire. On comprend que le scénario ne sépare pas le passé et le présent, mais qu'il assemble les morceaux d'un même puzzle géant. Au milieu de ce chaos, Sarah devient notre boussole morale. On découvre l'île à travers ses yeux alors qu'une vague de folie et de violence commence à frapper la communauté. Les gens perdent la tête et s'en remettent aveuglément à l'autorité presque divine de Richard. On est en plein dans le cœur du folk horror : cette horreur qui ne vient pas de monstres sous le lit, mais de la communauté elle-même, pervertie par ses propres croyances et par l'isolement.
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Cette dynamique sectaire rappelle étrangement ce que traverse Tom Loftis à notre époque. Lui aussi galère à maintenir l'ordre dans une ville moderne qui utilise, au fond, les mêmes vieux leviers de manipulation et de terreur. Visuellement, la mise en scène est une immense claque. Les costumes crasseux, la lumière naturelle hyper sombre et le rythme pesant des dialogues nous coupent du monde moderne. On ressent cette terreur rurale et archaïque à chaque plan. Pourtant, on sent que tout ce qui se joue en 1702 conditionne le présent. La violence à l'écran n'est jamais gratuite, elle découle logiquement d'un système injuste, cruel et profondément païen qui s'est installé sur l'île.
Le couple formé par Sarah et Richard est le parfait reflet de cette tension. Leur mariage est une cage. Richard cache ses vraies motivations derrière des rituels bizarres et des histoires de pacte ancien scellé avec l'île, une thématique indispensable pour tout bon récit de folk horror qui se respecte. Cela fait directement écho aux hallucinations de Tom Loftis dans l'épisode précédent, quand il planait à cause des champignons. Ces visions ne sont pas de simples délires passagers : la terre elle-même transmet ces cauchemars et ses rituels d'une génération à l'autre à travers ses racines. Sarah essaie tant bien que mal de survivre et de trouver des alliés dans ce nid de guêpes.
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Mais les prêtres ou les figures politiques locales changent de veste au moindre coup de vent pour protéger leurs propres intérêts ou pour ne pas froisser les puissances anciennes de l'île. Cette instabilité permanente montre bien le message de la série : quiconque essaie de dompter Widow’s Bay ou de pactiser avec elle finit par se faire broyer. L'épisode insiste aussi sur une règle d'or de la série : on ne s'échappe pas de cette île. En 1702, certains essaient déjà de fuir, préfigurant les doutes et les envies d'ailleurs d'Evan aujourd'hui. L'isolement n'est pas juste géographique, il est presque magique ou psychologique, ce qui donne un côté tragique et cyclique au show.
La fin de l'épisode raccroche magnifiquement les wagons avec notre époque. On retrouve Wyck en plein chantier de fouilles archéologiques liées à Richard Warren. Cela prouve que ce qu'on vient de voir n'est pas un simple flashback décoratif, mais un élément clé de l'enquête actuelle. Ce va-et-vient temporel change notre regard sur les épisodes précédents, notamment sur les effets des champignons Truesight. Après un épisode 5 complètement psychédélique et centré sur la perte de repères de Tom, ce chapitre historique fait du bien par sa structure plus posée et linéaire.
Note : 9/10. En bref, en embrassant l'ambiance poisseuse et mystique du folk horror, la série gère super bien son rythme. Widow’s Bay ne cherche pas à résoudre ses énigmes à tout prix, mais elle empile les couches de mystère avec une intelligence rare, nous laissant à chaque fois avec de nouvelles questions passionnantes.
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