1 Juin 2026
Apple TV+ vient de lancer sa toute nouvelle série spatiale, Star City, et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle prend tout le monde à contre-pied. Quand on pense à la conquête spatiale sur nos écrans, on imagine tout de suite des fusées qui décollent dans un vacarme d'enfer, des exploits scientifiques majeurs et des astronautes héroïques qui repoussent les limites de l'humanité. Ici, oubliez un peu le grand spectacle des étoiles. Avec ces deux premiers épisodes, la série choisit de poser ses caméras dans les coulisses, parfois très sombres, du programme spatial soviétique.
Dans une réalité alternative dans laquelle l'Union soviétique est la première nation à mettre un pied sur la lune, la course à l'espace est retracée de derrière le rideau de fer, montrant la vie des cosmonautes, des ingénieurs et des officiers du renseignement du programme spatial soviétique, ainsi que les risques que chacun d'eux a pris pour propulser l'humanité vers une nouvelle ère.
On plonge tête la première dans un univers de contrôle politique, de surveillance de tous les instants et de propagande d'État. Le décor est planté très vite. L’histoire se déroule dans une ligne temporelle alternative où l’Union soviétique a gagné la course à l’espace. Mais le plus surprenant, c'est que l'espace lui-même n'est pas le personnage principal. Les épisodes 1 et 2 s'intéressent bien plus aux rouages du pouvoir et aux dégâts psychologiques que ce système inflige aux hommes et aux femmes de l'ombre. Ce qui frappe immédiatement en commençant cette introduction, c'est la place immense accordée aux institutions soviétiques.
Le programme spatial n'est pas juste une affaire de science ou de technologie, c'est un terrain de jeu politique géant où s'affrontent les ambitions personnelles, les impératifs de communication de Moscou et une paranoïa d'État institutionnalisée. On découvre une société étouffante où la moindre décision est dictée par l'idéologie du parti. Pour les personnages, être un excellent technicien ou un pilote hors pair ne suffit pas. Il faut surtout prouver sa loyauté absolue envers l'État, une loyauté testée et surveillée en permanence. C'est précisément cette tension constante qui donne à Star City son identité visuelle et narrative, l'éloignant des autres productions de science-fiction actuelles.
La méfiance est partout, elle suinte par tous les pores de l'écran. Les conversations privées n'existent pas, les carrières se brisent sur un simple soupçon et le moindre faux pas peut détruire une vie entière. C'est ce côté thriller politique qui porte véritablement le rythme de ce début de saison. Pour nous guider dans ce labyrinthe, la série mise beaucoup sur le personnage d'Anastasia Belikova. Son parcours est le fil conducteur idéal pour entrer dans cet univers complexe. Choisie pour devenir la toute première femme à poser le pied sur la Lune, Anastasia n'a pourtant rien de l'héroïne parfaite et intouchable.
On comprend rapidement que son ascension fulgurante doit plus à son profil politique idéal et aux besoins de la propagande qu’à un consensus autour de son talent. Forcément, cette nomination politique crée des vagues et pas mal de jalousie dans son entourage direct. La trajectoire devient encore plus captivante une fois sa mission lunaire terminée. Le récit délaisse le frisson du voyage spatial pour se concentrer sur l'après. Comment le pouvoir récupère-t-il cet exploit ? Anastasia cesse d'être une simple pilote pour devenir une icône nationale, une vitrine publicitaire vivante chargée de vendre les mérites du régime au reste du monde. Cette déconstruction du mythe de l'héroïne est particulièrement réussie.
On observe une femme qui réalise peu à peu le piège qui se referme sur elle et dont l'évolution personnelle commence sérieusement à coincer avec ce que l'État attend d'elle. L’épisode 2 enfonce le clou sur cette thématique de l'enfermement. À peine revenue sur Terre après un vol particulièrement éprouvant, Anastasia n’a pas le temps de souffler qu'elle doit déjà se plier aux exigences de la machine d'État. Les scénaristes illustrent parfaitement cette absence totale de liberté individuelle à travers sa tournée médiatique millimétrée, son mariage arrangé avec le cosmonaute Sasha et les agents qui surveillent ses moindres faits et gestes.
Cette partie de l'intrigue décortique à merveille la mécanique globale du système. Dans Star City, personne n'est vraiment maître de son destin. Chaque geste est décortiqué, chaque mot est pesé, et tout peut être manipulé pour servir une cause plus grande. Même si la série pousse parfois le curseur un peu loin dans sa description de la bureaucratie soviétique, le contrat est rempli et la tension reste assez forte pour nous tenir en haleine. Au milieu de cette galerie de personnages masculins en costume et de pilotes sous pression, une figure secondaire tire clairement son épingle du jeu : Irina.
Son travail consiste à écouter, transcrire et analyser les écoutes téléphoniques et les micros cachés de différentes cibles. C'est une position d'observation fascinante qui permet à la série d'ouvrir une fenêtre directe sur les services de renseignement. Ce qui rend Irina très prometteuse pour la suite, c'est la fissure qui commence à apparaître dans ses convictions. Au fil de ses écoutes, elle est confrontée à une réalité bien plus violente et cynique que celle qu'on lui avait vendue. Ses scènes montrent aussi comment l'information est déformée, interprétée ou tronquée avant d'arriver tout en haut de l'échelle politique, ce qui ajoute une couche d'épaisseur bienvenue au scénario.
S'il y a un reproche à faire à ces deux premiers épisodes, c'est sans doute leur gourmandise. La série balance énormément de personnages et d'intrigues secondaires en un temps record. Entre la vie des cosmonautes, les réunions des cadres du parti, le quotidien des agents du KGB et le travail des ingénieurs, le spectateur doit s'accrocher pour ne pas perdre le fil. Cette richesse donne du relief au monde de Star City, mais elle demande un vrai effort de concentration. Par moments, on a presque l'impression de regarder trois séries différentes imbriquées les unes dans les autres, et le rythme en souffre légèrement.
Note : 7/10. En bref, ces deux premiers épisodes posent des fondations solides et ambitieuses. En privilégiant les drames humains et la tension politique pure aux grands effets spéciaux spatiaux, la série prend un risque qui pourrait décevoir les amateurs d'action pure. De mon côté, je trouve ce parti pris plutôt payant. Cette ambiance lourde de suspicion et ces luttes d'influence internes portent la série avec beaucoup d'efficacité. Il reste énormément de zones d'ombre à éclaircir, mais le pari est réussi : on a envie de voir la suite.
Disponible sur Apple TV
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